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Appartient au dossier : La Chine, sur la voie de la puissance

Chine : une nouvelle « route de la soie » vers l’espace

Les derniers succès de la Chine dans le domaine spatial confirment l’efficacité de son programme et confortent son statut de grande puissance. Les nations investies dans le domaine spatial s’inquiètent et hésitent sur la position à adopter vis-à-vis de la Chine, entre coopération, protectionnisme et compétition. Avec cette « route de la soie » céleste, la Chine dispose d’un puissant argument au service de sa diplomatie, que le cycle « Quelle diplomatie chinoise au XXIe siècle » étudie à l’automne 2021, à la Bpi.

Un long cheminement depuis la fin des années cinquante

Maquette à échelle réduite du lanceur habité Longue Marche 2F chinois
Maquette à échelle réduite du lanceur habité Longue Marche 2F chinois par Gary Todd, CC0, via Wikimedia Commons

La course à l’espace commence dans le contexte de la guerre froide, avec deux protagonistes : les États-Unis et l’URSS. L’ambition spatiale de la Chine débute à la fin des années cinquante avec un programme de recherche et développement de missiles. La Chine bénéficie dans un premier temps de l’aide de l’URSS, puis poursuit seule son programme spatial. Mais la Révolution culturelle et des bouleversements politiques internes, vont freiner son avancée.

Les premières fusées chinoises sont lancées dans les années soixante. Le 24 avril 1970, la mise en orbite du satellite Dong Fang Hong-1 (L’Orient est rouge) embarqué sur la fusée Longue marche-1, permet à la Chine de se classer au cinquième rang des puissances spatiales, derrière l’Union soviétique, les États-Unis, la France et le Japon.

En 2003, elle est la troisième nation à lancer un vaisseau spatial habité, le Shenzhou-5. En 2018, la Chine passe en tête du classement de l’accès à l’espace avec trente-deux lancements et elle est la première à réaliser un lancement depuis une plate-forme maritime mobile.

Un programme qui décolle

Depuis, les annonces se multiplient : alunissage sur la face cachée de la lune en 2019, lancement de la sonde Tianwen-1 vers Mars en juillet 2020, retour sur Terre des échantillons lunaires de la mission Chang’E-5 en décembre 2020, retour sur Terre des trois taïkonautes (astronautes chinois) après trois mois dans l’espace à bord de Shenzhou-5 en septembre 2021.

En octobre 2021, le Financial Times affole la communauté internationale avec l’annonce d’un test de missile hypersonique à capacité nucléaire en août 2021. Malgré le démenti de la Chine, le monde prend la mesure concrète de l’avancée fulgurante de la Chine dans le domaine spatial et donne de la crédibilité aux annonces du plan chinois : le déploiement d’une station robotique sur la lune en 2030, l’exploration de la ceinture des astéroïdes, puis de Jupiter. Et pour 2049, les Chinois prévoient d’atteindre les limites du système solaire avec le programme Interstellar express.

La priorité aux technologies

Pourtant, comme dans d’autres domaines, tout est inscrit dans un plan et l’avancée de la Chine se réalise, étape par étape, avec un important budget dédié à la recherche et au développement. Les Chinois misent sur la technologie pour parvenir à leurs objectifs. Quand la technologie est au point, les scientifiques peuvent commencer à développer leurs projets. D’ailleurs, ces deux domaines dépendent d’opérateurs différents. La commercialisation ou la coopération suivent.

Une nouvelle route de la soie

Forte de quatre sites de lancement, contre six pour les États-Unis et un pour l’Europe, la Chine a réussi à mettre en orbite une constellation de satellites. Dans le cadre du projet Beidou, elle a mis au point une technologie de géolocalisation qui concurrence le système Galileo de l’Europe et le système Glonass de la Russie, et qui intéresse de nombreux pays. Dans le domaine des satellites, la coopération a commencé dès 1994 avec un accord avec la DASA (Deutsche Aerospace Aktiengesellschaft), Alcatel, et même l’ESA (agence spatiale européenne). 

La Chine est désormais en position de proposer ses services aux pays qui ne sont pas aussi avancés dans le domaine spatial et devient une alternative fiable aux puissances spatiales en place. La Russie, mais aussi la France, se montrent très intéressées par un partenariat pour la base lunaire. 

La station Palais céleste sera ouverte à la coopération internationale, mais comme le note Marc Julienne, de l’IFRI (Institut français des relations internationales) dans un article du 30 mai 2021, cette coopération se fera « au bon vouloir et sous les conditions édictées par la Chine ». Le Pakistan et la Russie sont déjà sur les rangs comme l’Agence spatiale européenne et la France. Ces accords se nouent dans l’intérêt de la science, car comme le dit Michel Blanc :

« Toute nation qui contribue à l’avancement de la science doit être encouragée. »

Reste que pour le moment, les États-Unis se tiennent à distance, au grand dam de la NASA. Les accords sino-américains sont entravés par l’amendement Wolf, intégré à une loi de 2011, qui interdit à la NASA l’emploi de fonds fédéraux dans un accord avec la Chine, et les relations diplomatiques tendues entre les deux puissances mondiales.

Publié le 01/11/2021 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Le programme spatial chinois, ambitions, réalisations et perspectives | Cité des sciences, 30 septembre 2020

Michel Blanc, astronome émérite à l’IRAP (Institut de recherche en Astrophysique et Planétologie), détaille le programme chinois et présente les acteurs de ce programme lors d’une conférence à la Cité des sciences en septembre 2020.

China National Space Administration

Le site officiel (en anglais) de l’opérateur principal du spatial en Chine.

La Chine dans l’espace et le rêve chinois | Monde chinois 2020/4 (N° 64)

L’article revient sur la construction de compétences spatiales variées, soutenue par la volonté politique, et qui accorde aujourd’hui à la Chine une place importante sur la scène internationale.

À consulter à la Bpi, dans la base Cairn

La Chine à la conquête de l'espace | IFRI, mai 2021

La politique spatiale chinoise inquiète de plus en plus les autres poids lourds de l’espace.

Les États-Unis et la Chine pourront-ils coopérer dans l’espace ? | SciencesPost, août 2021

L’ascension fulgurante de la Chine dans les sciences et l’exploration spatiales pourrait inciter les États-Unis à reconsidérer l’absence de collaborations bilatérales.

Les bases spatiales dans le monde : les interfaces Terre-espace | Géoconfluences, mars 2021

Une étude des bases spatiales, levier de puissance à l’échelle mondiale.

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