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Appartient au dossier : Prix du public Les yeux doc 2026 – Nouveaux départs

Projecteur sur la solidarité à l’égard des migrant·es
Zou, film parabole

L’exil est le sujet de Zou (2022) de Claire Glorieux, sélectionné pour le Prix du public Les yeux doc 2026. Le documentaire aborde avec poésie les conditions de vie difficiles d’un réfugié d’origine afghane en France, mais donne aussi à voir les solidarités humaines qui s’inventent.

Une photographie de deux hommes marchant de dos dans un champ, tenue par deux mains contre un mur
Zou (2022) de Claire Glorieux © Quilombo Films / Pictanovo / Avril Films / L’Œil des géants

Dans le film biographique Zou (2022), Claire Glorieux donne la parole à Ahmad Shah, un homme d’origine afghane. Après avoir enduré de nombreuses épreuves sous le régime des Talibans, il décide de partir en France. L’exil est donc le sujet de ce documentaire et le titre du film, Zou, vient du nom d’un jeu qui, en pachto (langue officielle de l’Afghanistan), signifie « on y va ! ».

Ahmad Shah a vécu des moments dramatiques comme les homicides des membres de sa famille et la perte d’une jambe. Pourtant, il garde son sourire et sa volonté de se frayer un chemin dans le monde. Tailleur dans son pays d’origine, il arrive en France seul et est accueilli par Gonzague, un Français qui s’occupe des migrant·es en attente de papiers. Ahmad Shah trouve ensuite du travail en tant que prothésiste dans un hôpital.

Malgré la gravité du sujet, le film est relativement léger, sans doute en raison de l’optimiste du personnage, du fait que la violence est suggérée, et de la narration ponctuée de scènes en papiers découpés conçues par la réalisatrice qui est aussi plasticienne. Ce film offre également une vision moins âpre de l’exil, puisque Ahmad Shah parvient à trouver un emploi qui lui convient. Bien souvent, les récits des migrant·es, tout comme les témoignages des personnes qui les hébergent et les aident, illustrent les failles de l’accueil en France, malgré toutes les tentatives mises en place pour qu’il en soit autrement. 

Malheureusement, fuir son pays d’origine, en guerre ou régi par un gouvernement répressif, n’est pas une condition suffisante pour vivre sereinement l’exil, et s’assurer des conditions d’accueil dignes. La philosophe Christiane Vollaire précise d’ailleurs, dans son ouvrage Le Milieu de nulle-part (2012), qu’en refusant le droit d’asile aux migrant·es, les pouvoirs politiques abandonnent sciemment les demandeur·euses aux violences des passeur·euses, des mafias, des compagnon·nes de route, des infiltré·es et parfois de leurs propres familles.

Et c’est pourquoi plus l’accueil des migrant·es est proactif, plus ces derniers et ces dernières ont de chance de voir leur demande d’asile aboutir et vivre dans de bonnes conditions.

Le réseau des solidarités en France : État et associations

Comme l’explique Bénédicte Jacquey, dans son article « L’accompagnement des publics migrants par les associations », en France, plusieurs réseaux de solidarité spécifiques existent dans le dispositif d’État appelé CADA (Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile), mis à jour par le décret n° 2026-1 du 3 janvier 2026.

Le CADA est un dispositif légal proposé par l’État dans la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile, qui permet aux personnes qui en font demande d’obtenir une place dans un centre d’accueil ou en AT-SA (Accueil temporaire du Service d’asile) financés par l’État et gérés par des opérateurs spécialisés, souvent associatifs, tels ADOMA, France terre d’asile, COALLIA, Forum Réfugiés, Dom’Asile.

Le CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) a pour but de réglementer le fonctionnement de ces centres (cahier des charges, contrat de séjour, règlement de fonctionnement, modalités d’entrée et de sortie).

Par ces dispositions légales, l’État se charge de subvenir à des besoins primaires comme l’alimentation et la santé, mais aussi de protéger les mineur·es non accompagné·es : « en cas de doute, la protection doit primer sur le soupçon. »

Au-delà des textes réglementaires, l’accueil des étranger·ères en situation de grande précarité et, en particulier, des réfugié·es, peut aussi trouver sa raison d’être dans le partage des compétences et des connaissances des citoyen·nes. Dans le film La Combattante (2022) de Camille Ponsin, l’ethnologue Marie-José Tubiana, directrice honoraire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et experte du Soudan, aide les personnes réfugiées venant de ce pays à monter des dossiers pour leurs demandes de droit d’asile. Elle reconstitue leurs histoires à l’aide de leurs récits.

Cependant, malgré la solidarité, les conditions de vie des migrant·es peuvent se révéler très dures, comme le démontre le roman Entre deux mondes (2017) d’Olivier Norek. L’auteur évoque le quotidien éprouvant d’hommes et de femmes dans le camp de réfugié·es dénommé « La jungle de Calais », démantelé en 2016. Œuvre de fiction, inspirée de son expérience en tant que fonctionnaire de police, le roman décrit la difficile situation des migrant·es réfugié·es, avant leur arrivée et pendant leur séjour en France.

Quand l’accueil est mitigé : comment s’intégrer ?

