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Chronique
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Prix littéraires #2 : Boussole, La Fleur du Capital

Comme tous les ans, la saison de la rentrée littéraire se termine avec la remise des différents prix qui ne manquent jamais de faire parler. Souvent contestés, notamment pour leur tendance à se concentrer sur des romans déjà en vue et des éditeurs influents, mais aussi certaines années pour la rareté des romans lauréats écrits par des femmes, ces prix restent cependant des jalons essentiels pour se repérer dans la production foisonnante de cette période de l'année... Et pour préparer les fêtes de fin d'année.  

Mais faut-il s'y fier ? Cette semaine, nous nous intéressons à Boussole de Mathias Enard, lauréat du Prix Goncourt, et à la Fleur du Capital de Jean-Noël Orengo, qui a reçu le prix de Flore.
Boussole - couverture
A la Bpi, niveau 3, 840"20" ENAR 4 BO

Boussole de Mathias Enard

De quoi ça parle ?

D'une longue nuit d'insomnie pendant laquelle Franz Ritter, musicologue, revisite sa vie au coeur de laquelle se trouvent une passion brûlante pour l'Orient et un amour impossible pour l'insaisissable Sarah. Nimbé de vapeurs d'opium, Boussole est un récit complexe dans lequel  souvenirs et rêveries se mêlent à d'ambitieuses réflexions sur le pouvoir de fascination qu'a pu exercer l'Orient sur de nombreux musiciens, écrivains, savants ou explorateurs.  

Pourquoi ce prix ?
Boussole a fait partie dès le lancement de la rentrée littéraire des favoris des médias spécialisés, des jurés de prix, mais aussi du public puisqu’il s’agit d’une des meilleures ventes de septembre. Un consensus assez rare qui explique évidemment qu’on le retrouve dans le palmarès de cette rentrée. Au-delà de cet accueil, Boussole est un des représentants les plus mémorables de cette rentrée dans laquelle il fut beaucoup question de l’Orient, et de la fascination de l’Occident pour celui-ci.

Est-ce bien raisonnable ?
L’accueil enthousiaste réservé à Boussole n’empêche pas le débat de faire rage entre ceux qui trouvent l’érudition de Mathias Enard trop indigeste et ceux qui considèrent qu’il s’agit là de son meilleur roman. Quoi qu’on en pense, le prix Goncourt couronne ici un roman à la fois exigeant et fédérateur, un équilibre rare. Surtout, l’Académie Goncourt salue enfin un auteur dont l’importance dans le champ littéraire français est aujourd’hui indiscutable, et qui a déjà été lauréat du Goncourt des Lycéens en 2010. 

Faut-il l’offrir à Noël ?
Oui, à condition que ce soit à un bon lecteur qui aura la curiosité de creuser les nombreuses références culturelles qui émaillent le texte d’Enard. Sinon, vous pouvez justement piocher parmi celles-ci : Enard cite de très beaux textes de la littérature du Moyen-Orient, comme la Chouette aveugle de Sadegh Hedayat, un roman surréaliste fascinant qui n’aurait jamais dû tomber dans l’oubli, ou les poèmes mystiques de Hafez, philosophe persan du 14e siècle.

La Fleur du Capital de Jean-Noël Orengo

La fleur du capital - couverture
A la Bpi, niveau 3, 840"20" OREN 4 FL
De quoi ça parle ?
De Pattaya, une station balnéaire thaïlandaise connue pour être le coeur du tourisme sexuel dans ce pays, et d’une poignée de Français qui y voient une sorte de nirvana et pensent y trouver leur plus grand amour. La Fleur du Capital est un texte forcément cru, qui plonge sans hésitation dans tout ce que ce lieu a de sordide et décortique avec minutie les relations humaines qui se nouent à Pattaya, le plus souvent faussées par des rapports de pouvoir et par l’argent.

Pourquoi ce prix ?
La Fleur du Capital est une des rares surprises dans le tableau d’honneur de la rentrée, puisque le Prix de Flore a choisi ici de primer un roman sorti au début de l'année, bien en-dehors du tumulte médiatique de septembre. Cependant, dès la première sélection du Flore, les pronostics donnaient tous Orengo gagnant, le plaçant largement au-dessus de la mêlée.

Est-ce bien raisonnable ?
Absolument : bien qu’il n’ait que peu fait parler avant d’être nommé par le Prix de Flore, la Fleur du Capital est un des romans français les plus aboutis de cette année. Non seulement son format est impressionnant - pas loin de 800 pages -, mais Orengo y fait preuve d’une immense maîtrise, multipliant les narrateurs et les styles et dévoilant toutes les facettes de Pattaya, qui est aussi bien un Paradis qu’un Enfer, un symbole du capitalisme triomphant qu’une immense scène où chacun peut se réinventer une vie.

Faut-il l’offrir à Noël ?
Oui : même si, comme pour Boussole, le sujet et l'ampleur de ce roman nécessitent de bien en choisir les destinataires, les amateurs de projets ambitieux et atypiques devraient y trouver leur bonheur. 
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