Appartient au dossier : Lectures d’été 2026 : bon voyage en littérature !
Lectures d’été 2026 #2 : Cinq escales sur le continent américain
Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous invitent à un tour du monde littéraire. Pour visiter le continent américain du nord au sud, nous avons prévu cinq étapes : Québec, Nicaragua, Chili, Brésil et Argentine.

Tous les ans, Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous proposent une sélection de lectures d’été : romans, essais, bandes dessinées, romans graphiques, recueils de poésie. Notre sélection estivale 2026 vous fait voyager aux côtés d’auteurs et d’autrices de divers pays afin d’adopter un regard décentré et faire de belles découvertes.
Retrouvez tout au long de l’année d’autres chroniques littéraires sur les comptes Facebook et Instagram de Tu vas voir ce que tu vas lire, animés par le service littérature de la Bpi.
Publié le 20/07/2026 - CC BY-SA 4.0
Notre sélection
Québec, Canada
Les Décalages contraires
Mylène Bouchard
Mémoire d'encrier, 2019
Mylène Bouchard est née en 1978 au Québec. Éditrice, romancière, essayiste et poétesse, elle fait de l’amour la question centrale, fondatrice et protéiforme, de ses écrits. En 2017, son roman L’Imparfaite amitié commençait par les mots « Il faut aimer très fort ». Elle poursuit cette exploration du sentiment en 2019 dans Les Décalages contraires.
Les Décalages contraires est un voyage vers l’autre en six étapes, oscillant entre l’urgence et la patience : « Je me hâterai de ne pas te voir » ; « Les décalages contraires » ; « Les jeux ivres » ; « Les accolades de théâtre » ; « Sauve qui peut » ; « La légèreté du voyage ». Omniprésent dès le prologue et tout au long du texte, le voyage, pour l’autrice, est en fait la poésie, qui permet la même « intensité de présence au monde ».
« La poésie est un art composé de silences, où l’on dit beaucoup avec du blanc », nous dit encore Mylène Bouchard. Ce sont donc quelques mots délicatement posés sur de vastes espaces blancs qui nous font parcourir les décalages contraires entre deux êtres qui se rattrapent, se fuient, se retrouvent, se manquent, se quittent.
À la Bpi, 843 BOUC.Y 4 DE
Nicaragua
La République des femmes
Gioconda Belli, traduit par Claudie Toutains
Yovana, 2021
Faguas, pays sud-américain, mène une politique inédite pour sortir de la misère et de la corruption. Le roman s’ouvre sur une tentative d’assassinat contre sa présidente, Viviana Sansón. L’intrigue policière sert de toile de fond pour nous présenter cette société. À travers les souvenirs de Viviana Sansón et de ses compatriotes, le roman retrace l’ascension politique du PIE, le parti de la gauche érotique, ses réussites et toutes les difficultés rencontrées.
Gioconda Belli se sert de son engagement politique pour créer une société imaginaire et féministe originale. Elle met en avant les attributs « féminins », jusque-là dévalorisés, pour en faire la force des femmes. Dans ce roman, elles ne cherchent plus à devenir les égales des hommes, elles s’émancipent par leurs propres moyens et entraînent les hommes à s’approprier leurs codes. Le matriarcat pour une société égalitaire ? L’idée est séduisante même si l’on frôle parfois la caricature.
À la Bpi, 868.05 BELL 4 PA
Chili
Kramp
Maria-José Ferrada, traduit par Marianne Millon
Quidam éditeur, 2023
M., 9 ans, est la fille d’un représentant en quincaillerie pour la marque Kramp. Elle le suit de village en village sur les routes du Chili, quitte à manquer le collège et à mentir à sa mère taciturne. M. se lie avec les collègues et ami·es de ce père farfelu, qui l’incite à user de mascarades pour inspirer la pitié des client·es. Parmi la clientèle, un certain E., mystérieux projectionniste de cinéma, lui dit être à la recherche de fantômes… Lorsque la mère découvre les supercheries de son mari, elle le quitte, éloignant M. de l’influence paternelle. Des années plus tard, celle-ci retrouve son père, en décalage avec une société modernisée.
La structure du roman est bâtie comme un registre de comptes. Quantités de boulons, d’écrous et de clous scandent la vie quotidienne de la narratrice. En grandissant, M. découvre une facette de son père qu’elle n’avait pas perçue jusqu’alors : sa malhonnêteté et celle de ses compagnons de route, des représentants de commerce restés figés dans leurs postures d’antan. Sa mère lui révèle le lien entre les fantômes recherchés par E. et la dictature de Pinochet. Ce drame familial, narré dans un registre enfantin et naïf, relate la difficulté de grandir et de voir le monde des adultes sous un nouveau jour.
À la Bpi, 868.49 FERR 4 KR
Argentine
Patagonie route 203
Eduardo Fernando Varela, traduit par François Gaudry
Métailié, 2020
Ancien saxophoniste, Parker a quitté Buenos Aires et sillonne la Patagonie à bord d’un camion pour livrer des marchandises de contrebande. Il traverse des villages perdus aux noms improbables, des paysages souvent hostiles, découvre des conditions de vie épouvantables. Misanthrope, il cherche la solitude. Pourtant, en cours de route, il croise à plusieurs reprises son ami journaliste qui conduit une voiture sans freins et recherche un sous-marin nazi. Et quand Parker débarque dans une fête foraine, il tombe sous le charme de Maytén qui se lamente sur sa vie étriquée avec un mari violent.
Ce fabuleux road trip nous embarque à la découverte de contrées immenses balayées par des vents incessants et une poussière omniprésente. On suit Parker lancé à la poursuite de Maytén sur les routes de la steppe et de ses habitant·es parfois peu accueillant·es. Avec ses détails très visuels sur la nature et les éléments, ses personnages loufoques hauts en couleur, ses dialogues absurdes, son réalisme mêlé de légendes et son humour décalé, Varela donne une atmosphère surréaliste à son roman. On y entend des histoires de cannibales, on croise des néo-nazis et des jumeaux évangélistes, on assiste à un rendez-vous amoureux dans un train fantôme, et notre conception de l’espace-temps est durablement chamboulée.
À la Bpi, 868.3 VARE 4 MA
Brésil
Tupinilândia
Samir Machado de Machado, traduit par Hubert Tézenas
Métailié, 2020
Au milieu des années 1980, alors que le Brésil sort de vingt ans de dictature militaire, un vieil industriel admirateur de Walt Disney construit, dans le plus grand secret, une cité utopique au cœur de la forêt amazonienne. Cet immense parc à la gloire de l’histoire et de la culture brésiliennes est nommé Tupinilândia. Le jour de son inauguration, des militaires nostalgiques de la dictature attaquent le parc et prennent en otage les employé·es. Trente ans plus tard, une équipe d’archéologues retourne sur les lieux et découvrent qu’une colonie fasciste vit au milieu de cette ville rongée par la végétation, pour se protéger des communistes qui domineraient le monde extérieur.
Au-delà de la leçon d’histoire politique et culturelle du Brésil, dans la seconde moitié du 20e siècle, l’auteur Samir Machado de Machado nous embarque, avec humour et une bonne dose d’imagination, dans un récit mélangeant science-fiction et aventure. Les dangers, intrigues et courses-poursuites auxquels les personnages sont confrontés ne sont pas sans rappeler l’univers cinématographique des Indiana Jones. Mais ce roman développe également une intéressante réflexion sur le pouvoir de la nostalgie dans les régimes nationalistes.
À la Bpi, 869.82 MACH.S 4 TU
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