Radios locales : la proximité au défi du confinement

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Face à la pandémie et au confinement, les stations locales de Radio France se sont réorganisées pour continuer à fournir des informations à leurs auditeurs tout en assurant la sécurité des équipes. Anne Pinczon du Sel, journaliste à France Bleu Bourgogne, nous explique comment cette restructuration s’est déroulée dans son antenne.

Comment fonctionne une antenne de France Bleu en temps normal ?

Chaque antenne de France Bleu couvre en général un à deux départements et compte environ vingt personnes. L’équipe de rédaction, dont je fais partie, est constituée de journalistes qui assurent les rendez-vous d'information et les reportages. Les animateurs s'occupent des émissions, des jeux, et peuvent aussi faire du reportage et des chroniques. Les techniciens réalisent les émissions. Les standardistes gèrent le flux d'appel des auditeurs. Le site web et les réseaux sociaux sont alimentés par les journalistes et les animateurs, mais aussi par les standardistes.

Nous avons des missions de service public, comme l'ensemble du groupe Radio France. L'ADN de France Bleu, c'est la proximité : proximité géographique de l’information, puisque nous travaillons sur un ou deux départements, mais aussi proximité affective, c’est-à-dire ce qui concerne les gens au quotidien. 

Quel est l'impact du confinement sur l’organisation du travail ?

Dans les premiers temps de la pandémie, nous avons rendu une partie des programmes à Paris, notamment pour concentrer nos forces sur des matinales spéciales. Depuis le confinement, les quatre antennes locales de Bourgogne et de Franche-Comté sont regroupées, c'est-à-dire Auxerre, Besançon, Belfort et Dijon. Chaque station locale tient l'antenne à tour de rôle. L'antenne s'adresse donc à toute la région. Ce regroupement a été décidé pour tout le territoire national, notamment parce qu’il y a eu des équipes malades ou des suspicions de cas, et pour limiter le nombre de personnes qui se déplacent sur leur lieu de travail et côtoient leurs collègues. De plus, les reporters sont en télétravail et seuls une partie de ceux qui assurent la matinale viennent en studio. Les standardistes sont elles aussi en télétravail.

Avec cette organisation, nous sommes quatre équipes au lieu d'une pour produire le même nombre d'heures d'informations que d'habitude. Par conséquent, en dehors de la semaine où il présente la matinale, chaque journaliste travaille en moyenne trois à quatre jours par semaine au lieu d’être à temps complet. Comme nous sommes nombreux pour assurer l'antenne, Radio France fait aussi moins appel que d'habitude aux pigistes. Néanmoins, la direction s'est engagée à garantir l'ensemble des salaires. Nous travaillons donc à salaire constant et, pour les emplois précaires, une moyenne doit être calculée à partir de leur taux d'emploi des six derniers mois.

Comment s'est déroulée l'adaptation technique au confinement ?

Le télétravail n'est pas dans la culture de Radio France, c'était nouveau et un peu compliqué. Nous avons accès à certains de nos logiciels en version légère. Les équipes techniques se sont mobilisées pour nous proposer des tutoriels et répondre à nos questions sur l'enregistrement à distance. Les premiers jours, il y a quand même eu beaucoup de bricolage et d'astuces entre collègues.

À France Bleu Bourgogne, tout se fait par le biais de nos téléphones professionnels, notamment grâce à une application qui permet d'avoir une qualité quasiment égale à celle du studio depuis son téléphone. Presque tout le monde utilise son ordinateur personnel. Nous sommes limités en moyens techniques, car nous dépendons du magasin central de Paris qui est fermé en ce moment. 

En quoi le confinement modifie-t-il votre manière de faire du reportage ?

Nous n'avons ni perche, ni masque, ni gants, ni combinaison, donc il nous a été interdit très rapidement d'aller interroger des personnes à l'extérieur. Pour compenser, une dizaine de reporters sur toute la France ont été équipés pour faire du reportage sur le terrain et alimenter toutes les antennes de France Bleu. Cela s’est fait sur la base du volontariat.
Nos interlocuteurs répondent aux interviews par téléphone, ils s'enregistrent... mais ça reste du journalisme de bureau. Nous ne pouvons rien aller vérifier par nous-mêmes, nous sommes dépendants de ce que les gens nous racontent. De plus, on n'interroge pas les mêmes personnes en faisant des recherches depuis son bureau, et le même lien de confiance ne s'établit pas à distance.

La mutualisation des antennes pose également la question de la proximité géographique, qui est une mission de France Bleu : actuellement, nous proposons une antenne étendue à la région, alors que je pense que nos auditeurs attendent des informations locales. Nous essayons de compenser en publiant ces informations sur notre site Internet.
 
#JeResteChezMoi par Radio France
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Comment avez-vous adapté votre grille des programmes ?

Lorsque la fermeture des restaurants puis le confinement ont été annoncés, nous avons arrêté de proposer des divertissements pour répondre aux questions pratiques des auditeurs. À ce moment-là, l'antenne n'était pas encore mutualisée, nous répondions donc à des questions locales : puis-je aller pêcher dans tel lac ? quel est le bureau de poste ouvert près de chez moi ?... D'habitude, à France Bleu Bourgogne, nous avons environ 200 appels de 6 h à 19 h, là nous en avions quasiment 300 entre 6 h et 9 h. Les gens avaient besoin de réponses concrètes.
Ensuite, nous nous sommes dit que les auditeurs avaient eu beaucoup d’informations et qu’ils avaient aussi besoin de penser à autre chose. Nous refaisons donc des jeux par exemple, sans les mêmes lots que d'habitude, mais ça fait passer le temps et ça fait rire.

Après nous être adaptés au jour le jour, nous tentons désormais d'établir une grille récurrente pour instaurer des repères. À cause de la mutualisation des antennes, les auditeurs peuvent être un peu perdus, ils n'entendent pas forcément les mêmes voix que d'habitude.
Nous adaptons aussi nos programmes à des habitudes d’écoute qui ont changé. Normalement, les gens nous appellent entre 6 h et 9 h, quand ils se lèvent et partent au travail. Maintenant, les appels sont plus nombreux entre 10 h et midi. La vie s'est adaptée au confinement, nous décalons nos programmes aussi en fonction de cela.

Ces changements font-ils évoluer votre perception du métier de journaliste ?

Nous sommes tous frustrés de ne pas avoir les moyens  pour assurer notre métier comme on le devrait. En même temps, cela renforce  ma conviction quant à l'importance de la radio de service public et de proximité. En Bourgogne, les auditeurs n'appellent pas beaucoup d'habitude pendant les lignes ouvertes, en comparaison avec d'autres antennes locales. En période de crise, nous sommes devenus une référence locale. Cela a renforcé le lien avec les auditeurs, d'une certaine manière. J'ai l'impression d'être utile aux gens, en transmettant de la bonne humeur mais aussi des informations justes, à un moment où les réseaux sociaux croulent sous les informations plus ou moins vraies.
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CC BY-NC-SA 4.0

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