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Appartient au dossier : Bâtir l’histoire chilienne

Bâtir l’histoire chilienne 2/4 : La maison de la rue Santa Fe

Miguel Enríquez, leader de la résistance à la dictature du général Pinochet, est assassiné en 1974 au 725 de la rue Santa Fe, à Santiago du Chili. C’est là que Carmen Castillo vit avec lui avant d’être forcée à l’exil, et c’est là qu’elle revient en 2007 afin de reconstituer l’histoire politique et intime des opposants au régime autoritaire.
Pour accompagner le cycle « Chili, cinéma obstiné » qui se tient à l’automne 2020 à la Cinémathèque du documentaire à la Bpi, Balises présente des lieux qui jouent un rôle actif dans certains films parce qu’ils permettent de reconstruire une mémoire nationale.

Carmen Castillo et sa fille, rue Santa Fe.
Carmen Castillo, Rue Santa Fe © Les Films d’Ici, 2007

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Dans le film de Carmen Castillo Rue Santa Fe, la maison du 725 rue Santa Fe à Santiago symbolise le bonheur passé et sa perte douloureuse. Carmen Castillo a vécu là dans la clandestinité avec Miguel Enríquez et leurs filles, jusqu’à ce que le leader du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria, c’est-à-dire Mouvement de la gauche révolutionnaire) y soit assassiné par la milice d’État et qu’elle-même, gravement blessée, soit forcée à l’exil. La réalisatrice ne reviendra jamais habiter au Chili.

La maison comme épicentre

Comme une ritournelle, la rue Santa Fe revient sans cesse dans le film auquel elle donne son nom. Dans un premier temps, Carmen Castillo demande aux habitants du quartier s’ils se souviennent d’elle et de l’assassinat de Miguel Enríquez. La réalisatrice retrouve le voisin qui a appelé une ambulance pour elle le jour de l’attaque, lui sauvant la vie.

Elle visite ensuite la maison, entièrement refaite : du passé, il ne subsiste que les impacts de balles dans le portail. Carmen Castillo la montre à l’une de ses filles. Elle tente de la racheter au propriétaire pour la transformer en lieu de mémoire et d’entraide, mais n’y parvient pas. D’ailleurs, les anciens membres du MIR ne souhaitent pas l’existence d’un tel lieu.

Carmen Castillo, enfin, déambule à plusieurs reprises avec d’anciens militants dans la rue Santa Fe, pour convoquer les souvenirs des luttes passées et leurs conséquences sur la vie des hommes et des femmes qui les ont menées.

Révolutions permanentes

Carmen Castillo tourne autour de la maison comme pour tenter de rassembler un passé perdu, disséminé, désormais insaisissable. Elle rassemble les témoignages de militants du MIR pour reconstituer l’histoire d’un mouvement aujourd’hui moribond, dont les membres sont dispersés aux quatre coins du monde depuis que nombre d’entre eux ont été forcés à un exil dont certains ne sont pas revenus. 

Dans un même mouvement, elle tente de reconstruire sa famille, dispersée depuis la disparition de son compagnon : ses filles qu’elles a envoyées vivre à Cuba pendant de longues années, ses parents, ses frères et sœurs.

La maison de la rue Santa Fe est donc un foyer intime et un épicentre historique, autour duquel gravitent des fragments d’histoire en suspension, sommés par le mouvement du film de ne jamais redevenir poussière.

Publié le 13/10/2020 - CC BY-NC-SA 4.0

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