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Brève

51 % des médias contrôlés par des actionnaires de la finance et de l’assurance

Une étude, menée par l’économiste Julia Cagé dans le cadre d’un partenariat entre le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) et Reporters sans frontières (RSF), révèle qu’en France 51 % des médias sont contrôlés par des actionnaires issus du secteur de la finance et de l’assurance.
homme lisant un journal sur fond de billets
Geralt via Pixabay


Dans ce rapport publié en 2017, Julia Cagé dresse un état de lieux des actionnaires qui financent les groupes de presse et les médias et expose leurs secteurs d’activité.

L’enquête montre qu’après avoir été la propriété de grandes familles, les médias sont progressivement rachetés par les dirigeants de grandes entreprises dans le secteur de la banque et de l'assurance, mais aussi et de plus en plus dans les télécommunications et le numérique. En revanche, l’État et les institutions publiques tiennent une place minoritaire dans le financement de la presse écrite et des médias en ligne puisqu’ils ne détiennent que 1 % du capital des médias d’information. Julia Cagé pointe néanmoins le manque d'informations disponibles sur les activités professionnelles des actionnaires, dont la publication n'est toujours pas obligatoire.

Selon l’économiste, le modèle de concentration du pouvoir dans les mains des actionnaires pose trois problèmes principaux :

D'abord, l’indépendance des rédactions est compromise et le risque de censure directe est réel, notamment quand l'information met en cause les intérêts du propriétaire du média.

Ensuite, l’autocensure des journalistes, en particulier dans un contexte de précarisation de leurs conditions de travail, semble inévitable.

Enfin, la défiance des citoyens envers leurs moyens d’information est une conséquence légitime et peu favorable à la diffusion de l'information.
 
Pour Julia Cagé, les dirigeants de grandes entreprises acquièrent des médias d’information, souvent directement peu rentables, parce qu’ils peuvent y trouver des intérêts en terme de communication et d'influence politique. Le constat est inquiétant et la France se place au 33e rang seulement du classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2018. Néanmoins, la déontologie des journalistes surpasse encore souvent l'autocensure ; l'audiovisuel public n'est pas censé dépendre des mêmes intérêts économiques ; enfin, des médias privés indépendants subsistent.
 
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