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Le vocabulaire des migrations

Migrants, réfugiés, immigrés ? Le choix des mots n'est pas anodin et le vocabulaire des migrations est riche. Certains mots ont une définition juridique, d'autres une connotation positive ou négative sur le sujet.
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Syrian and Iraqi immigrants getting off a boat from Turkey on the Greek island of Lesbos, by Ggia (own work)[CC-BY-SA 4.0] via Commons Wikipedia.
L'afflux massif de personnes traversant la méditerranée pour gagner l'Europe a rapidement provoqué des interrogations sur les modalités de leur accueil ou la capacité d'accueil en Europe. Ce phénomène de migration massive a été qualifié de « crise des migrants » par de nombreux médias. Mais ces étrangers sont-ils des migrants ? ou des réfugiés ? des déplacés, des clandestins ? En parallèle des débats autour de l’accueil de ces rescapés, s’est ouvert un véritable débat sémantique. Les mots pourraient avoir un impact sur la façon de traiter la migration massive et certains n'hésiteraient pas à les instrumentaliser.

En effet, derrière les mots se cachent des concepts très différents qui peuvent conditionner ou du moins participer à la réponse que feront les dirigeants européens au problème, et influencer l'opinion publique.
Par exemple, les termes "réfugié" ou "déplacé" induisent le concept de migrations forcées, subies, et donc impliquent un statut de victimes. Le terme "migrant" évoque plutôt un départ volontaire et peut faire penser que les migrants ont fait le choix de quitter leur pays dans un but économique, un choix de confort forcément moins légitime. Quant au terme de "clandestin", lié à la notion de délit, il suscite une réaction négative. Quelques uns de ces termes correspondent à un statut juridique. Ainsi, le statut de "réfugié" est défini par la convention de Genève de 1951. Le demandeur formule une demande d'asile auprès des autorités du pays d'accueil  qui peuvent accepter ou refuser. En cas de refus, la personne se retrouve en situation irrégulière et doit quitter le territoire. 

Devant ces amalgames et confusions possibles, l'Organisation internationale pour les migrations, avait édité en 2007 un glossaire de la migration, afin de "guider le lecteur dans le maquis des termes et des concepts du champ migratoire" et de trouver un langage commun qui permettra une coopération internationale. Et comme à chacun des termes du vocabulaire correspond généralement un statut ou une définition juridique, l’OIM a également développé une base de données sur le droit de la migration

Le choix des mots permet de qualifier et de mieux analyser mais, dans le contexte de cette crise migratoire, en existe-t-il de suffisamment pertinents ? Existe-t-il des mots qui ne fassent pas écran à la réalité : ces milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, qui quittent tout et risquent leur vie en traversant des territoires hostiles ou la mer et qui attendent l’hospitalité ? Dans cette vidéo : La crise des migrants est aussi une crise des mots (du 10/9/2015), le discours de Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres, s'appuie sur la pensée de Derrida et son concept de l’hospitalité.

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