Sélection

Appartient au dossier : Lectures d’été 2022

Lectures d’été 2022 #4 : 5 récits sur la banquise

De la Sibérie au Grand Nord canadien en passant par l’archipel du Svalbard, Balises et Tu vas voir ce que tu vas lire vous proposent une sélection de cinq récits sur la banquise pour nourrir vos lectures estivales.

Cassie Matias sur Unsplash

D’autres chroniques sont à retrouver cet été sur Balises, et toute l’année sur Tu vas voir ce que tu vas lire, les pages Facebook et Instagram du service littérature de la Bpi.

Publié le 15/08/2022 - CC BY-SA 4.0

Notre sélection

Un monde sans rivage

Hélène Gaudy
Actes Sud, 2019

Été 1897 : ils sont trois scientifiques, trois Suédois, à quitter l’île de Danskøya en ballon, avec le rêve fou d’atteindre le territoire le plus au nord jamais foulé par les hommes. Été 1930 : des pêcheurs découvrent par hasard sur une île reculée les restes d’un campement et trois corps figés dans la glace. Parmi les objets exhumés, un appareil photo dont les pellicules, miraculeusement préservées par le froid, vont révéler des images oniriques, seules témoins d’un voyage sans retour. À partir de ces clichés et du journal de bord de l’expédition, Hélène Gaudy retrace l’errance de ces explorateurs de l’Arctique.

Dans ce « monde sans rivage », plus de frontières, plus de repères : seulement le silence, et l’immensité de paysages aussi inhabitables qu’envoûtants. Ce récit inclassable, entre enquête historique et reportage littéraire, est aussi une méditation sur l’image et la mémoire, qui dresse à petites touches des portraits d’hommes émouvants dans leur désir de découvertes. Le texte, d’une grande poésie, laisse toute leur place aux blancs de l’histoire, à l’image de ces photos retrouvées où l’effacement du temps se confond avec la blancheur de la banquise et de ses habitants.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ GAUD.H 4 MO

Kamik

Markoosie Patsauq
Dépaysage, 2020 [1969]

Un ours blanc, rendu fou par une infection de vers, vient d’attaquer un village inuit du Nunavik, au nord du Canada. Les hommes du clan décident de traquer cet ours et le jeune Kamik se joint, pour la première fois, à une telle expédition. Durant plusieurs jours, ils suivent les traces de l’ours, jusqu’à ce qu’un drame se produise. Kamik se retrouve seul et tente de survivre, aidé de son seul harpon. Il s’engage alors dans une longue marche, qui lui fera affronter le froid, la faim et la fatigue.

Ce roman d’initiation nous immerge dans le monde méconnu des Inuits canadiens, en nous permettant de suivre leurs aventures haletantes et leurs luttes courageuses face aux dangers de la nature. Paru précédemment sous le titre Chasseur au harpon, ce roman est le premier à être écrit par un autochtone du Canada, en 1969. Cette nouvelle traduction, réalisée depuis la version originale en inuktitut par Valérie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu, retranscrit parfaitement le style dépouillé et l’oralité du texte de Markoosie Patsauq. La préface replace ce livre dans son contexte de rédaction et met en lumière un chapitre sombre de l’histoire du Canada : le déplacement forcé d’Inuits dans le Haut-Arctique dans les années cinquante.

À la Bpi, niveau 3, 869.9 PATS 4 UU

Croc fendu

Tanya Tagaq
Christian Bourgois, 2020

Au milieu des années soixante-dix, dans un village au nord du Nunavut, une bande d’écoliers se prépare à entrer dans l’âge adulte. Dans cet univers de neige et de glace où les mythes ancestraux entrent en collision avec les premiers échos d’une culture mondialisée, chacun cherche à négocier au mieux ce passage difficile. Parmi eux, la narratrice est sans doute la plus curieuse, mais aussi la plus perméable à la brutalité sourde qui couve dans une communauté marquée notamment par les violences sexistes. Un pacte avec les esprits du monde sauvage la sauvera d’un destin tragique et lui permettra de se réapproprier son corps.

Avec Croc fendu, la chanteuse inuite Tanya Tagaq signe un premier roman âpre et affûté, entre autobiographie et conte fantastique. Sous la lumière changeante des aurores boréales et dans les effluves d’essence que reniflent les adolescents pour atteindre le vertige, les frontières entre les mondes s’effacent, et les âmes sont mises à nu par le regard perçant de sa jeune narratrice. À travers elle, Tanya Tagaq compose un récit d’adolescence d’une grande singularité, roman de toutes les mutations, aussi bien individuelles que collectives.

Au nord du monde

Marcel Theroux
Zulma, 2021

Au milieu d’une taïga déserte, Makepeace, héroïne épatante et hors normes, est rescapée d’une famille de pionniers. Ses parents étaient venus conquérir ces terres vierges mais la cité colonisée, et au départ pacifiste, est devenue progressivement sans foi ni loi. Seule, elle entreprend une odyssée vers le Nord, à la recherche de survivants. Le froid, les journées sans jour ou sans nuit, les grandes forêts sibériennes ne la découragent pas. Makepeace a une force et une ténacité incroyables. Elle va affronter la méchanceté et la sauvagerie des hommes grâce à son instinct de survie. Saura-t-elle sauver cette terre qui s’asphyxie ?

Dans ce western intemporel, Marcel Theroux crée une héroïne qui émeut et qui représente l’espoir d’un monde nouveau post-apocalyptique. Comme l’écrit Haruki Murakami dans sa postface, le récit est « mené de main de maître » : ce roman, entre dystopie et roman d’aventure, tient le lecteur en haleine.

De pierre et d'os

Bérengère Cournut
Le Tripode, 2019

Tout commence par un énorme craquement sur la banquise, qui retentit au cœur de la nuit : la glace se fracture et engloutit une jeune femme inuite dans la brume arctique. Séparée de sa famille, Uqsuralik tâche de survivre dans des conditions extrêmes de froid, de fatigue et de faim, jusqu’à croiser la route d’un autre groupe auquel elle se joindra pour échapper à une mort solitaire. Dans ce paysage instable de fjords et d’icebergs, peuplé d’animaux terrestres et de créatures marines, dans ce désert immense où le froid brûle la peau et les âmes, notre narratrice grandit et chemine. Habile dans l’art de chasser, résistant aux dangers et aux esprits qui rôdent et vivent parfois dans les êtres qu’elle croise, elle surmontera l’absence de ceux qu’elle aime, les deuils et les affronts. Elle découvrira la puissance d’enfanter et les pouvoirs chamaniques guérisseurs.

Ce roman, achevé au cours d’une résidence d’écriture au Muséum national d’histoire naturelle, est tout à la fois une initiation et un voyage. Ponctué de chants qui font entendre la voix de différents personnages et qui approfondissent la poésie du texte, De pierre et d’os nous plonge dans la tradition d’un peuple et d’une culture grâce à un minutieux travail de documentation. Mais sa force se trouve bel et bien dans ce rythme propre de l’imaginaire qui assoit, dans la rudesse d’une longue nuit polaire, la métamorphose d’une femme, d’une mère, qui se bat pour que continue d’éclore une vie fragile mais toujours renouvelée.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ COUR 4 DE

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