Interview

Dans la bulle de Chloé Wary

Bande dessinée

© Chloé Wary

Balises vous propose de découvrir l’univers de Chloé Wary à l’occasion du Jeudi de la BD qui lui est consacré en ligne jeudi 3 décembre 2020.

Lectures d’enfance, découverte des mangakas japonaises, podcasts incontournables ou recommandations littéraires… plongez dans la bulle de Chloé Wary, autrice notamment de Saison des roses, récompensée du Prix du public France télévisions au festival d’Angoulême 2020.

Quels livres ont marqué votre enfance ?

Je n’ai pas beaucoup lu quand j’étais petite. Je me souviens que j’étais accro aux cassettes de Heidi, j’aimais tellement ce dessin animé, sans doute parce qu’elle vivait à la montagne en plein air frais et que ça me fascinait. C’était totalement à l’opposé de mon environnement quotidien. J’étais aussi fan de W.I.T.C.H., une série de BD sur cinq copines qui ont des pouvoirs, je lisais ça dans les supermarchés pendant que ma mère faisait les courses. Il y avait aussi la comédie musicale Annie, que je regardais littéralement en boucle, et puis les films d’animation japonais qui sont arrivés par la suite. J’ai vu Princesse Mononoké à sa sortie, j’avais six ans, ça m’a marquée. J’ai été vite touchée par des personnages féminins indépendants, en quête de liberté.

Quels artistes vous ont donné envie de faire de la bande dessinée ?

Les premières, se sont les mangakas, parce qu’elles étaient des femmes et qu’elles avaient le droit à la même reconnaissance que les hommes. Il existait un mot, « mangaka », qui incluait femmes et hommes donc ça rendait la chose possible, accessible. Je me disais « Ok c’est bon, je peux écrire des histoires et les dessiner, ça s’appelle faire des mangas ». Je dessinais au sens japonais parce que je n’avais pas de références équivalentes en français, il n’y avait pas encore ce mot, « autrice », du coup je disais « dessinatrice » mais ça me paraissait insuffisant, il me manquait le côté « inventer une histoire », donc je disais mangaka.

Je lisais par exemple Ai Yazawa (autrice de Nana, Paradise Kiss), Wataru Yoshizumi (autrice de Marmelade boy, Fruit basket) ou Kaho Miyasaka (autrice de Kare first love)… D’ailleurs, j’ai cru pendant longtemps que Hayao Miyasaki était une femme, ça m’a profondément choquée (presque déçue) d’apprendre que c’était un homme. Je me suis dit : « c’est impossible qu’un homme écrive aussi bien des personnages féminins ».

Écoutez-vous de la musique ou des podcasts en travaillant ?

Oui tout le temps, sauf quand je dois me concentrer pour écrire. Le dernier podcast que j’ai adoré, c’était Miroir, miroir de Jennifer Padjemi. Les podcasts qui parlent des problématiques sociales et sociétales contemporaines, du rapport à son identité, à son corps, à sa féminité etc., c’est clairement ma came. Ça fait réfléchir et on en a besoin pour écrire nos personnages, nos intrigues… Je vous recommande Les Couilles sur la table (incontournable), Un podcast à soi, Sois sage et parle fort, Sans Blanc de Rien, Kiffe ta race, MadmoiZelle, et tant d’autres.

Il y a les podcasts qui parlent de BD aussi : Le Gaufrier, La Vignette, Salut la compagnie… Il y a aussi les chaînes Youtube Fanzine de Waax : ce sont des artistes qui reprennent des morceaux sur des productions improvisées. Sinon je recommande Grand Médine, le nouvel album de Médine qui vient de sortir, Aya, celui d’Aya Nakamura et Gros bébé, celui de Naza, si on veut plus de calme.

Que lisez-vous en ce moment ?

J’ai fini Ma vie de cafard de Joyce Carol Oates, incroyable. Hyper bien écrit. Elle alterne les pronoms dans le discours écrit, c’est très habile. C’est l’histoire d’une gamine de treize ans, terrorisée par les preuves inavouables qu’elle seule a vues, qui se retrouve à balancer ses frères de dix-sept et dix-huit ans, accusés d’homicide sur un jeune Afro-américain. Reniée par sa famille, elle raconte son exil, ses errances, sa reconstruction dans une Amérique fissurée de partout. Je résume mal, mais cette lecture m’a vraiment remué.

