0   Commentaires
Article

Comprendre la blockchain

La blockchain est sur toutes les lèvres. Cette technologie de certification par les pairs, apparue en 2008 avec le Bitcoin, est annoncée comme la prochaine grande révolution technologique. On envisage son application à des secteurs très éloignés des crypto-monnaies. Nous vous proposons de revenir sur les bases et les principes de cette technologie et d'aborder les débats dont elle fait l'objet.

Qu’est-ce que la blockchain ?

La blockchain ou chaîne de blocs apparaît en 2008 avec l’invention de la première crypto-monnaie, le célèbre Bitcoin. La blockchain agit comme un grand registre électronique ouvert, décentralisé, accessible par tous, et réputé infalsifiable. Autrement dit, cette technologie permet de certifier n’importe quelle transaction électronique sans aucun organisme de contrôle, ou autorité centralisée. La force de la blockchain est de s’appuyer sur les membres qui la composent afin d’assurer sa propre sécurité.

Car techniquement, la blockchain repose sur un réseau par lequel transitent toutes les transactions. Chaque nœud du réseau, appelé « mineur », a accès à l’ensemble des transactions qui transitent par la blockchain. Dans un laps de temps constant, sorte de pouls numérique, pouvant différer d’une blockchain à l’autre, toutes les transactions et transferts d’information sont enregistrés dans un « bloc » par le réseau.  Ce nouveau bloc est ensuite raccordé au précédent, créant ainsi une chaîne de blocs.

Le registre des transactions est donc a priori infalsifiable, verrouillé temporellement par la chaîne de blocs et ventilé dans chaque nœud du réseau. Pour pirater un bloc d’une blockchain, il faudrait donc modifier le bloc visé puis l’ensemble des blocs qui lui succèdent, le tout simultanément sur l’ensemble des nœuds qui composent le réseau, un défi a priori impossible à relever, même pour le hacker le plus aguerri. 
Blockchain France 2016 
Le site internet de la société Blockchain France, spécialisée dans la formation à la blockchain, propose de nombreux articles pour appréhender la technologie et ses applications. L'article "Qu'est-ce que la blockchain" exprime de façon très claire et synthétique les principes de la blockchain.  
 

À quoi sert la blockchain ?

C’est dans sa capacité à certifier une transaction par les pairs que réside tout le potentiel de la blockchain. Si elle a d’abord suscité l’intérêt de la sphère financière, elle est aujourd’hui envisagée pour de nombreux autres usages et secteurs.

En effet, pour le consultant Don Tapscott, spécialiste de la blockchain, cette technologie annonce ni plus ni moins le passage d’un « Internet de l’information » à un « Internet de la valeur » et par là-même, la fin des intermédiaires. Notaires, banquiers, sociétés d’auteurs, ou plateformes en ligne… tous seraient amenés à disparaître, remplacés par la technologie blockchain, assurant ainsi l’avènement d’une économie réellement collaborative et la prospérité pour chacun. La blockchain serait la nouvelle solution pour la gestion des droits de propriété, l'auto-gestion par les membres d’une plateforme de services (de type Uber ou AirBnB), ou la rémunération directe des ayants droits d’œuvres digitales.  
 
 

Les limites de la technologie

Pour autant, si la technologie est prometteuse, elle n’en est pas moins balbutiante. Il y a quelques mois, sa réputation a été sérieusement mise à mal par un casse high-tech spectaculaire au point de poser un véritable problème philosophique au sein de la communauté.

En juin 2016, des voleurs ont réussi à détourner 60 millions de dollars en profitant d’une erreur dans le code de la blockchain de la communauté ethereums, une crypto-monnaie dans la lignée du Bitcoin. Si l'incident a démontré que la blockchain n’était pas inviolable, le vol a posé un autre problème plus important encore à la communauté. Fallait-il corriger la blockchain et effacer le détournement au risque de porter atteinte à un principe fondamental de la blockchain, son immuabilité ?

La question, loin d’être anodine, a divisé la communauté ethereums en deux camps. Le débat non tranché a abouti à la création d’une fourche dans cette blockchain. Deux monnaies cohabitent désormais, l’ethereum et l’ethereum classique. 

Conscient du besoin de pouvoir modifier la blockchain pour pallier à des défaillances du code, l'un des plus importants groupes informatiques du monde, Accenture, a financé une solution permettant de modifier la blockchain et en a déposé le brevet. Selon le cabinet, les possibilités de modification seraient très limitées et confiées à un administrateur au sein de chaque communauté, mais cette possibilité offerte ébranle les principes mêmes de la technologie : la blockchain n'est plus immuable ni complètement désintermédiée. 

La blockchain est une technologie récente, et il est difficile d’anticiper quelles en seront les applications réelles. Le même flou avait entouré Internet à ses débuts. Comme le faisait remarquer non sans humour le journaliste Xavier de La Porte, spécialiste des questions numériques, en citant les propos d’Axelle Lemaire, l'ancienne secrétaire d'Etat chargée du numérique à propos de la blockchain: « On ne sait pas encore de quoi on parle ». 
 
Captcha: