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​L’industrie musicale britannique s’inquiète du Brexit

Le secteur musical britannique alerte son gouvernement sur les conséquences possibles d’une sortie sans accord de l’Union européenne. Le rétablissement des frontières douanières pourrait peser sur cette industrie, dont le chiffre d’affaires s’élève aujourd’hui à cinq milliards d’euros par an.
En 2019, les artistes britanniques « coûtent » moins cher que leurs homologues européens, car la valeur de la livre sterling a baissé. Pourtant, des annulations de tournée se profilent déjà : Imogen Heap, anticipant un Brexit au 31 octobre, a annoncé l’annulation de sa tournée européenne, censée débuter en novembre 2019. Si la sortie de l'UE est finalement reportée au 31 janvier 2020 (à moins d'une ratification de l'accord de sortie par le parlement anglais avant cette date), de nombreuses  incertitudes demeurent sur les modalités de déplacement des groupes après le Brexit.
Pour répondre aux craintes exprimées par les musiciens, techniciens et producteurs, le gouvernement britannique a publié en octobre 2019 un guide de recommandations, Touring Europe if there’s no Brexit deal, mais de nombreuses questions restent en suspens.
Scène de concert : un groupe de musiciens rock joue devant un public vu de dos
Applause audiance Band - Pixabay - CC0

Une circulation compliquée des personnes...

Après le Brexit, les musiciens britanniques et leurs techniciens auront-ils besoin d’un visa ou d’un permis de travail ? Sous quelles modalités ? À quel coût ? La question de l’assurance santé et voyage se pose également. En effet, selon le guide édité par le gouvernement britannique, la carte européenne d’assurance maladie pourrait ne plus être valide après la date de sortie de l'U.E.

L’association professionnelle ISM (Incorporated Society of Musicians) estime à environ 1100 euros le surcoût annuel pour un musicien voyageant sur le continent avec un instrument, en cas de sortie sans accord de l’Union européenne. En réaction, certains groupes britanniques en tournée européenne pourraient ne plus engager de techniciens britanniques, mais avoir recours à une équipe locale. Les groupes extra-européens en tournée en Europe s’organisent déjà de cette manière.

… et des biens

Les tourneurs pourraient désormais être contraints de consigner un inventaire complet des instruments et du matériel technique dans un carnet ATA, afin que les autorités d’accueil soient assurées que rien n’est revendu sur place. Cette procédure, déjà obligatoire hors des frontières de l’UE, engage un temps et un coût supplémentaires. Des certificats spéciaux pourraient également être demandés pour tout instrument contenant un matériau issu d’espèces protégées comme l’ivoire, le bois de rose ou l’écaille de tortue.

L’approvisionnement en produits musicaux (CDs, vinyles, cassettes) pourrait lui aussi se compliquer. Une industrie existe en Royaume-Uni, mais la majeure partie de ces biens est fabriquée et stockée sur le continent. Certains disquaires s’inquiètent de ne plus pouvoir s’approvisionner correctement. En effet, la chute de la livre sterling est favorable à l’export, mais elle fait augmenter le coût des importations. 

Vers une baisse des droits d’auteur ?

Avant même de devenir Premier ministre, Boris Johnson avait conspué la directive européenne sur le droit d’auteur. Pour lui, le Royaume-Uni devrait reprendre le contrôle sur ce sujet. Les professionnels de la musique s’inquiètent donc d’être soumis à une législation moins favorable que celle de l’UE, alignée sur le modèle américain qui ne rémunère pas la diffusion audiovisuelle des œuvres musicales.

Assurer une collecte continue des droits d’auteur des artistes britanniques en Europe est également un enjeu à ne pas négliger en cas de Brexit sans accord.
Des solutions restent donc à imaginer. Les organisations professionnelles appellent notamment le gouvernement à fournir une aide financière pour pallier ces surcoûts. Des accords culturels bilatéraux pourraient quant à eux atténuer les effets du Brexit. Le festival France Dance UK, issu d’une collaboration entre l’Institut Français et le British Council, en est un exemple. Une saison franco-britannique est même envisagée pour les Jeux Olympiques 2024. Mais le rétablissement des frontières avec le Royaume-Uni ne risque-t-il pas de bloquer de futurs projets de collaboration ?

 

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Brexit or not Brexit

En attendant la sortie (ou non) du Royaume-Uni, le service musique de la Bpi vous propose une playlist pour (re)découvrir la musique britannique sous toutes ses formes !

 

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