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De l'histoire fictionnelle à la fiction visuelle

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Photogramme du film Zapruder, novembre 1963

Les 26 secondes filmées de l'assassinat de Kennedy bouleversent les codes de représentation du meurtre et de la violence de la société américaine. Les productions culturelles inspirées du film de Zapruder ravivent autant l'icône Kennedy dans l'imaginaire patriote qu'elles amenuisent la frontière entre histoire fictionnelle et fiction visuelle. Tout se passe comme si les imaginaires - sortes de vérités sociales favorisant un sentiment du nous, se basent davantage sur l'affect généré par l'image que sur la rationalité et les faits. Comme le note le critique David B. Lubin dans Shooting Kennedy : JFK and the culture of images, que ce soit dans les images médiatiques de 1963 ou au cinéma et dans les séries diffusées aujourd'hui sur le web, les Etats-Unis rejouent sans cesse la même scène traumatique à des fins tantôt civiques, tantôt esthétiques et/ou ludiques.

Le cinéma est la première industrie à se nourrir des images de Zapruder. Il y a déjà un cinéma dit d'information politique, tels les films Complot à Dallas de David Miller (1973) ou JFK de Oliver Stone (1992). Globalement, le cinéma de fiction des années 1970 montre pour la première fois une violence explicite et organique, notamment dans les films Bonnie and Clyde de Arthur Penn (1967) ou La horde sauvage (1969) de Sam Peckinpah. Comme le note le critique Philippe Rouyer, auteur de Le cinéma gore : une esthétique du sang, la réalité de l'horreur (le crâne éclaté de JFK, photogramme 313 du film Zapruder) permet la naissance du cinéma goreMassacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974), Zombie de George Romero (1978) pour ne citer qu'eux. Représentations de la mort d'autrui d'autant plus retentissantes qu'elles se développent dans un pays qui a fondé pour partie les libertés individuelles sur le droit à détenir - et utiliser - une arme à feu.

Plus récemment, les séries télévisées et web réinterprètent cet évènement fondateur : on apprend ainsi dans l'épisode 7 de la saison 4 de la série X-Files : aux frontières du réel, de Chris Carter, que l'assassin de Kennedy est le mystérieux homme à la cigarette ; on découvre le squelette du défunt président dans la série Bones (épisode 12, saison 5) ; la série Mad Men de Matthew Weiner consacre l'épisode the grownups (3.12) à l'assassinat. Cet épisode fait écho à l'épisode 10 où il est question d'une publicité pour une laque pour cheveux dont la scénographie est similaire à celle la mort de Kennedy : deux couples dans une voiture décapotable ; un incident surgit ; la femme assise à l'arrière arrive décoiffée. Ce spot publicitaire revient en fin d'épisode 12, après l'annonce de la mort du président. Comme l'analyse Ariane Hudelet dans L'Amériques des images : histoire et culture visuelles des Etats-Unis, les plans de ces épisodes agissent comme des "méta-images", en ce que, faisant référence à d'autres images, elles réflechissent sur leur propre condition.

Voir la vidéo de la chanson National anthem de Lana Del Rey :


Le domaine de la vidéo musicale contribue également à alimenter l'imaginaire Kennedy. Le chanteur metal Marylin Manson joue Kennedy juste avant son assassinat dans le clip de la chanson Coma white : version édulcorée des faits qui a pu étonner de la part d'un artiste pourtant familier de la provocation sanguinolente. Dans le clip National anthem, la starlette pop Lana Del Rey joue Jackie Kennedy aux côtés d'un JFK afro-américain (le rappeur ASAP Rocky), d'après des documents visuels du vrai couple Kennedy : lecture actualisée d'une Amérique fantasmée...
 

image du clip inspirée des images réelles
Inspirée du film Zapruder, image du clip de la chanson National Anthem, de Lana Del Rey
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