Interview

Dans la bulle de Gilles Rochier
Des kiffs et des potes

Littérature et BD

Gilles Rochier à Colombes
Gilles Rochier © Jean Fabien

Nourri de culture populaire depuis l’adolescence, Gilles Rochier nous dévoile les artistes qui l’accompagnent au quotidien.

Auteur d’une quinzaine d’albums (dont TMLP, qui a remporté le prix Révélation à Angoulême en 2012), Gilles Rochier inscrit ses bandes dessinées dans la réalité sociale contemporaine. La rencontre prévue à la Bibliothèque publique d’information le 24 mars sera l’occasion de (re)découvrir son univers urbain.

Souvent inspirées de sa propre histoire, ses bandes dessinées décrivent le désœuvrement des jeunes dans des quartiers livrés à l’abandon et mettent en lumière la vie des gens qui résident de l’autre côté du périph’.

Quelle est la première bande dessinée que vous avez lue ?

Tintin, Vol 714 pour Sidney. Je me souviens que j’avais été emporté par l’aventure. C’est l’album qui a fait naître en moi l’envie de faire de la BD, mais j’étais bien entendu très loin d’imaginer que j’allais vraiment passer à l’acte.
J’ai lu beaucoup de BD dans mon enfance, j’étais probablement celui qui en lisait le plus dans mon entourage.

Quels sont les artistes ou les œuvres qui ont eu une influence sur votre travail ?

J’ai grandi dans une famille qui n’avait pas vraiment de pratique culturelle. Quand j’étais ado, il n’y avait pas la profusion d’images qu’il y a aujourd’hui, j’ai donc été chercher par moi-même, en me rendant en douce à Paris notamment, pour me construire mon propre univers culturel. J’ai découvert le hip-hop et les artistes contemporains qui sont arrivés avec, comme Keith Haring, Jean-Michel Basquiat ou Robert Combas. Je me suis beaucoup nourri du travail de ces artistes et la peinture de Combas continue de m’accompagner.

Que lisez-vous en ce moment ?

Je lis France Football et L’Équipe ! Je ne suis pas un grand lecteur de littérature. Je commence des romans que je ne finis jamais. J’ai commencé Jours barbares de William Finnegan et j’essaie péniblement de le terminer. Je ne minimise pas la puissance de la littérature, mais ce n’est pas mon truc.

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

J’écoute beaucoup de rap. En ce moment, j’écoute en boucle le nouvel album d’Orelsan. Derrière son image désinvolte, il y a un travail d’écriture incroyable. J’écoute aussi Eddy de Pretto, ce gamin a tout compris à la musique. Comme j’ai des ados à la maison, je découvre plein d’artistes intéressants ! Et je reste un grand fan de NTM, je suis toujours en admiration devant ces deux énergumènes que sont JoeyStarr et Kool Shen. 

Selon vous, quels sont les artistes qui parlent le mieux de la banlieue ?

Même s’il ne vient pas de banlieue, Renaud a une sensibilité particulière dans sa manière de parler des gens issus des quartiers populaires. Son univers décrit bien cette réalité. Je pense évidemment à NTM qui, par la virulence de ses mots, nous met sous le nez un constat d’urgence. Et puis, il y a PNL. Qu’on aime ou pas ce groupe, il nous parle ce qui se passe en 2018 dans nos banlieues.

En BD, j’aime bien l’époque de Kebra dans Métal hurlant, avec ses personnages en animaux et les bandes dans les cités.

Je crois, par ailleurs, qu’on ne peut pas minimiser le travail de Jamel Debbouze. Il a réussi à donner une autre image des jeunes de banlieue en montrant leurs talents. Ces jeunes qui font du stand-up devant une salle comble, je trouve que c’est une belle image de la France contemporaine.

À qui aimeriez-vous remettre un Fauve d’or ?

À un copain pour pouvoir faire la fête avec lui ! Cela dit, je ne peux tout de même pas l’attribuer à mes copains Fabcaro ou Daniel Casanave, ils n’ont pas besoin de moi !
Plus sérieusement, je pense à un auteur que j’apprécie particulièrement : Laurent Lolmède. Il fait de l’art brut et son dessin me fait vibrer. Mais tel que je le connais, il serait bien capable de le refuser !

 

Publié le 16/03/2018 - CC BY-NC-SA 4.0

Sélection de références

La Petite Couronne

Gilles Rochier
6 pieds sous terre, 2017

La Petite Couronne trace un portrait de la banlieue à travers le regard des pères et des grands frères qui y ont grandi, vieilli, mûri.

À la Bpi, niveau 1, AL RG ROC P

T.M.L.P. : ta mère la pute

Gilles Rochier
6 pieds sous terre, 2011

C’est l’histoire d’une bande de « petits branleurs » de cité. Entre concours de vannes et parties de foot, entre 400 coups et batailles rangées contre les « mecs extérieurs », des heures à traîner à l’arrêt de bus et des escapades dans les bois qui jouxtent le quartier. Des branleurs, mais pas des méchants. Des ados qui s’ennuient, isolés entre leurs blocs et coupés du monde après 23h et le passage du dernier bus qui mène « à la ville où il y a une gare pour Paris ». Des gosses qui viennent souvent à bout de la patience des adultes. Des mômes « pauvres, laids », mais « heureux ». Jusqu’à ce qu’un drame à propos d’une cassette égarée vienne rompre pour toujours le fragile équilibre du quotidien…
Gilles Rochier raconte avec sensibilité et de l’intérieur les enfants de cités, les gens et une banlieue qu’il aime et qu’il déteste à la fois. TMLP : ta mère la pute a remporté le prix Révélation du Festival International de la BD d’Angoulême 2012.

À la Bpi, niveau 1, AL TML

Rédiger un commentaire

Les champs signalés avec une étoile (*) sont obligatoires

Réagissez sur le sujet