Interview

Daniele Ghisi, explorateur sonore

Portait photograhique de Daniele Ghisi
Daniele Ghisi © Deborah Lopatin
Diplômé en musique et en mathématiques, Daniele Ghisi est un compositeur italien de musique contemporaine et électronique. Invité à présenter deux pièces sonores lors du festival ManiFeste 2020, dont une adaptation de Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal (2010), il nous raconte son processus créatif.

Comment concevez-vous vos pièces ?

Je pratique souvent la musique mixte, qui mêle instruments, voix et sons électroniques. Pour moi, la composition consiste à mettre en relation des éléments d'origines différentes pour créer quelque chose de nouveau. J’aime partir de matériaux préexistants et, à partir de là, isoler et combiner des fragments pour former un objet hybride. Chaque matériau est comme une couleur sur une palette, que je vais ensuite choisir et assembler dans une base de données.

Pour moi, découvrir et inventer sont des termes très proches : au lieu de partir d’une table rase, je préfère partir d’une table pleine ! Sur scène, j’aime explorer le contraste entre les sons joués en direct par les instrumentistes et les sons enregistrés, c’est un espace sonore qui élargit les possibilités, qui change complètement notre expérience musicale.
 

Quelle place tient la littérature dans votre travail ?

La littérature est une source importante dans mon travail, que ce soit un texte que j’ai choisi ou que l’on me propose dans le cadre d’une collaboration. Par exemple, la pièce On That April Morning She Rose from Her Bed and Called, qui sera jouée lors du Festival ManiFeste, est étroitement liée à une autre pièce que j'ai écrite, This is the Game, basée sur Pas moi de Samuel Beckett (1972). Cependant, le texte de Beckett n’apparaît pas dans la pièce sonore. L’idée était de prendre des images issues du texte (une toute petite fille, un matin d’avril, etc.) puis de chercher dans l’histoire de la littérature et dans des bases de données tout ce qui pouvait se rapprocher de ces images. Je modèle à la fois le texte et la musique, dans une forme libre de collage.

De cette entreprise de réduction, il reste un objet qui n’a plus rien à voir avec Pas moi, que je pourrais presque avoir écrit ex nihilo. La pièce est le fruit d’un long processus d’exploration, de sélection, de montage. À la fin, il reste une image qui a pour moi un sens très personnel et qui, je l’espère, résonne auprès du public.
 

Comment avez-vous abordé l’adaptation du roman de Maylis de Kerangal ?

Naissance d’un pont est une partition en soi, avec sa prosodie particulière, sa phrase qui se déplie comme une vague. En tant que compositeur, je dois jouer avec ce rythme, mais aussi avec la voix des comédiens, et proposer un contrepoint.
Je voulais faire en sorte que le texte et la musique constituent deux aspects différents d’un même objet. Il y a des moments où le texte est en retrait par rapport à la musique, qui prend toute la place, et inversement. Ce projet est un jeu constant de balance entre le texte et la musique, qui, associés à des techniques de spatialisation du son, donnent à expérimenter la fiction presque physiquement.
 


Tags :
musique contemporaine
musique électronique