Publié le 23/11/2020 - CC BY-NC-SA 4.0

Pour aller plus loin

Saison des roses

Chloé Wary
FLBLB Éditions, 2019

Saison des roses raconte l’histoire de Barbara, capitaine de l’équipe féminine de football de Rosigny-sur-Seine. Elle est au centre d’une lutte pour sauver l’équipe des Roses de Rosigny, menacée de disparaître. Pour des raisons économiques, la présidente du club choisit de sacrifier l’équipe féminine sans débat et sans vote au profit de l’équipe masculine. La résistance s’organise et la question du sexisme dans le sport est abordée avec force et panache. Les filles font le pari d’affronter les garçons sur le terrain pour défendre leur place.

Au plus juste et à partir de sa propre expérience, Chloé Wary évoque le combat au quotidien contre les idées reçues et les injustices qui en découlent. Un graphisme naïf, des couleurs acidulées, des dialogues pittoresques pour des personnages au caractère bien trempé servent en sous-texte un discours réfléchi et résolument optimiste sur la valeur de l’engagement, tout en faisant le constat d’une réalité discriminante.

À la Bpi, niveau 1, RG WAR S

Beethov sur Seine

Chloé Wary
Steinkis, 2020

Chloé, fan de foot, de sneakers et de rap, ne connaît pas grand-chose à la musique classique. Elle va pourtant s’attaquer dans ce récit à l’un des plus grands compositeurs de l’histoire : Ludwig van Beethoven !

A travers ce projet, Chloé nous raconte les coulisses d’une création, de ses prémices à la représentation finale. En immersion avec l’orchestre, elle assiste aux répétitions et fait la rencontre des musiciens, techniciens, agents et autres musicologues qui gravitent autour de ce projet et nous plonge ainsi dans l’envers du décor. Elle désamorce les préjugés ordinaires qui entourent ce milieu mal connu du grand public et nous livre un regard naïf et sincère sur le classique et sur Beethoven.

Entretien avec Chloé Wary | Bpi (2020)

Chloé Wary est née en 1995 en banlieue parisienne. Dès le collège, elle suit des cours de bande dessinée et opte, au lycée, pour un DMA en illustration. Son projet de fin d’études est publié en 2017 aux éditions Steinkis sous le titre Conduite interdite. Alors qu’elle cherche comment raconter la vie des filles en banlieue, Chloé Wary rencontre l’entraîneuse d’un club de foot féminin, et rejoint la section féminine du FC Wissous, qui mêle des femmes de seize à trente-cinq ans dans une équipe en plein essor. L’histoire et les personnages de Saison des Roses sont nourris de ces moments passés sur le terrain, mais aussi des souvenirs de la vie lycéenne à Chilly-Mazarin, à une époque de la vie où l’on apprend à assumer ses choix.

La sélection de Chloé Wary

Nana

Ai Yazawa
Delcourt-Akata, 2002-2009

L’autrice de mangas Ai Yazawa a été publiée pour la première fois à dix-sept ans, en 1985. Elle a depuis publié plus de dix séries, dont Nana, qui compte parmi ses plus gros succès. Cette série en vingt-et-un tomes, arrêtée en 2009, raconte l’histoire de deux jeunes filles japonaises qui se rencontrent par hasard dans un train, ont le même âge et portent le même prénom, Nana. Venant d’univers apparemment incompatibles, elles vont partager une colocation et vivre une amitié fusionnelle.

À la Bpi, niveau 1, MA NAN

Le Gaufrier

Deux fois par mois, ce podcast animé par Christopher, Louise, Marion et Mimoun, chronique avec humour l’actualité de la bande dessinée.

Aya

Aya Nakamura
Warner Music France, 2020

La chanteuse de pop urbaine Aya Nakamura revient en novembre 2020 avec Aya, un troisième album très attendu. Les quinze titres de cet opus reprennent les ingrédients qui ont fait le succès de la jeune chanteuse française la plus écoutée dans le monde : mélange d’influences de tous les continents, rythmes afro-beat efficaces et ce langage si particulier qu’elle a su inventer.

Ma vie de cafard

Joyce Carol Oates
Philippe Rey, 2020

Dans l’État de New York, au cours des années soixante-dix, Violet, une jeune fille de douze ans, dénonce ses grands frères, qu’elle a vus torturer et tuer un jeune Afro-américain. Sa famille ne lui pardonne pas d’avoir été la cause de leur arrestation et la bannie.

À la Bpi, niveau 3,  821 OATE 4 MY

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