Questions/Réponses

Appartient au dossier : Être ingénieur aujourd’hui

Quelles évolutions pour les métiers d’ingénieur ?

Un utilisateur d’Eurêkoi, service de réponses et recommandations à distance assuré par des bibliothécaires, s’intéresse aux évolutions du métier d’ingénieur. Les bibliothécaires de la Bpi, bibliothèque publique d’information à Paris, lui répondent.

ingénieure au travail
Photo de ThisIsEngineering provenant de Pexels

Le métier d’ingénieur est en pleine évolution, au point qu’il serait préférable de parler des métiers de l’ingénieur, au pluriel. De nouvelles filières se créent pour de nouveaux débouchés. Quels sont les nouveaux profils ? Quelles formations pour ces métiers d’avenir ?

Devenir ingénieur : la multiplicité des parcours 

Une formation plus humaine

Catherine Roby, chercheuse associée au CREAD (Centre de recherche sur l’éducation, les apprentissages et la didactique) estime dans « Humanités et SHS dans les écoles d’ingénieurs en France : une approche sociohistorique », article publié dans le numéro 47 de 2017 de la revue Tréma, que l’enseignement des sciences humaines et sociales dans les écoles d’ingénieurs reste encore faiblement développé. Elle l’explique par les difficultés des étudiants à appréhender les apports des sciences humaines, plus habitués aux modèles théoriques développés par les sciences de la nature. La seule exception est l’importance prise par le management des entreprises et des équipes, depuis son émergence au début du 20e siècle.

La situation évolue, malgré ce constat. Laure Flandrin et Jacqueline Vacherand-Revel expliquent dans « Quand les techniques pour l’ingénieur riment avec sciences sociales », article publié dans le numéro hors-série du Journal des grandes écoles et universités de mai 2014, que l’École centrale de Lyon inclut, depuis le début des années deux-mille, des enseignements en psychologie, philosophie ou sociologie. Il s’agit, pour les deux enseignantes, de donner aux futurs ingénieurs les clés pour forger leur esprit critique et appréhender différemment les enjeux du monde contemporain.

« Science vs humanités : changer de modèle et de perception », par Alexandre Moatti, Annales des Mines – Réalités industrielles, Mai 2016.
Alexandre Moatti invite à reconsidérer la place centrale de la sélection par la science, surtout dans le milieu des élites issues des grandes écoles. Selon lui, les humanités (notamment l’histoire et la culture générale), qui souffrent d’une grave carence dans le secondaire et le supérieur, doivent constituer une part essentielle d’un socle de connaissances communes encore à développer.

Une formation transversale et transdisciplinaire 

Si le « métier d’ingénieur » ouvre à une multiplicité d’emplois extrêmement différents (dans les industries métallurgique, mécanique, aéronautique, mais aussi dans les domaines informatique ou énergétique), il impose de ce fait aux écoles d’ingénieurs de penser des formations en adaptation constante à ces besoins changeants des entreprises.

« Les écoles d’ingénieurs s’adaptent aux évolutions de l’industrie  » par Alexandra Vépierre, sur la plateforme Techniques de l’ingénieur, le 11/04/2019.
Les écoles d’ingénieurs sont en contact constant avec les entreprises pour connaître l’évolution de chaque secteur industriel, les nouvelles compétences à acquérir, et pour que les étudiants gagnent en expérience à travers des stages de mise en pratique. Actuellement, le numérique est au cœur des mutations dans les industries (intelligence artificielle, réalité augmentée, robotique, etc.). Elles sont également rendues plus attractives grâce à des initiatives telles que le French Lab ou l’Usine extraordinaire au Grand Palais. 

Certaines filières, comme celle de la chimie végétale, requièrent des compétences non seulement pointues, mais également transversales, ce qui fait des ingénieurs en ce domaine des profils encore rares.

« Quels métiers pour les nouveaux ingénieurs ? »  par Pierre Thouverez, sur la plateforme Techniques de l’ingénieur, le 23/09/2019.
Les compétences recherchées par les recruteurs sont un défi pour les ingénieurs. Ils doivent développer, en plus de compétences techniques, des compétences spécifiques. Beaucoup d’ingénieurs commencent donc leur carrière dans des sociétés informatiques et de logiciels, avant de bifurquer vers des emplois mieux rémunérés. Ainsi ils élargissent transversalement leurs compétences et sont plus à même de relever les défis actuels.

