En chiffres

Un·e lycéen·ne sur quatre exerce une activité rémunérée

« Va falloir bosser les jeunes ! » est la phrase donnée en guise de réponse aux revendications des lycéen·nes qui se plaignent de leur emploi du temps. Pourtant, on le sait moins, ces élèves sont nombreux·euses à cumuler études et activités rémunérées. Balises vous parle d’un phénomène qui n’est pas nouveau, mais qui pèse dans la vie d’un·e élève sur quatre, alors que la Bpi vous propose en bibliothèque une sélection en lien avec les mobilisations lycéennes.

Jeune promenant des chiens. Photo de Marsha Reidsur Unsplash

Un phénomène invisible

Pour beaucoup, le « métier » d’élève consiste à se rendre sur son lieu d’étude pour suivre des cours, puis faire ses devoirs à la maison. C’est oublier que près d’un·e élève sur quatre a travaillé contre rémunération durant l’année scolaire, et même un élève sur trois de la voie professionnelle, rappelle le Céreq, qui mène des études pour le compte du ministère de l’Éducation nationale, dans son rapport « Le travail invisible des lycéen·nes. Ces élèves qui cumulent études et activités rémunérées » (2026). Par travail, les auteur·rices désignent toute forme d’activité formelle, informelle et illégale donnant lieu à une contrepartie, monétaire ou autre, hors les activités rémunérées encadrées par l’établissement comme les stages ou l’alternance. Le travail rémunéré résulte d’un choix ou d’une nécessité. Sa fréquence et sa durée varient fortement d’un·e élève à l’autre et ses effets sur la scolarité peuvent être bénéfiques ou délétères.

Les auteur·rices constatent peu d’intérêt pour ce sujet. Moins d’une dizaine d’études, parcellaires, ont été publiées en 30 ans, et pourtant, pour chaque étude, le travail lycéen concerne un peu moins d’un élève sur cinq sur cette période. Cette composante demeure ignorée par le système éducatif qui ne le conçoit pas (les élèves sont mineur·es) et qui le découvre lors d’enquêtes sur les causes d’échec scolaire, de fatigue, d’absentéisme, de décrochages. Quant aux jeunes, ils et elles restent discret·es sur cette partie de leur vie, souvent, par peur d’exposer la situation économique de leur famille.

Un cumul école-travail à caser dans un emploi du temps serré

Depuis la réforme Blanquer (2018), le nombre d’heures de cours est resté stable, mais la présence sur site est allongée. En offrant un choix d’options aux élèves, la notion de classe se perd et le nombre de groupes explose. Il faut trouver plus de créneaux pour ces options et la logistique se complique pour les chef·fes d’établissement. Le site de L’Étudiant analyse dans quelle mesure la réforme du bac désorganise les journées au lycée et cite Mélanie Guenais, coordinatrice du collectif Maths-Sciences et enseignante-chercheuse à l’université Paris-Saclay : « Ils sont coincés 10 à 12 heures par jour au lycée si on prend en compte les transports, notamment en milieu rural, alors que dans le même temps, on leur demande de valoriser leur dossier avec des activités extrascolaires. » À cela, il faut ajouter que, sur place, il n’est pas toujours simple de mettre à profit ces heures de trous pour avancer sur ses devoirs, faute de lieux adaptés. Les une à deux heures de devoirs par jour sont à reporter sur le temps hors du lycée. Il reste donc peu de créneaux disponibles pour les activités rémunérées d’un quart des élèves, non-facultatives pour nombre d’entre elles et eux. Étudier au lycée est certes gratuit, mais occasionne de nombreux frais annexes comme ceux pour la restauration, les fournitures scolaires, l’équipement professionnel dans certains bacs pro, les déplacements. Les dispositifs d’aides financières (bourses) aux lycéen·nes sont conditionnés à des revenus familliaux très bas et ne couvrent souvent pas l’ensemble des dépenses qu’occasionne la scolarité.

Selon le Céreq, le travail lycéen devrait être considéré comme un enjeu éducatif majeur dans la mesure où il invite à repenser la transition vers l’âge adulte. En effet, l’élève ne « découvre » pas le monde du travail en sortie d’études. C’est une composante qui pourrait permettre de repenser le « métier » de lycéen·ne. 

Publié le 02/11/2026 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq)

Le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) est un établissement public français créé en 1971, placé sous la double tutelle du ministère de l’Éducation nationale et du ministère du Travail. Il étudie depuis plusieurs décennies les transformations du travail, des modes de gestion de la main-d’œuvre et des contextes organisationnels.

« Portrait du lycéen en travailleur », Lisa Marx | Cahier pédagogiques, 15 janvier 2021

En 2021, la revue Cahiers pédagogiques publie déjà un article sur le travail des lycéens et lycéennes, rédigé par Lisa Marx, postdoctorante, chargée d’étude et de recherche, équipe Veille & Analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon. « De nombreux élèves de lycée exercent des activités rémunérées, dans la restauration, la livraison, le commerce, les cours de soutien, la garde d’enfants etc., des activités ou petits boulots qui se déroulent bien souvent à l’abri du regard de l’institution scolaire », constate-t-elle.

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