Sélection

Appartient au dossier : Lectures d’été 2026 : bon voyage en littérature !

Lectures d’été 2026 #3 : Cinq escales en Europe

Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous invitent à un tour du monde littéraire. Bienvenue en Europe. Nous avons prévu cinq étapes : Bulgarie, Finlande, Estonie, Pays-Bas et Écosse.

montage : Karine Hulin, Bpi

Tous les ans, Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous proposent une sélection de lectures d’été : romans, essais, bandes dessinées, romans graphiques, recueils de poésie. Notre sélection estivale 2026 vous fait voyager aux côtés d’auteurs et d’autrices de divers pays afin d’adopter un regard décentré et faire de belles découvertes.

Retrouvez tout au long de l’année d’autres chroniques littéraires sur les comptes Facebook et Instagram de Tu vas voir ce que tu vas lire, animés par le service littérature de la Bpi.

Publié le 27/07/2026 - CC BY-SA 4.0

Notre sélection

Bulgarie

Lisière

Kapka Kassabova, traduit par Morgane Saysana
Éditions Marchialy, 2020

Récit de voyage aux confins de l’Europe sud-orientale, ce texte de Kapka Kassabova s’inscrit dans la grande tradition du reportage littéraire. Partant de sa Bulgarie natale, l’autrice en explore les frontières turque et grecque, montagnarde et fluviale, politique et historique. Elle suit les déplacements des peuples anciens de la Thrace et retrouve les stations balnéaires de ses souvenirs d’enfance, avec les ombres des fugitif·ves de la RDA pour qui le chemin de l’Europe occidentale passait par la Turquie. Aujourd’hui, le flux est inversé : ce sont les réfugiés des pays du Sud que l’autrice voit arriver par la Turquie vers la terre promise de l’Union européenne.

Étrangère dans son pays d’origine, Kapka Kassabova fait de son voyage un pèlerinage : la dernière frontière qu’elle franchit la mène au cœur d’une forêt, près de la source Sainte-Marina qui incarne l’esprit de ces lieux.

À la Bpi, 820″20″ KASS 4 BO

Finlande

Petits suicides entre amis

Arto Paasilinna, traduit par Anne Colin du Terrail
Denoël, 2003

Ne vous laissez pas abuser par le titre, ce livre est divertissant ! Un matin, Onni Rellonen, homme d’affaires en faillite, se rend dans une vieille grange pour se suicider ; mais en arrivant, il y découvre le colonel Hermanni Kemppainen sur le point de se pendre. Ne se sentant plus seuls dans leur détresse, les deux hommes renoncent à se donner la mort et se lancent dans un projet fou : rassembler d’autres candidat·es au suicide. Ils organisent d’abord un symposium, la discussion pouvant avoir des vertus thérapeutiques, puis, avec quelques suicidaires, ils entament une expédition depuis la Finlande jusqu’au Portugal dans un autocar de luxe. Leur devise : se tuer à plusieurs, c’est mieux.

Arto Paasilinna nous offre un road-trip burlesque, au cours duquel des Finlandais·ses de tous milieux sociaux, qui ont perdu le goût de vivre, se retrouvent lié·es dans une destinée commune. Mais vont-ils ou elles vraiment vers la mort, ou seront-ils ou elles peu à peu sauvé·es de leur vie mortifère en passant de bons moments ensemble ?

À la Bpi, 839.9 PAAS 4 HU

Estonie

L'Homme qui savait la langue des serpents

Andrus Kivirähk, traduit par Jean-Pierre Minaudier
Attila, 2012

Dans une Estonie médiévale de légende, recouverte de forêts où règnent mages et créatures fantastiques, Leemet est un des derniers hommes à défendre un mode de vie traditionnel. Dans tout le pays, les anciennes tribus se soumettent peu à peu à l’envahisseur teuton, à ses croyances et à ses mœurs. Seule la Salamandre, sorte de dragon protecteur, serait à même de chasser l’oppresseur. Dans sa quête pour la trouver, Leemet traverse un monde au bord de la ruine que lui seul est encore capable de sauver…

Une merveille de roman dont le réalisme magique crépusculaire est assurément dépaysant, mais qui dit aussi toute l’histoire d’une nation sans cesse déchirée entre les cultures, et la course inéluctable mais parfois douloureuse du progrès.