« Si tu n’as pas les papiers, tu ne peux travailler, ni rien… C’est pourquoi, le meilleur pays pour demander l’asile est celui où tu connais du monde, où tu as un réseau qui peut t’aider à comprendre comment faire les démarches administratives et les papiers. Et c’est aussi celui dont tu connais la langue ou dans lequel il te sera plus simple de l’apprendre. »

Zou (2022), Claire Glorieux

Cette réflexion issue du film Zou reflète particulièrement bien la problématique liée à l’exil. L’intégration est une préoccupation constante. À travers les témoignages des personnes ayant vécu dans la « Jungle de Calais », le documentaire Ali Baba les photos (2024) expose la dureté de la vie dans ce lieu.

Le film Mamosta (2016), qui se déroule aussi dans la « jungle », montre des volontaires qui apprennent l’anglais aux réfugié·es voulant passer la Manche. À Paris, ce sont les participant·es aux ateliers de conversation de français langue étrangère (FLE) à la Bibliothèque publique d’information, qui sont filmés par Bernhard Braunstein en 2017. Ces ateliers contribuent à améliorer la pratique du français de nombreux·es usager·ères. Le changement de regard sur sa propre condition d’immigré·e est tout autant fondamental : le documentaire Roman de femmes revient sur la genèse du roman Les Filles d’Ariane, écrit en français par plusieurs femmes, toutes immigrées, sous la direction de l’écrivain Ricardo Montserrat.

Une fois installé·e en France, il est possible de demander le regroupement familial, comme le fait Ahmad Shah dans Zou, et obtenir ainsi la liberté de circulation pour ses proches. Ainsi, dans La Traversée (2012), sur la Méditerrannée estivale, la caméra d’Élisabeth Leuvrey filme les allers-retours Marseille-Alger des immigré·es algérien·nes de France dans leur traversée de la mer pour rejoindre leur pays natal le temps des vacances.

Sous ses airs de conte, Zou délivre une histoire sombre, celle d’une France qui n’est pas la terre rêvée pour Ahmad Shah et sa famille. C’est la Youkali de la chanson à la fin du film : le pays de nos désirs, du bonheur, un fantasme car « c’est un rêve, une folie. Il n’y a pas de Youkali ». Néanmoins, le parcours de cet homme démontre qu’il est possible de rebondir dans la vie, par l’exil, bien qu’il n’existe sans doute pas de migrations vraiment « heureuses ».

Publié le 02/03/2026 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Entre deux mondes

Olivier Norek
Michel Lafon, 2017

Adam est un policier étranger qui, fuyant un pays en guerre, arrive dans un autre pays, à 6 000 km de chez lui, pour rejoindre sa femme et sa fille, Nora et Maya, qu’il a cru mettre en sécurité ici. Mais elles ont disparu et il s’avère que ce pays est un univers sans loi, entre deux mondes. Dès le premier crime commis, Adam décide d’intervenir. Il sera aidé de Bastien, un policier français. © Électre 2017

À la Bpi, RR NOR E

Le Milieu de nulle-part

Philippe Bazin et Christiane Vollaire
Créaphis, 2012

Durant l’été 2008, la philosophe Christiane Vollaire et le photographe Philippe Bazin ont réalisé un travail au sein de dix-huit centres d’hébergement ou de rétention de réfugié·es essentiellement tchétchènes en Pologne. Le texte est nourri d’entretiens menés avec des demandeur·euses d’asile de tous âges et de toutes conditions.

À la Bpi, 913.1 BAZ

La Jungle de Calais. Les Migrants, la frontière et le camp

Michel Agier (dir.)
PUF, 2018

Des sociologues, un blogueur, un architecte et un responsable associatif portent un regard pluridisciplinaire sur les camps de migrant·es et de réfugié·es autour de Calais, plusieurs fois démantelés entre 2000 et 2016. Considérées comme un objet social, médiatique et politique, les différentes réactions face à ce phénomène reflètent les questions des sociétés modernes confrontées à la mobilité. © Électre 2018

À la Bpi, 300.75(44) JUN

« L’Accompagnement des publics migrants par les associations », Bénédicte Jacquey | L’ENA hors les murs, n° 505, 2021|4

Bénédicte Jacquey, dans L’ENA hors les murs.

À la Bpi (ordinateurs publics et Wifi Bpi) sur Cairn.

L'hébergement des demandeurs d'asile | france-terre-asile.org

Présentation des Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) et de la Charte de l’accompagnement des demandeurs d’asile et des réfugiés au sein du Dispositif national d’accueil (DNA).

Film d'animation en papier. Cinq figurines d'un même personnage (du film Zou de Claire Glorieux) dans un décor de montagne en arrière plan
Zou (2022) de Claire Glorieux © Quilombo Films / Pictanovo / Avril Films / L'Œil des géants

Les yeux doc - Zou de Claire Glorieux

Avec une jambe en moins, Ahmad avance plus vivement qu’un homme valide. Sa jambe amputée, membre fantôme qu’il peut encore bouger dans sa tête, est le pivot de cette histoire. Sa jambe lui a fait perdre la grande partie de sa famille, l’a forcé à fuir son pays, a freiné son exode et lui rend la vie plus laborieuse. Sa jambe sera le point d’appui pour réussir son intégration en France.

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