Interview

Appartient au dossier : Les visages du documentaire canadien

« Notre culture n’est pas stagnante »
Entretien avec Caroline Monnet

Cinéma - Société

Caroline Monnet, Emptying the Tank (2018) © Éric Cinq-Mars

Caroline Monnet est une artiste et cinéaste anishinabe et française, qui a vécu entre la Bretagne et le Québec. Depuis 2009, elle a réalisé une douzaine de films qui valorisent les territoires et les communautés des Premières Nations, dont plusieurs sont diffusés pendant le cycle « Au Canada… Traversée documentaire » proposé par la Cinémathèque du documentaire à la Bpi en automne 2022.

Comment avez-vous commencé à faire des films ?

Je suis autodidacte en cinéma. J’ai étudié la sociologie et j’ai toujours pensé que les artistes agissent un peu comme des sociologues. Ils proposent un regard sur le monde, soulèvent des questions de société, ouvrent un dialogue. 

J’ai réalisé très tôt que les images pouvaient être un outil puissant d’éveil des consciences, et je voulais soulever des questions qui touchent les autochtones parce qu’elles me concernent. Au Canada, il y a encore beaucoup d’ignorance sur l’histoire et la réalité, souvent terrible, des populations autochtones.

Vous réalisez beaucoup de portraits. Comment choisissez-vous vos personnages ?

Je souhaite donner une représentation positive des Premières Nations à l’écran, grâce à des personnages qui s’impliquent dans leur communauté et brisent les stéréotypes. Par exemple, dans Tshiuetin (2016), je filme la seule ligne de train qui appartient aux autochtones. Les gens qui y travaillent sont jeunes, punks, ils aiment la musique métal. Tout cela va à l’encontre de l’image romantique qu’on a des autochtones. Je veux montrer que notre culture n’est pas stagnante, nous avançons perpétuellement. 

Vous faites plusieurs portraits de femmes… 

Les femmes autochtones appartiennent au groupe le plus marginalisé de la population canadienne, elles sont les premières à souffrir des inégalités sociales. Je voulais casser l’image de victime que les médias donnent d’elles. Ma mère, ma sœur, mes tantes, mes amies, sont toutes fortes, résilientes, élégantes, excentriques. Dans les communautés, le changement passe souvent par les femmes. Dans le cinéma des Premières Nations aussi, ce sont des femmes qui occupent les postes clés. 

Quels sont les principaux enjeux qui occupent les communautés aujourd’hui ?

Après avoir été dépossédés de nos terres, du droit de nous identifier comme Premières Nations, nous nous battons pour nous réapproprier nos langues et nos traditions, et nous exprimer librement. Il y a une nouvelle génération vibrante, notamment dans le milieu culturel et artistique.

Vous portez une attention particulière à la musique, comment travaillez-vous ?

Je fais appel à des artistes qui portent un regard sur le monde actuel. Mes amis et moi aimons le métal, le punk, le rock, et l’électro. Nous sommes inspirés par l’architecture, influencés par les autres cultures, etc.

Je choisis des collaborateurs qui entretiennent un rapport à leur territoire, comme Tanya Tagaq Gillis, chanteuse de gorge inuite, ou encore Laura Ortman, violoniste apache. La musique est influencée par leurs origines et leur bagage culturel. Étant métissée, j’aime ce genre de couleurs. Je suis une femme autochtone, artiste, mais je suis aussi plein d’autres choses. Ce qui est beau, ce sont ces frontières fluides et c’est ce que je souhaite valoriser. 

Publié le 12/09/2022 - CC BY-SA 4.0

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