À la Bpi, 887 KIVI 4 HO

Pays-Bas

Julian

Fleur Pierets, traduit par Françoise Antoine
La Croisée, 2025

Au premier regard, Fleur et Julian tombent amoureuses. Artistes et très complémentaires, elles vivent en symbiose leur amour fou et animent avec maestria la communauté queer néerlandaise et internationale. Personnalités fortes, enthousiastes et inspirantes, elles souhaitent faire rayonner la culture LGBTQI et créent le journal en ligne Et alors qui connait le succès. Se succèdent interviews d’artistes : photographes, plasticien·nes, écrivain·nes. Les deux femmes souhaitent transformer leur union en performance en se mariant dans les 22 pays qui autorisent le mariage homosexuel. La disparition brutale de Julian met fin à cette odyssée et plonge Fleur dans les ténèbres.

Mot à mot, avec une grande délicatesse et une exhaustivité dans les détails, Fleur restitue le lien désormais brisé qui l’unissait à la femme de sa vie en retraçant aussi bien les épisodes déterminants de leur existence aventureuse que les instants fugaces, charmants ou cruels de leur quotidien. Le chemin du deuil pénètre l’ensemble du récit. Dans chaque chapitre, illustré par la citation d’une personnalité LGBTQI, se succèdent présent douloureux et souvenirs lumineux. Fleur rend hommage à Julian et aussi à leur combat : faire connaître la joie d’être homosexuelle, communiquer, inclure. Les lecteur·rices sont invité·es à entrer dans l’univers artistique et culturel de la sphère LGBTQI et rencontrent alors Annie Leibovitz, Susan Sontag, Tennessee Williams… Ce récit puissant et profondément triste demeure un témoignage intime. Au-delà du chagrin, de la perte, il traduit de façon incandescente l’émerveillement de l’amour, la force de l’audace créatrice. Julian demeure.

À la Bpi, 839.32 PIER 4 JU

Écosse

Shuggie Bain

Douglas Stuart, traduit par Charles Bonnot
Globe, 2021

Shuggie Bain nous plonge dans le Glasgow des années 1980, à l’heure de la désindustrialisation et du chômage de masse. Le petit Shuggie vit dans une tour d’immeuble chez ses grands-parents avec sa mère adorée Agnes, son père Shug, chauffeur de taxi, et les deux autres enfants d’Agnes. Le déménagement dans un quartier périphérique leur laisse espérer des jours meilleurs mais le lieu est loin d’être idyllique et Douglas Stuart en fait une description mémorable : misère, grisaille, vétusté, commérages et jalousie des voisin·es. Et quand Shug, violent et volage, les abandonne, il laisse Agnes à la merci de ses démons : l’alcoolisme et la dépression.

Le roman s’attache à décrire la relation inconditionnelle qui unit Shuggie à sa mère, ses efforts pour la sortir de son addiction et la protéger, ses peurs constantes. Il doit aussi surmonter la violence des autres enfants face à ses manières trop peu viriles, ce qui donne lieu à des passages de cruauté adolescente particulièrement terrifiants. Le portrait de Glasgow est sordide avec ses bas-fonds, ses chantiers abandonnés où l’on grappille un peu de cuivre, ses quartiers excentrés au milieu des terrils et sa poussière étouffante. Mais face aux épreuves, il y a la solidarité, la débrouille, l’espoir malgré la colère et l’humour, qui aide à surmonter les épreuves. Personnages haut·es en couleur et dialogues acérés en font un roman plein de vie.

À la Bpi, 820″20″ STUA 4 SH

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