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Appartient au dossier : Lectures d’été

Lectures d’été 10/10 : les 5 meilleurs romans de 2020 (jusqu’ici)

Alors qu’approche une nouvelle rentrée littéraire avec son lot de nouveautés, voici quelques souvenirs de lectures qui ont marqué la première partie de l’année 2020. Quel que soit le genre auquel appartiennent ces ouvrages, ils proposent un regard à la fois précis et décalé sur le monde actuel et les problématiques sexuelles, migratoires, techniques et économiques qui l’agitent et le transforment.

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Publié le 24/08/2020 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

Le Consentement

Vanessa Springora
Grasset, 2020

La première fois que Vanessa Springora rencontre G.M., elle a treize ans et accompagne sa mère dans un dîner mondain. Lui, écrivain quinquagénaire à la silhouette longiligne, sait charmer son auditoire. Ce soir-là, il la dévore du regard. Très vite, la jeune fille est séduite par son aura, flattée par son désir, envoûtée par ses mots. G.M. insiste, elle finit par céder à ses avances. Leur relation débute, assumée, publique, provocatrice, mais surtout sous emprise physique et psychologique. La jeune adolescente a mal, se sent dépossédée de son corps et de son identité, renvoyée au rang d’objet à la fois sexuel et littéraire. Lorsqu’elle découvre les écrits autobiographiques dont G.M. lui avait soigneusement interdit la lecture, elle reconnaît alors son vrai visage, celui d’un prédateur sexuel aux pulsions pathologiques. Pour raconter son histoire, Vanessa Springora choisit l’écriture – lucide, réfléchie, précise – afin de prendre le chasseur à son propre piège et de l’enfermer à son tour dans un livre.

Cathartique, implacable, Le Consentement est un livre qui secoue. Dans une langue factuelle, Vanessa Springora dissèque la perversité glaçante d’une relation sous emprise et le long processus mental de sa reconstruction psychique. En faisant entrer la voix de la victime dans le champ littéraire, elle interroge le statut du créateur, son propre consentement, réel mais loin d’être éclairé, et la complaisance d’une société face à une pédocriminalité revendiquée. À quoi sommes-nous prêts à consentir ? Cette question, essentielle, crue, Vanessa Springora la tend à notre génération, à notre moi intime, et à notre responsabilité collective.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ SPRI 4 CO

Love Me Tender

Constance Debré
Flammarion, 2020

Depuis qu’elle a fait son coming-out, la narratrice (qui a beaucoup à voir avec Constance Debré) a tout quitté pour vivre librement sa sexualité : son mari, son métier, son confort bourgeois. Lorsqu’elle demande le divorce, son ancien compagnon demande la garde exclusive de leur jeune fils ainsi que la déchéance de l’autorité parentale de la mère, qu’il accuse d’inceste devant le tribunal. Dès lors, les entrevues entre mère et fils sont limitées et encadrées, sous surveillance d’experts psychiatres. Face à une justice qui l’abandonne, la narratrice choisit de mener une vie autonome, hors des carcans imposés par la société. Installée dans un petit studio avec le strict minimum, elle se recentre progressivement sur l’essentiel : la littérature, les filles, la natation.

Récit d’émancipation décomplexé et assumé, Love Me Tender autopsie l’amour maternel avec une lucidité rare. Constance Debré interroge sans concession la famille, l’hétéronormativité et l’homosexualité féminine. Dans un style direct et cru, elle raconte sa révolution et son dépouillement intérieurs, et témoigne de la métamorphose d’une femme qui a choisi de ne rien céder à son désir, farouchement déterminée à être radicalement elle-même.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ DEBR 4 LO

Il est des hommes qui se perdront toujours

Rebecca Lighieri
POL, 2020

À Marseille, Karel Claeys est né sous la mauvaise étoile. Dans les quartiers Nord de la ville, il a vécu une enfance chaotique entre deux parents toxicomanes, aux côtés de sa sœur Hendricka et de Mohand, son petit frère handicapé. Pour échapper à l’emprise du père et à la menace permanente des coups, la fratrie trouve régulièrement refuge au « passage 50 », un camp de gitans sédentarisés rejetés aux marges de la cité, qui devient leur deuxième famille. Loin de la folie parentale, les adolescents rêvent d’une vie meilleure – une vie d’amour, de cinéma, de liberté. Pour y parvenir, Karel et Hendricka savent qu’ils peuvent compter sur une chose : leur extraordinaire beauté, qui irradie autant qu’elle consume.

