Sélection

Appartient au dossier : Jean Echenoz

Jean Echenoz en 5 romans

Comment aborder Jean Echenoz ? La question se pose inévitablement face à cette œuvre conséquente – dix-sept romans et récits – qui, si elle jouit d’une évidente unité de style, se caractérise également par différents moments de rupture.

Aux romans d’espionnage foisonnants des débuts, marqués par la lecture de maîtres du roman noir comme Jean-Patrick Manchette, se sont substitués dès les années 1990 des textes aux accents plus intimistes qui, sans jamais renoncer à l’appel de l’aventure, examinent une certaine expérience des rapports humains contemporains, avec une économie de moyens et une distance qui font la marque d’Echenoz. Cette heureuse synthèse trouve sa forme la plus aboutie dans une série de textes plus réalistes rédigés à la fin des années 2000, inspirés par des personnages ou des moments historiques exceptionnels qu’Echenoz, écrivain dit minimaliste, ramène obstinément à hauteur d’homme.

À l’occasion de l’exposition Jean Echenoz : Roman, rotor, stator qui se tient à la Bibliothèque publique d’information du 29 novembre 2017 au 5 mars 2018, nous vous proposons une sélection de textes représentatifs des différents temps de l’œuvre du romancier.

Publié le 28/11/2017 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

L'Occupation des sols

Jean Echenoz
Minuit, 1988

“Sylvie Fabre luttait cependant contre son effacement personnel, bravant l’érosion éolienne de toute la force de ses deux dimensions.”

En 1988, après une série de romans d’espionnage, Jean Echenoz tient à publier aux Éditions de Minuit un texte à part : L’Occupation des sols. En une quinzaine de pages, le récit relate le deuil d’un père et d’un fils qui ont tout perdu dans l’incendie de leur appartement. De la mère disparue, il ne reste qu’une image publicitaire peinte sur le flanc d’un immeuble parisien en cours de réhabilitation. Mais peu à peu, la fresque maternelle de la rue Dieu disparaît, condamnée par un nouveau plan d’occupation des sols.

En reliant les êtres et les lieux à leurs propres mécanismes de destruction, Jean Echenoz livre un condensé narratif et émotionnel virtuose, variation habile sur l’éphémère de l’existence.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 OC

Les Grandes Blondes

Jean Echenoz
Minuit, 1995

Gloire voudrait simplement qu’on lui fiche la paix. Après une courte carrière dans la chanson sous le nom de Gloria Stella et cinq années derrière les barreaux suite à la mort suspecte de son producteur, elle mène une vie discrète en Bretagne. C’est sans compter sur l’opiniâtreté des collaborateurs de Paul Salvador, qui souhaitent à tout prix réaliser une émission sur Gloire. Pour se débarrasserd’eux, celle-ci se révèle prête à tout, quitte à faire une ou deux victimes et plusieurs milliers de kilomètres.

Cette course-poursuite jubilatoire entre une héroïne forte et dangereuse mais dépassée par les événements et une bande de détectives empotés est un roman-charnière dans l’œuvre de Jean Echenoz. Encore très marqué par l’influence du roman noir ou d’espionnage, Les Grandes Blondes ménage des moments plus intimistes qui annoncent la tonalité et l’humour mélancolique de Je m’en vais ou Au piano.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 GR

Je m'en vais

Je m'en vais

Jean Echenoz
Minuit, 1999

“Chacun sait qu’on ne trouve personne quand on cherche, mieux vaut ne pas avoir l’air de chercher, se comporter comme si de rien n’était. Mieux vaut attendre le hasard d’une rencontre, surtout sans avoir l’air d’attendre non plus.”

“Je m’en vais”, ce sont les mots, laconiques, que prononce Félix Ferrer au début et à la fin du roman, sans que l’on sache réellement où, ni pourquoi. Entre les deux pourtant, on aura visité Paris, l’Arctique ou l’Espagne ; on aura pris des avions, un camion frigorifique et même un brise-glace… avant de revenir au point de départ. Notre héros, finalement, est comme le monde : il tourne en rond sans parvenir à sortir de l’impasse.

Comme dans chacun de ses romans, Jean Echenoz aime jouer avec son lecteur, multipliant les indices et les clins d’œil. Je m’en vais s’amuse de ces croisements, entre polar improbable, faux récit d’aventures et vraie parodie – à moins qu’il ne s’agisse de la suite d’Un an, paru deux ans plus tôt. Le jury du prix Goncourt, lui, ne s’y est pas trompé, couronnant le roman en 1999.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 JE

Ravel

Jean Echenoz
Minuit, 2006

“À ceux qui s’aventurent à lui demander ce qu’il tient pour son chef d’œuvre : c’est le Boléro, voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.”

En évoquant les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, de 1927 à 1937, Jean Echenoz choisit de mettre en scène un artiste sur le déclin. Il y a certes le Boléro, dont l’immense succès à partir de 1928 repose en partie, selon le compositeur, sur un malentendu. Mais bientôt se font sentir les premiers signes de la maladie, qui contraignent Ravel à s’éloigner de la musique. De renoncements en échecs, Ravel n’est bientôt plus capable que de regarder en arrière. Avec sa concision et son sens habituel des formules lapidaires, Echenoz lui fait simplement dire que “quelque chose ne colle plus”.

Le portrait de cet homme qui voit son art lui échapper n’est cependant pas dénué de l’humour insolite propre à Echenoz ni de son sens du décrochage. Primesautier bien que crépusculaire, entêtant – à la mesure du célèbre Boléro -, Ravel, première pierre d’une “trilogie biographique” poursuivie avec Courir puis Des Éclairs, consacrés à Emil Zátopek et Nikola Tesla, garde toute sa légèreté même lorsqu’il évoque les angoisses du créateur face au passage du temps.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 RA

Envoyée spéciale

Jean Echenoz
Minuit, 2016

Une bande de barbouzes quelque peu désorganisés, un général sur le retour qui rêve d’un dernier grand coup, une jeune ingénue qui n’a rien demandé, et certainement pas qu’on l’envoie jouer les mouchardes en Corée du Nord… Tous les ingrédients sont là pour renouer avec la veine du roman d’espionnage rocambolesque, premier amour de Jean Echenoz.

Plus de vingt ans après Lac ou Cherokee, Echenoz démontre à nouveau sa virtuosité narrative : dans la folle machine qu’est Envoyée spéciale, tout – et, à l’occasion, n’importe quoi – peut alimenter le moteur de l’action. Interventions furtives du narrateur, deus ex-machina insensés, clins d’œil auto-référentiels insistants… Pastiche goguenard et retors, Envoyée Spéciale conjugue la malice pince-sans-rire du jeune Echenoz à l’impeccable maîtrise stylistique de l’œuvre de maturité.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 EN

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