La formation et le rôle des écoles d’ingénieurs sont aujourd’hui fondamentaux. Au-delà de la nécessité de former plus d’ingénieurs dans les années qui viennent pour résoudre les problématiques de pénuries qui émergent, l’évolution des cursus et la nécessité d’élargir les compétences des futurs ingénieurs constituent des défis d’une importance capitale.

« Fablab en école d’ingénieurs : quelle formation pour quelle transformation du métier d’ingénieur ? » par Marie Goyon. Technologie et innovation, ISTE OpenScience, 2018. 

« Cet article propose de réfléchir à l’apport de l’esprit « fablab » dans la transformation du métier d’ingénieur et en particulier de celui du métier d’ingénieur généraliste. Ouvrant à des dynamiques de co-construction et de communication entre acteurs hétérogènes (scientifiques, ingénieurs, citoyens, travailleurs), associant « bricolage » et « rétro-ingénierie », ces environnements semblent pouvoir renouveler les démarches de conception, voire même la culture et le métier d’ingénieur.
Dans le cadre du paradigme actuel de « l’innovation », entendue comme un appel à « décloisonner », à sortir des « frontières » (pédagogiques, disciplinaires, territoriales et managériales – entre les espaces des écoles, de la recherche, de l’industrie, de la société civile… –), cet exemple nous semble tout à fait emblématique des problèmes que peut soulever ce genre d’initiatives, qui tout en étant parfois très concrètes, demeurent également encore largement performatives. »

Une formation continue indispensable

Autre tendance forte : le développement des offres de formation professionnelle par les écoles d’ingénieurs, auquel était consacré le dossier du magazine Inffo Formation, dans son numéro 985 (avril 2020).
Outre la place croissante de l’apprentissage chez les ingénieurs dans les années à venir, les offres de formation continue par les écoles d’ingénieurs sont en pleine expansion. Visant à répondre aux besoins des professionnels dans des domaines techniques spécifiques (par exemple, en logistique, data ingénierie ou en gestion de la complexité), c’est une opportunité pour les « salariés apprenants qui n’ont pas le cursus académique d’ingénieur, mais une réelle expérience professionnelle, de valider leur savoir-faire et leur parcours et d’obtenir le statut d’ingénieur » et pour les écoles d’explorer d’autres méthodes pédagogiques.

Un article destiné aux professionnels est proposé dans la rubrique consacrée à la formation, sur le site de l’École des Mines. Il présente le « BADGE » créé par la Conférence des grandes écoles qui permet la reconnaissance de formations courtes et leur intégration dans un cycle diplômant.

Une nouvelle vision du métier

Une responsabilité sociale élargie et un rôle grandissant dans la société 

« Évolution du rôle social à la responsabilité sociétale des ingénieurs » par Catherine Roby, Techniques de l’ingénieur, janvier 2017. 
Dans cet article, l’autrice analyse l’évolution du rôle social des ingénieurs. Pensé dès le milieu du 19e siècle dans les sociétés savantes comme servant à assurer « la paix sociale », il implique une connaissance de la législation sociale et une capacité d’encadrer et de motiver les ouvriers pour les faire collaborer aux objectifs de l’entreprise.
(Cet article de sociohistoire, seulement en présentation dans le réservoir d’archives ouvertes HAL, peut être demandé à son autrice depuis la plateforme académique Researchgate.)

« L’évolution du rôle de l’ingénieur » par Emmanuelle Verger, Réalités industrielles, février 2011. (Mise à disposition en accès restreint sur le site Cairn.info, consultation possible en bibliothèque)
Dans cet article, exposant une perspective historique des évolutions du rôle de l’ingénieur, l’auteur insiste sur le tournant des années quatre-vingt qui « créent un contexte différent pour les ingénieurs en entreprise ».

« Les Trente Glorieuses étaient reposantes pour l’esprit. L’ingénieur n’avait qu’une mission, relativement simple : “Comment produire ?” (…). Cette mission est aujourd’hui autrement plus complexe, car il s’agit de surcroît d’apporter une réponse à la question : “Que produire ?”. Aujourd’hui, l’essence même du métier de l’ingénieur est dans la relation avec le client. »

Un engagement éthique et politique plus fort

Exercer le métier d’ingénieur exige dans certains cas un souci éthique, au service d’un positionnement politique face aux impacts sociétaux des applications technologiques. Certains domaines, tel celui des nanotechnologies, ont en effet des enjeux potentiellement graves sur la vie en société.

