Appartient au dossier : Lectures d’été 2026 : bon voyage en littérature !
Lectures d’été 2026 #5 : Quatre escales en Océanie
Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous invitent à un tour du monde littéraire. Dernière étape : le Pacifique. Naviguez en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Indonésie.

Tous les ans, Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous proposent une sélection de lectures d’été : romans, essais, bandes dessinées, romans graphiques, recueils de poésie. Notre sélection estivale 2026 vous fait voyager avec des auteurs et autrices de divers pays pour un regard décentré et de belles découvertes.
Retrouvez tout au long de l’année d’autres chroniques littéraires sur les comptes Facebook et Instagram de Tu vas voir ce que tu vas lire, animés par le service littérature de la Bpi.
Publié le 10/08/2026 - CC BY-SA 4.0
Notre sélection
Australie
Bass Rock
Evie Wyld, traduit par Mireille Vignol
Actes Sud, 2022
À l’écart de North Berwick, se dresse une grande demeure battue par les vents et la pluie avec, en contrebas, la plage et l’îlot de Bass Rock. Ruth y emménage avec son mari Peter et les deux fils de celui-ci, mais elle se trouve de plus en plus seule et désœuvrée : dans ces années d’après-guerre, les déplacements professionnels de Peter sont fréquents, et les voisin·es enclin·es aux commérages. Quelques décennies plus tard, la maison est mise en vente : Viviane, quadragénaire troublée, doit faire du tri dans les affaires de sa grand-mère Ruth. Elle cherche aussi à démêler le fil de relations familiales, amicales ou sexuelles compliquées, construites entre Londres et l’Écosse.
À travers ces destins croisés, l’autrice anglo-australienne Evie Wyld propose une exploration de la condition féminine dans une société construite sur la violence des hommes, d’autant qu’elle évoque aussi, par intermittences, la fuite d’une adolescente accusée de sorcellerie au 18e siècle. Evie Wyld aborde ainsi des questions contemporaines : la transmission familiale, la masculinité toxique, la sororité, la résilience des femmes qui osent, ou non, se fier à leur instinct.
À la Bpi, 829.4 WYLD 4 BA
Nouvelle-Zélande
Cousines
Patricia Grace, traduit par Jean Anderson et Marie-Laure Vuaille-Barcan
Au vent des îles, 2024
Quand on pense à la Nouvelle-Zélande, on pense souvent aux paysages grandioses, aux moutons… ou au haka des All Blacks. On connaît moins l’histoire des Māoris, peuple autochtone longtemps dépossédé de ses terres, de sa langue, et parfois même de ses enfants. Pendant une grande partie du 20ᵉ siècle, les politiques d’assimilation ont encouragé les familles māories à abandonner leur culture pour s’intégrer à la société dominante. Depuis les années 1970, la Nouvelle-Zélande connaît un vaste mouvement de renaissance culturelle : la langue māorie est redevenue officielle, les traditions sont réhabilitées et une nouvelle génération d’artistes raconte enfin son histoire de l’intérieur. Patricia Grace est l’une des grandes figures de ce renouveau.
Dans Cousines, elle suit les destins de trois cousines māories : Mata, Makareta et Missy. Enfants, elles sont séparées par les circonstances et grandissent dans des univers radicalement différents. Mata est arrachée à sa famille et placée dans des institutions où elle perd peu à peu tout repère. Makareta reçoit une éducation qui lui ouvre les portes du monde des Pākehā, les Néo-Zélandais d’origine européenne, tout en l’éloignant de ses racines. Missy, elle, reste au plus près de la communauté et des traditions familiales. Chacune porte, à sa manière, les conséquences de l’histoire coloniale.
Ce qui bouleverse dans ce roman, c’est la délicatesse avec laquelle Patricia Grace raconte ces existences. Il n’y a ni démonstration ni colère spectaculaire. À travers les gestes du quotidien, les silences, les absences et les retrouvailles, elle montre comment une culture peut survivre malgré les blessures, comment la mémoire circule encore quand les mots ont disparu, et comment une famille peut se reconstruire. Cousines est un roman profondément humain sur l’identité, la transmission et la résilience. Une lecture lumineuse qui rappelle qu’un peuple ne renaît pas seulement grâce aux lois ou aux institutions, mais aussi grâce aux histoires qu’il se remet à raconter.
À la Bpi, 829.3 GRAC 4 CO
Un Ange à ma table. Tome 1 - Ma terre mon île
Janet Frame, traduit par Anne Damour
Les Belles Lettres, 1992
Ma terre, mon île, premier tome de son autobiographie Un ange à ma table paraît en 1982. Janet Frame y explore avec une très grande sensibilité ses souvenirs d’enfance, les déménagements qui lui font découvrir les paysages néo-zélandais, l’amour de la mère pour la littérature, les récits entrecoupés de poèmes et de comptines écoutés et récités avec son frère et ses sœurs, le tout raconté avec tendresse.
La puissance d’évocation de ce texte empreint de mélancolie fait ressurgir les sensations éprouvées, la solitude, la tristesse, les épreuves douloureuses mais aussi les souvenirs heureux des découvertes enfantines. Profondément mélancolique, ce récit d’apprentissage montre comment évolue son rapport au monde et la naissance d’une conscience aigüe de la brutalité de la vie.
À la Bpi, 829.3 FRAM 4 AN
Indonésie
Le Monde des hommes. Tome 1 - Buru quartet
Pramoedya Ananta Toer, traduit par Dominique Vitalyos
Zulma, 2017
Ce roman, première partie de la tétralogie que le romancier composa en prison dans les années 1960, raconte la rencontre, à la fin du 19e siècle, d’un élève d’une prestigieuse école des Indes néerlandaises avec une jeune fille dont la beauté le subjugue. Lui est un indigène que l’étude assidue de la culture européenne rapproche des Néerlandais·es. Elle est une métisse, produit d’un mariage forcé entre une mère indigène et un père néerlandais. D’ailleurs, il ne s’agit même pas d’un mariage : sa mère est une nyai, une concubine, c’est-à-dire qu’elle doit se soumettre à l’homme à qui on la destine sans être reconnue pour sa femme. C’est pourtant elle qui s’approprie, comme le héros du livre, la langue et la culture néerlandaise et devient la seule à pouvoir gérer la ferme familiale. Alors, à la mort du père de ses deux enfants, elle n’est plus rien, et le droit néerlandais la spolie de tous ses biens.
Ce roman dénonce le système colonial injuste, et en profonde contradiction avec ce qui fait la force même des valeurs européennes : l’humanisme. Formidable leçon faite à l’Europe par l’indigène qu’est Pramoedya Ananta Toer. Indigène ? Quel étrange mot dont nous avons oublié le sens ! Ce livre rappelle pourtant à quel point il fait partie de l’histoire coloniale et à quel point, il n’y pas si longtemps, il marquait les individus.
À la Bpi, 895.8 TOER 4 BU
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