Sélection

Jean Rouch, cinéaste et ethnologue

L’année 2017 marque le centenaire de la naissance de Jean Rouch. À cette occasion, de nombreuses manifestations rendent hommage au travail du cinéaste et ethnologue, qui n’eut de cesse d’explorer l’Afrique, sa société et ses rites. Notre sélection propose d’entrer dans son œuvre foisonnante, véritable mythologie vivante du continent africain.

C’est dans un entretien publié dans la revue Terrain que Jean Rouch donne sa vision du cinéma ethnographique :

« Je pense que si le cinéma ethnographique doit exister, il doit être fait par d’irréprochables ethnographes qui soient aussi de très bons cinéastes”. Il ajoute un peu plus loin : “Je dis toujours en plaisantant que pour les cinéastes, je suis ethnographe et pour les ethnographes, je suis cinéaste ; ainsi, je ne suis nulle part, ce qui est bien commode.»

Dans le texte La Caméra et les hommes, le cinéaste défend fermement trois principes de réalisation :

1. Le réalisateur ne peut être que l’opérateur et seul l’ethnographe sait quand, où, et comment filmer, c’est donc lui qui réalise.
2. L’ingénieur du son doit comprendre la langue des gens que l’on enregistre, il doit appartenir à l’ethnie filmée.
3. L’ethnographe doit passer un temps très long sur le terrain avant de commencer à tourner.

Une fois ces conditions respectées, Rouch pose encore un principe fort quand vient le moment de filmer :

« La technique de la caméra à la main me semble particulièrement efficace, car elle permet de s’adapter à l’action en fonction de l’espace, de pénétrer dans la réalité plutôt que de la laisser se dérouler devant l’observateur. […] Pour moi donc, la seule manière de filmer est de marcher avec la caméra, de la conduire là où elle est le plus efficace, et d’improviser pour elle un autre type de ballet où la caméra devient aussi vivante que les hommes qu’elle filme. […] Le caméraman réalisateur pénètre réellement dans son sujet. […] C’est cet état bizarre de transformation de la personne du cinéaste que j’ai appelé, par analogie avec les phénomènes de possession, la « ciné-transe ».»

Publié le 20/10/2017 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

Une vie, une œuvre - Jean Rouch (1917-2004)

Une vie, une œuvre - Jean Rouch (1917-2004)

Fort de ses cent cinquante films environ – nul ne sait exactement – Jean Rouch n’avait pas volé ce titre de carte de visite “chargé de recherche au Musée de l’homme” que semblait lui envier Jean-Luc Godard lorsqu’il demandait : “Existe-t-il une plus belle définition du cinéaste ?” Cette émission revient sur la vie et le parcours de Jean Rouch, inventeur du cinéma ethnologique, créateur et producteur de vérité.

Les Maîtres fous

Les Maîtres fous

Jean Rouch
, 1955

Dans la ville d’Accra, au Ghana, des émigrants venus du Niger se trouvent brusquement plongés dans la vie trépidante de la civilisation occidentale. Pour remédier à ce déracinement, ils se réunissent dans l’un des faubourgs de la ville pour pratiquer le culte des Haouka, sorte de dieux modernes.

Le film dévoile des scènes de rites puissantes, particulièrement spectaculaires, qui poussent Jean Rouch et son producteur à insérer deux avertissements à l’écran avant les premières images : “Le producteur, en présentant au public, ces documents sans concession ni dissimulation, tient à l’avertir de la violence et de la cruauté de certaines scènes” et “Aucune scène n’est interdite ou secrète mais ouverte à tous ceux qui veulent bien jouer le jeu. Et ce jeu violent n’est que le reflet de notre civilisation”.

Le film reçoit le Grand Prix de la Biennale internationale du cinéma de Venise en 1957.

Moi un noir

Moi, un noir

Jean Rouch
, 1959

Deux jeunes Nigériens ont quitté l’intérieur des terres du Niger pour trouver du travail en Côte d’Ivoire. Ils ont échoué à Treichville, quartier populaire d’Abidjan, déracinés dans la civilisation moderne. Le héros, qui se fait appeler Edouard G. Robinson en l’honneur de l’acteur américain, raconte son histoire.

Jean Rouch introduit lui-même le film avec ce commentaire en voix off : ” Chaque jour des jeunes gens semblables aux personnages de ce film arrivent dans les villes d’Afrique. Ils ont abandonné l’école ou le champ familial pour essayer d’entrer dans le monde moderne. Ils ne savent rien faire et tout faire. Ils sont l’une des maladies des villes africaines : la jeunesse sans emploi. Cette jeunesse coincée entre la tradition et le machinisme, entre l’islam et l’alcool, n’a pas renoncé à ses croyances mais se vouent aux idoles modernes de la boxe et du cinéma. Pendant six mois, j’ai suivi un petit groupe de jeunes immigrés nigériens à Treichville, faubourg d’Abidjan. Je leur ai proposé de faire un film où ils joueraient leur propre rôle, où ils auraient le droit de tout faire et de tout dire. C’est ainsi que nous avons improvisé ce film.”

Écouter l’analyse du film par Jean-Louis Comolli sur notre WebTV/WebRadio.

La Chasse au lion à l’arc

La Chasse au lion à l’arc

Jean Rouch
, 1967

De 1958 à 1964, les chasseurs de la région de Yatakala, à la frontière du Niger, du Mali et de la Haute-Volta font sept campagnes de chasse au lion traditionnelle, à l’arc et aux flèches empoisonnées. Jean Rouch a suivi ces campagnes de chasse pendant cinq ans.

Lors d’un entretien avec Michel Polac pour France Culture, Rouch explique le sens des cycles de chasse : “la mort est une espèce de compensation entre un certain nombre de forces vitales. La maîtrise que l’on peut en avoir est extrêmement difficile à obtenir : lorsque l’on tue une bête, il y a une compensation : un chasseur qui tue un animal perdra un parent dans l’année. S’il tue un petit lion, il perdra un fils. Je voulais montrer un film où l’on voit le respect de la vie et la nécessité de la mort. Lorsque l’on donne la mort, il faut être très sûr de soi. ”

Le film obtient le Lion d’Or à la 26e Mostra Internationale d’Art Cinématographique de Venise en 1965.

Le Chamane, son neveu et le capitaine

Le Chamane, son neveu et le capitaine

Pierre Boccanfuso
, 2008

L’auteur et réalisateur Pierre Boccanfuso s’inscrit dans la continuité des travaux de Jean Rouch. Il filme aux Philippines depuis 1994, au sein d’une population Palawan vivant en forêt. Il parle le dialecte palawan et suit les coutumes traditionnelles : “Pour capter l’authenticité des faits, accéder à l’intimité des situations, et faciliter ma totale intégration, je refuse toute équipe de tournage extérieure. D’un point de vue technique, je suis le seul élément étranger à cette communauté. Quatre jeunes Palawan, issus de la famille que je filme, me proposent de m’aider dans mes tâches de tournage. Je les forme au maniement d’une caméra, aux techniques de prise de vues, de prise de sons et d’éclairage. Ils deviennent, au fil des années, de véritables assistants, précieux et performants.”

Dans Le Chamane, son neveu et le capitaine, il filme une communauté indigène des montagnes qui peine à préserver ses traditions de l’influence moderne des Visayas, venus des îles voisines. Les Visayas tiennent l’administration de l’île et son commerce. Ils lorgnent les terres fertiles de Palawan. Dans ce contexte, Medsinu, nouveau chamane de la communauté palawan, peine à se faire entendre des jeunes générations que la ville attire.

À la Bpi, niveau 3, 39(539) CHA

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