Le site Nanosmile.org, du réseau iNTeg-Risk (Early Recognition, Monitoring and integrated Management of Emerging, New Technology related Risks, comprenant des grandes entreprises industrielles et des organisations de recherche), propose en ce sens des ressources sur la métrologie, la santé et l’environnement, pour « appréhender les risques et bénéfices potentiels des nanomatériaux afin d’alimenter le dialogue entre la Science et la Société », ainsi que « pour assister les chercheurs et industriels à la formation et à la maîtrise des risques en situation d’incertitude ». On y trouve, par exemple, différentes informations sur les risques et les bonnes pratiques de gestion des risques, ou sur le devenir des particules nano dans l’environnement.

De même, la cellule veille et prospective de l’INRIA (Institut national de recherche en sciences et en technologies du numérique) a publié des livres blancs sur les véhicules autonomes et connectés ou encore sur les défis posés par l’intelligence artificielle.

Intelligence artificielle. Les défis actuels et l’action d’Inria. Livre blanc, Inria, 2016
Ce document expose les points de vue de l’Inria sur les grandes tendances et les principaux défis de l’intelligence artificielle et décrit la manière dont ses équipes conduisent des recherches scientifiques, développent des logiciels et œuvrent pour le transfert technologique afin de relever ces défis.

« Sensibiliser les ingénieurs, pour qu’ils obéissent à une certaine éthique » : un entretien avec Michel Jonquières, co-fondateur de l’Académie de l’éthique, réalisé par Charlotte Palma, sur la plateforme Techniques de l’ingénieur, le 22/09/2014.

En général, les ingénieurs se sentent peu concernés, et les entreprises ne voient pas le danger, et y vont donc à reculons. Pourtant, les risques sont bien réels, et peuvent prendre de multiples formes : risques d’image et de réputation, financier, pénal… et ce dans tous les secteurs, quelle que soit la taille de l’entreprise.

« L’Académie de l’éthique, un projet pour l’avenir » par Martine Brasseur, Hervé Laine, Michel Jonquières, Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, 2016. 

Eurêkoi – Bibliothèque publique d’information

Publié le 11/01/2021 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Les sites de l’Onisep et de la Cité des métiers, au sein de la Cité des Sciences et de l’Industrie, ainsi que la base de données IJ-Box, consultable à la Bpi, proposent de nombreuses ressources sur les formations et filières. Ils dispensent également des conseils d’orientation (service à distance pendant le confinement) et aident à la présélection des écoles d’ingénieurs. Ces dernières proposent des rencontres avec les équipes pédagogiques ou les enseignants lors de portes ouvertes ou de salons.

Pour compléter ces informations, nous vous proposons ci-dessous des témoignages d’ingénieurs et des ressources sur les secteurs novateurs ou pointus.

Interview Innovation | Podcast par Sigma (École polytechnique)

Les « interviews innovation » du podcast Sigma partent à la rencontre de fondateurs de start-ups innovantes dans des domaines aussi divers que la gestion des déchets et la mode, par exemple.

Le sens des idées. L’ingénierie engagée │ Podcast par Syntec Ingénierie

Cette chaîne de podcasts proposée par Syntec Ingénierie est dédiée aux métiers de l’ingénieurs, notamment les nouveaux métiers liés aux évolutions du monde contemporain (villes inclusives, révolutions numériques, changement climatique …). Ils donnent la paroles aux professionnels qui mettent la technologie au service des grandes transitions.

Sapristi │ Insa Lyon

Pour approfondir certaines informations sur les secteurs qui emploient ou forment des ingénieurs, le site Sapristi de l’école d’ingénieurs INSA de Lyon propose une recension de différents portails scientifiques thématiques. Sont présentés le site des professionnels de l’urbanisme, de l’habitat et des déplacements, de Minatec spécialisé dans les nanosciences et nanotechnologies, ou encore celui de l’Inria pour la recherche en informatique et automatique.

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