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Le Nouveau Bal, fabrique d’un film

Comment les films documentaires voient-ils le jour ? Le projet en cours du réalisateur iranien Mehran Tamadon, Le Nouveau Bal, présenté lors du prochain rendez-vous « La Fabrique des films », nous offre l’opportunité d’appréhender les étapes de la création documentaire.

Image issue des repérages effectués pour le film Nouveau Bal de Mehran Tamadon
Image issue des repérages effectués pour le film Nouveau Bal de Mehran Tamadon © Petit à petit production

La fabrication d’un film est le plus souvent une entreprise collective ; à l’origine, un duo se forme entre un·e cinéaste portant un projet et un·e producteur·rice. Mehran Tamadon a réalisé plusieurs œuvres abordant le régime politique de son pays natal, l’Iran. Avec Le Nouveau Bal, il se penche sur la France : suite au meurtre de Thomas lors d’un bal à Crépol (Drôme), en 2023, le réalisateur tente de recréer du lien au sein d’une population fracturée. Sur Le Nouveau Bal, Rebecca Houzel, fondatrice de la société Petit à petit production, collabore pour la première fois avec Mehran Tamadon. « Généralement, le·a cinéaste me transmet son désir de film et mon rôle est de l’accompagner durant tout le processus, dans ses dimensions artistiques, matérielles et financières. Pour m’engager, je dois avoir la conviction que je suis en mesure de lui permettre d’aller au bout de son idée initiale, dans les meilleures conditions possibles », précise la productrice interviewée par Balises en mars 2026. L’élaboration de demandes de financement auprès d’organismes publics et la recherche de partenaires privés peuvent alors débuter. À l’aide des taxes prélevées notamment sur la vente de tickets de cinéma, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) soutient de nombreux projets. Le CNC a d’ailleurs soutenu le film Le Nouveau Bal via son Fonds d’aide à l’innovation, partenaire du rendez-vous « La Fabrique des films ». 

Portrait de Rebecca Houzel © David Quesemand / Petit à Petit Production

« Le·a cinéaste me transmet son désir de film et mon rôle est de l’accompagner. »

Rebecca Houzel, fondatrice de la société Petit à petit production

Écrire le réel

Parle-t-on de scénario pour un documentaire ? Oui, mais sa forme varie grandement selon les projets. D’un côté du spectre, on trouve ce que l’on appelle parfois les films à dispositif : des œuvres où la plupart des actions qui se déroulent devant la caméra sont encadrées et prévues, mais ne construisent pas pour autant une fiction. De l’autre côté, des œuvres sont tournées sur le vif, dans la tradition du cinéma direct. L’étape du scénario permet alors d’imaginer ce que le film va pouvoir saisir. « Mehran se situe à mi-chemin entre ces deux approches. Il pose un dispositif de départ, puis capte sur le vif ce qui se produit », explique Rebecca Houzel.

Pour la plupart des documentaires, le processus d’écriture coexiste avec le développement, qui consiste à définir la façon dont le projet va pouvoir s’accorder à la réalité. Cette étape inclut des repérages, c’est-à-dire le fait de se rendre dans l’environnement que l’on souhaite filmer, auprès des futur·es protagonistes. Sans ce temps de familiarisation, difficile de s’engager dans un tournage. Celui du Nouveau Bal est prévu d’avril à juin 2026, mais au préalable, Mehran Tamadon a passé près de deux ans dans la Drôme. La mort de Thomas y a exacerbé la défiance entre différents groupes sociaux, notamment les partisan·es de l’extrême droite, d’une part, et les habitant·es de la cité de la Monnaie, d’autre part. Le cinéaste veut proposer d’organiser un « nouveau bal », occasion d’une reprise du dialogue qui implique un délicat travail d’approche.

Savoir s’entourer

Autre étape importante : la constitution d’une équipe. Certains documentaires sont tournés par une personne seule. Sur Le Nouveau Bal, le réalisateur filmera les images lui-même, mais sera accompagné d’un assistant pour la prise de son. D’autres tournages reposent sur une équipe plus large : un·e cadreur·euse maniant la caméra, d’autres assistant·es… À budget égal, agrandir l’équipe implique de diminuer le nombre de jours de tournage ou de montage. Il convient d’équilibrer les coûts de la façon la plus pertinente pour le projet.

À l’étape du développement, la recherche de partenaires se poursuit. Il peut s’agir de chaînes de télévision achetant les droits de diffusion du film avant même sa réalisation, d’une société qui se portera coproductrice ou qui s’engagera à amener le film en salle (ce que l’on appelle la distribution). Dans le cas d’un documentaire, il faut décider en amont du tournage s’il va connaître sa première exploitation au cinéma ou à la télévision – Le Nouveau Bal s’oriente vers le grand écran.

Faire le tri

Après le tournage et ses nécessaires imprévus arrive l’étape du montage, qui consiste à choisir parmi les images résultantes (rushes) celles qui vont figurer dans le film, à en définir l’agencement pour créer une forme de récit. Rebecca Houzel précise : « La personne chargée du montage n’a pas été sur le tournage et apporte donc un point de vue extérieur. Elle aide le·a cinéaste à regarder ses images, à revisiter son idée initiale. » Pour Le Nouveau Bal, Mehran Tamadon travaillera de nouveau avec Luc Forveille, avec qui il a monté tous ses films depuis Iranien (2014).

Avant même la finalisation du montage, le documentaire est parfois envoyé à des festivals, qui décideront s’ils souhaitent le programmer ou non. En cas de réponse positive, il faudra s’empresser de réaliser les dernières étapes : le montage du son, le mixage (élaboration de l’univers sonore) et l’étalonnage (ajustement de la colorimétrie). Ne reste plus alors qu’à ouvrir les yeux et les oreilles pour découvrir l’aboutissement du long voyage partagé par le duo cinéaste-producteur·rice.

Publié le 08/06/2026 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Dans la salle de montage. Logiques du documetaire

Luc Forveille
Les Impressions nouvelles, 2025

Une analyse des enjeux théoriques du montage d’un film documentaire, à la croisée des visées du ou de la praticien·ne et du ou de la théoricien·ne.

À la Bpi, 791.2 FOR

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Julien Monestiez
Ellipses, 2022

Destiné aux étudiant·es et futur·es professionnel·les du cinéma et de l’audiovisuel, cet ouvrage détaille le métier de réalisateur·rices, les formations, les techniques cinématographiques, l’environnement juridique, le vocabulaire du domaine ainsi que les spécificités liées au documentaire, à l’animation, au film de commande, à la réalisation multi-caméra et aux plateformes de streaming. ©Électre 2022

À la Bpi, 791.5 MON

Le manuel de la production. Cinéma & audiovisuel

Julien Monestiez
Ellipses, 2024

Destiné aux étudiant·es et futur·es professionnel·les du cinéma et de l’audiovisuel, cet ouvrage détaille les formations et les métiers du domaine, le travail du ou de la producteur·rice et tout ce qu’il faut mettre en œuvre pour finaliser un film. La fiction, le documentaire, le film d’animation, le plateau de télévision et l’œuvre institutionnelle sont également abordés. Avec des compléments en ligne. ©Électre 2024

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