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Appartient au dossier : Jean Echenoz

Maurice Ravel, par Jean Echenoz

Ravel, Courir et Des éclairs forment une trilogie particulière dans l’œuvre de Jean Echenoz. Écrits entre 2006 et 2010, ces courts romans ont pour sujet la vie d’un homme célèbre. Pour les écrire, Jean Echenoz s’est lancé dans de longues recherches documentaires dont il n’a souvent gardé qu’une ambiance, un mot, une couleur. Pourtant, ces « vies imaginaires » semblent aussi fidèles à leurs modèles que les portraits d’époque.

portrait photographique de Ravel
Maurice Ravel, 1925, par Inconnu, [domaine public], Gallica, BNF

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Pour sa première fiction biographique, Jean Echenoz choisit de raconter les dix dernières années de la vie du compositeur Maurice Ravel (1875-1937). Cette courte période condense succès, avec la tournée triomphale aux États-Unis de l’auteur du Boléro, et déclin inexorable d’un homme malade. Jean Echenoz réalise le portrait d’un artiste, toujours soucieux de son image, qui se met en scène lui-même comme un personnage de roman. Parfois antipathique, le Ravel d’Echenoz est un personnage au caractère et au physique marqué.

[…] On a pu voir souvent son portrait dans le journal. C’est assez normal au vu de son physique : son visage aigu rasé de près dessine avec son long nez mince deux triangles montés perpendiculairement l’un sur l’autre. Regard noir, vif, inquiet, sourcils fournis, cheveux plaqués en arrière dégageant un front haut, lèvres minces, oreilles décollées sans lobes, teint mat. Distance élégante, simplicité courtoise, politesse glacée, pas forcément bavard, il est un homme sec mais chic, tiré à quatre épingles vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Jean Echenoz, Ravel, Éditions de Minuit, 2008 (pp. 21-22) 

Publié le 06/12/2017 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

Ravel

Jean Echenoz
Minuit, 2006

“À ceux qui s’aventurent à lui demander ce qu’il tient pour son chef d’œuvre : c’est le Boléro, voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.”

En évoquant les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, de 1927 à 1937, Jean Echenoz choisit de mettre en scène un artiste sur le déclin. Il y a certes le Boléro, dont l’immense succès à partir de 1928 repose en partie, selon le compositeur, sur un malentendu. Mais bientôt se font sentir les premiers signes de la maladie, qui contraignent Ravel à s’éloigner de la musique. De renoncements en échecs, Ravel n’est bientôt plus capable que de regarder en arrière. Avec sa concision et son sens habituel des formules lapidaires, Echenoz lui fait simplement dire que “quelque chose ne colle plus”.

Le portrait de cet homme qui voit son art lui échapper n’est cependant pas dénué de l’humour insolite propre à Echenoz ni de son sens du décrochage. Primesautier bien que crépusculaire, entêtant – à la mesure du célèbre Boléro -, Ravel, première pierre d’une “trilogie biographique” poursuivie avec Courir puis Des Éclairs, consacrés à Emil Zátopek et Nikola Tesla, garde toute sa légèreté même lorsqu’il évoque les angoisses du créateur face au passage du temps.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 RA

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