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Appartient au dossier : Réelles fictions : le podcast

Réelles fictions 4/5 : « Francis Rissin parle de notre époque »

Dans cet épisode de Réelles fictions, Philippe Guazzo, libraire à Paris, parle de la forme atypique de Francis Rissin, de Martin Mongin. Il évoque par ailleurs la figure évanescente de ce fascinant personnage.

Réelles fictions est une série de podcasts qui présentent les cinq romans sélectionnés pour le prix Effractions. Ce prix récompense un roman qui entretient un lien fort avec le réel ; il est remis par la Bibliothèque publique d’information et la Société des Gens de Lettres pendant le festival littéraire « Effractions » en mars 2020.

Extrait lu :

Martin Mongin, Francis Rissin, pages 311 à 313 © Tusitala, 2019.

Cet épisode a été préparé par Marina Zborowski.
Lecture : Denis Cordazzo.
Réalisation : Camille Delon et Renaud Ghys.
Musique : Thomas Boulard.
Merci aux éditions Tusitala, à Inès Carme et à Blandine Fauré.
Cet épisode a été enregistré au Centre Pompidou et à la librairie Le Comptoir des mots.

Version accessible du podcast

Publié le 02/03/2020 - CC BY-NC-SA 4.0

Sélection de références

Francis Rissin, roman de Martin Mongin

Francis Rissin

Martin Mongin
Tusitala, 2019

Des affiches mystérieuses. Une intrigue audacieuse. Une narration prodigieuse. Un personnage insaisissable. Un roman inclassable, d’une actualité redoutable. Voilà comment résumer les 600 pages de Francis Rissin, le premier roman de Martin Mongin.

​Difficile de définir ce roman, tant il s’inscrit au-delà du genre romanesque. Le lecteur navigue entre le roman politique, le polar, le journal intime, la biographie ou encore le fantastique. Il est tout aussi difficile de définir le personnage central du roman, le fameux Francis Rissin, personnalité politique à la fois omniprésente et évanescente, tantôt convoitée, tantôt redoutée, qui est tour à tour sujet de recherche universitaire, incarnation d’un espoir, ou encore objet d’une enquête policière… Francis Rissin est à la fois intangible et étrangement familier. Une fois que l’on a vu, lu ou entendu son nom, on ne l’oublie plus. Enveloppé de mystère, ce nom représente à la fois tout et rien. Alors qu’il semble cristalliser les espoirs d’une nation, alors qu’on le voit martelé un peu partout, alors qu’on se demande même si Francis Rissin n’est pas l’autre nom de Dieu, personne ne sait qui est Francis Rissin. Même sur Google, la requête « Francis Rissin » n’aboutit à aucun résultat !

Et pourtant, le chapitre central du roman lui donne la parole. À la première personne, Francis Rissin dénonce avec virulence le système politique français et se présente comme un sauveur. Il est partout et en même temps « aussi impalpable que le vent ». Et il n’apparaît pas seulement sur ces étranges affiches bleues et blanches qui peuplent les murs partout en France : Francis Rissin, ce sont aussi des bustes en terre cuite à son effigie (alors que personne ne l’a jamais vu) remplaçant les bustes de Marianne dans plusieurs mairies de France, une exposition « Visages de Francis Rissin » au Centre Pompidou à Paris, ou encore les Archives Francis Rissin… Le récit joue sur la schizophrénie supposée du personnage et sur le fait que ce nom, Francis Rissin, qui résonne tel un écho entêtant, est celui d’un individu multiple. Au bout d’un certain temps, on ne sait plus si on traque Francis Rissin ou si c’est l’inverse. Le roman tout entier prend la forme d’un jeu de piste, sorte d’enquête géante qui s’appuie en réalité sur des archives fictives et de faux témoignages.

La construction pyramidale du roman est parfaitement maîtrisée. L’auteur brouille malicieusement non seulement les frontières entre les genres, mais aussi les pistes pouvant mener à Francis Rissin, tout en bousculant avec brio les liens entre littérature et politique, parvenant à sonder la société actuelle à travers la fiction. Ce roman est là pour saisir et décrypter les angoisses du présent. Il résonne bruyamment avec la crise politique et les revendications sociales qui secouent la France depuis plusieurs mois. À travers ce roman, c’est tout l’inconscient collectif qui s’exprime et qui cherche à s’identifier à la figure providentielle et résolument contemporaine de Francis Rissin, sorte de super-héros de la politique moderne dont l’histoire s’achève de manière délicieusement surprenante.

À la Bpi, niveau 3, 840″20″ MONG 4 FR

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