Maman Colonelle : le combat d’une congolaise exceptionnelle par Dieudo Hamadi
Entretien avec Dieudo Hamadi, réalisateur
Dieudo Hamadi s’était préparé à devenir médecin. Venu au cinéma presque par hasard, il construit peu à peu une œuvre engagée. Alors qu’il était à Paris pour présenter Kinshasa Makongo à la 40e édition de Cinéma du réel, nous l’avons interrogé sur son long métrage précédent, Maman Colonelle, Grand Prix Cinéma du réel 2017, portrait d’une femme policière tenace confrontée à aux violences faites aux femmes et aux enfants en République démocratique du Congo.
Propos recueillis par l’équipe de Les yeux doc. Article publié initialement sur pro.bpi.fr, le 22/10/2021.
Comment est née l’idée d’un film sur la colonelle Honorine ?
Un des coproducteurs du film, Kiripi Katembo (qui était aussi mon ami et qui est malheureusement décédé en 2015), m’a sollicité pour un projet sur des femmes congolaises exceptionnelles. Je connaissais déjà Maman Colonelle parce que j’avais fait, quelques années plus tôt, un court métrage sur elle. J’ai appris qu’elle venait de créer un centre regroupant des femmes violées qui apprenaient à faire de la boxe. J’ai trouvé l’idée intéressante et je l’ai proposée à Kiripi. Il s’est alors associé à un producteur français et le projet a pu démarrer.
Le tournage a-t-il été éprouvant ?
Sur le coup, je ne voyais pas la gravité des choses que je filmais. J’étais derrière la caméra et j’enregistrais selon le dispositif que j’avais choisi dès le départ : filmer tout ce qui se passe autour de Maman Colonelle. C’est seulement au montage que j’ai senti le drame que j’avais pu capter. Sur le moment, c’étaient des femmes comme on en voit beaucoup au Congo, qui étaient en situation de détresse et qui venaient voir Maman Colonelle pour demander de l’aide. Je les filmais presque de manière impassible. Par moments, surtout avec les enfants, je me laissais envahir par l’émotion, mais je me reprenais très vite.
Vous filmez Maman Colonelle sur les marchés en train d’informer la population avec son mégaphone. Votre caméra peut-elle servir d’amplificateur pour populariser son combat ?
Si je peux avoir un certain sentiment de fierté vis-à-vis de ce film, c’est qu’il contribue à faire connaître son travail. Après, je ne sais pas dans quelle mesure ce film peut aider. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Quelques mois après la fin du tournage, j’ai appris que les enfants avaient été renvoyés du centre et que les femmes étaient revenues à leur condition initiale… Comme quoi, concrètement, le film n’a pas changé grand-chose dans leur vie. Filmer est un moyen de raconter des histoires et je n’espère pas plus que cela. Je ne mise pas sur le fait que ce puisse être un outil. C’est déjà beaucoup pour moi que Maman Colonelle existe, que des gens voient le film et soient informés de ce qui se passe au Congo.
On ne mesure peut-être ni l’étendue ni la gravité de certaines situations, comme ces enfants torturé·es car accusé·es de sorcellerie…
C’est un phénomène assez répandu au Congo. Des dizaines de milliers d’enfants sont séquestré·es et certain·es meurent après ces mauvais traitements. En 2009, il a même fallu une loi pour interdire formellement ce genre de pratiques. Celle-ci n’a malheureusement pas porté ses fruits.
Quels sont vos projets cinématographiques ?
Je réfléchis à un film sur la guerre des six jours, cette guerre terrible qui s’est déroulée à Kisangani, il y a près de vingt ans et qui semble avoir été complètement oubliée, y compris des Congolais·es. Je veux faire ce film pour parler des victimes qui continuent à vivre dans un dénuement insoutenable et dans l’indifférence générale.
Publié le 31/08/2026 - CC BY-SA 4.0
Pour aller plus loin
Dieudo Hamadi présente son film Maman Colonelle, 17 février 2022 | Bpi Cinema sur Viméo
Dans le cadre du Prix du public Les yeux doc 2022, Dieudo Hamadi parle de son film, présent dans la sélection.
Le film sur la plateforme Les yeux doc
Maman Colonelle, par Dieudo Hamadi, Cinédocs Films, Andana Films, 2016 | Plateforme Les yeux doc
La Colonelle Honorine Munyole travaille au sein de la police congolaise où elle est chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles. À travers le portrait de cette femme d’un courage et d’une ténacité hors du commun qui lutte pour que justice soit faite, le film aborde la question des violences faites aux femmes et aux enfants en République démocratique du Congo, de Bukavu à Kisangani. Si l’empathie est grande avec Honorine, on se prend à la plaindre autant qu’à l’admirer. Car le film ne cherche pas à raconter une belle histoire édifiante, il montre les difficultés quotidiennes que doit affronter une femme officier de police, chargée d’encadrer une équipe de policiers plutôt « amateurs », auxquels elle tente d’inculquer une régle quasi militaire bien éloignée de leurs habitudes. Manque de moyens et pauvreté endémique, le chemin est encore long pour la Colonelle Honorine, seule maîtresse à bord d’un bateau qui est bien prêt de sombrer.mais qui surnage encore, on ne sait par quel miracle.
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