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Appartient au dossier : Norman Foster, sky is the limit

Norman Foster, sky is the limit #2 : le Carré d’art, à Nîmes

Le Carré d’art, inauguré en 1993, est à la fois un musée d’art contemporain et une médiathèque. Inspiré du Centre Pompidou, ce lieu culturel a été conçu pour entrer en dialogue avec son environnement historique et urbain. Balises vous présente cette construction emblématique de l’architecture de Norman Foster, sujet d’une exposition au Centre Pompidou en 2023.

Au premier plan, la Maison carrée, maison antique à colonnes. Au second plan, le carré d'art, cube de métal clair.
Le Carré d’Art Nîmes © James Morris

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En 1983, le nouveau maire de Nîmes, Jean Bousquet, lance un concours architectural afin de bâtir une institution participant au rayonnement de la ville, dans un contexte de décentralisation culturelle. Sur le modèle du Centre Pompidou, le Carré d’art doit accueillir à la fois un musée d’art contemporain et une médiathèque. Parmi des concurrents tels que Jean Nouvel ou Frank Gehry, Norman Foster est choisi pour concevoir le bâtiment, construit à la place d’un ancien théâtre démoli lors d’un incendie.

Un espace en dialogue avec l’environnement urbain

Le projet proposé par Norman Foster est le seul à envisager le Carré d’art comme un espace résolument inscrit dans la ville. D’abord, la forme du bâtiment résonne avec celle de la Maison carrée, située sur la même place, l’un des bâtiments romains les plus complets au monde, érigé au 1er siècle de notre ère. Comme l’édifice antique, le Carré d’art est un cube de couleur claire et, comme lui, des colonnes soutiennent son auvent, « en porte-à-faux depuis le toit du bâtiment, comme un bras tendu vers le flanc de la Maison carrée » remarque le spécialiste de l’architecture Chris Abel. Une volée de marches sous l’auvent rappelle celles montant vers l’estrade de la Maison carrée, et le bâtiment dispose d’une cour intérieure qui évoque un atrium romain. Simultanément, le projet de Norman Foster est très contemporain, avec une certaine asymétrie et une entrée en coin. Il est fait de métal, muni de nombreuses façades vitrées, et conçu avec des percées et des brise-soleils qui sculptent la lumière vive du Sud.

Ce jeu de transparences, renforcé dans le bâtiment par des escaliers en verre et de vastes espaces, ouvre un dialogue entre l’intérieur du Carré d’art et l’extérieur. La médiathèque est placée au niveau du sol, en relation directe avec la ville, et les galeries sont au sommet, éclairées par la lumière naturelle. D’ailleurs, souligne Chris Abel, bien que l’aménagement de la place ait fait l’objet d’une commande ultérieure, le projet initial de Norman Foster « absorbe l’intégralité de la place de la Comédie, des voies qui y mènent et des rues attenantes ». Le Carré d’art est notamment traversé par une voie piétonne pour parcourir la place. Il s’inscrit plus largement dans l’urbanisme nîmois : si l’ensemble fait 9 étages, 4 seulement sont au-dessus du sol, les autres étant enterrés, permettant au toit du bâtiment de ne pas dépasser ceux du paysage urbain environnant.

Un lieu de vie

Construire un espace de circulation et de dialogue avec l’extérieur contient une dimension sociale, présente dès le projet de départ. Comme l’explique Chris Abel, Norman Foster « est convaincu que, pour susciter un sentiment d’appartenance chez la population nîmoise à l’égard du Carré d’art, les habitants doivent avoir la possibilité de s’approprier le lieu de façon concrète, physique ». Il souligne que « modeler le centre culturel à l’image de la ville elle-même » est la première étape pour en faire un véritable lieu de vie.

Le bâtiment se fond dans le plan de la ville, mais l’architecture soutient également le projet culturel du Carré d’art. L’entrée offre une vue plongeante sur la médiathèque, soulignant la dimension citoyenne du lieu. L’espace du musée propose une grande terrasse avec un café, lieu de convivialité qui permet d’admirer la ville. Les espaces de stockage sont enterrés et invisibles, dédiant toute la partie émergée du Carré d’art à ses visiteur·ses. Les extérieurs immédiats sont eux aussi animés. La place, principalement piétonne, accueille d’innombrables tables de café et des spectacles en plein air, notamment pendant les férias ; les escaliers extérieurs eux-mêmes sont investis par les adolescent·es nîmois·es. 

La construction du Carré d’art et le réaménagement de la place, désormais nommée place de la Maison carrée, ont permis de libérer un espace commun dans un quartier très dense en constructions. Le Carré d’art, qui fête ses trente ans en 2023, a ainsi réussi le pari de participer à la fois au rayonnement culturel de Nîmes et à la réhabilitation de son centre-ville.

Publié le 10/07/2023 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Exposition « Norman Foster » | Centre Pompidou, du 10 mai au 7 août 2023

« Figure majeure de l’architecture mondiale, souvent considéré comme un leader du courant dit “high tech”, le Britannique Norman Foster a signé de nombreuses réalisations iconiques dans le monde.

Sur près de deux mille deux cents mètres carrés, l’exposition offre à voir un important cabinet de dessins, des carnets de travail, ainsi que de multiples maquettes et prototypes, permettant d’appréhender une centaine de projets, en architecture comme en design. Une sélection d’œuvres d’art moderne et contemporain rappelle à quel point elles ont été pour Norman Foster les marqueurs de périodes esthétiques déterminantes. »

Carré d'art, Nîmes : Foster + Partners

Chris Abel et Norman Foster
Prestel, 2013

Cet ouvrage, qui reproduit de nombreux documents, propose deux regards sur le Carré d’art de Nîmes. D’abord, Norman Foster explique quelles ont été ses inspirations pour concevoir le bâtiment. Ensuite, le professeur d’architecture Chris Abel analyse longuement la structure du Carré d’art et son inscription dans la ville.

À la Bpi, niveau 3, 70”19” FOST 2

Norman Foster : Works 6

David Jenkins (dir.)
Prestel, 2014

En plus d’offrir un aperçu des projets individuels, ce volume du catalogue raisonné sur Norman Foster contextualise son travail, en identifiant les thèmes et les connexions, en discutant des influences et des inspirations et en invoquant de nombreuses références historiques, culturelles et architecturales. Le Carré d’art à Nîmes y est largement étudié.

À la Bpi, niveau 3, 70”19” FOST 2

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