Dans ce roman âpre et sensuel, Rebecca Lighieri nous immerge dans la vie des quartiers populaires de Marseille, entre les années quatre-vingt et deux-mille. À travers le regard de Karel,elle fait le portrait intime et social d’existences brûlantes, dévastées par la pauvreté, la violence et la drogue, en se plaçant au plus près de la pulsation des corps. Oscillant entre les genres, de la tragédie grecque au récit d’apprentissage, Rebecca Lighieri signe un roman noir magistral, d’une force inouïe, saisissant magnifiquement le bruit et la fureur de ces vies minuscules.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ LIGH 4 IL

Une machine comme moi

Ian McEwan
Gallimard, 2020

Londres, 1982. Le monde est devenu étrangement dystopique : les Beatles s’apprêtent à sortir un nouveau disque, la Grande-Bretagne s’enlise dans la guerre des Malouines, tandis que la France est dirigée par… Georges Marchais. Alan Turing, le génial mathématicien pionnier de l’informatique, est toujours vivant. Grâce à ses travaux sur l’intelligence artificielle, une société privée a mis au point vingt-quatre androïdes plus vrais que nature, calqués sur les humains. Charlie Friend, jeune trentenaire oisif passionné de technologie, décide d’investir son héritage dans l’un de ces prototypes ultra-perfectionnés. Une fois chargé et paramétré, son robot, Adam, a tout du parfait compagnon : cultivé, courtois, serviable – jusqu’au jour où il tombe amoureux de Miranda, la fiancée de Charlie…

En confrontant l’intelligence artificielle à notre propre faillibilité, Ian McEwan ouvre une réflexion aussi dérangeante que vertigineuse sur la nature humaine. À la fois satire sociale et mélancolique, cette réécriture brillante du mythe de Frankenstein met en pratique des questionnements éthiques complexes, sonde nos contradictions et fait vaciller nos certitudes. Que sommes-nous profondément ? Face au miroir que nous tend le roman, difficile de dire qui, de l’humain ou de la machine, est le moins effrayant.

À la Bpi, niveau 3, 820″19″ MCEW 4 MA

If

Marie Cosnay
L'Ogre, 2020

Un jour de 1962, un bateau passe au large du château d’If, dans la rade de Marseille. À son bord, Mohammed Bellahouel, sa femme et ses enfants découvrent la forteresse restée célèbre pour avoir été la prison du comte de Monte-Cristo. Comme des centaines d’autres rapatriés, ils viennent de quitter l’Algérie. Quelques mois plus tard, Mohammed Bellahouel disparaît, laissant derrière lui une famille brisée. Changement de nom, d’adresse : cet homme ordinaire, comme le héros d’Alexandre Dumas, abandonne son ancienne vie comme une mue.⁣ ⁣

Fouillant les dossiers d’archives, du château d’If à Alger, Aix ou Nantes, Marie Cosnay tente, dans ce récit-enquête poétique et sinueux, de reconstituer les étapes du parcours fuyant de Mohammed Bellahouel. Partout, elle se retrouve face au vide et aux silences de l’Histoire, qui ne font que souligner l’ambiguïté des itinéraires des anonymes qui, comme Bellahouel, furent confrontés à des choix politiques et intimes aux conséquences féroces. Enquêtant aussi bien sur les mutations des identités que sur notre rapport collectif, souvent impensé, à l’Algérie et à ses relations avec la France, If poursuit l’œuvre singulière de Marie Cosnay, qui allie un questionnement sans compromis sur l’incarnation du politique dans les destins individuels à une exigence littéraire aiguë.⁣

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ COSN 4 IF

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