Interview

Dans la bulle de Gabrielle Piquet

Bande dessinée

©Jean Yves Dana

Depuis Trois fois rien en 2007, Gabrielle Piquet a publié six bandes dessinées dont la dernière, La Mécanique du Sage, a reçu le Prix de l’audace au festival d’Angoulême en 2021.

Gabrielle Piquet présente à Balises les œuvres qui l’inspirent dans son travail d’autrice de bande dessinée, à l’occasion de sa venue à la Bpi en mai 2021.

Quels sont les livres qui ont marqué votre enfance ?

C’était très lié à l’aspect graphique des livres. C’était très lié au graphisme. Reiser par exemple, ça m’avait scotchée, notamment un livre qui s’appelle Les Oreilles rouges. C’est l’histoire d’un petit garçon qui a des oreilles immenses, très rouges parce qu’on lui tire toujours dessus. Le travail de Brétécher aussi, Les Gnangnan par exemple. Pas forcément des choses pour enfant donc, surtout Reiser, même si Les Oreilles rouges n’était pas très trash. Le Club des Cinq aussi, Oui Oui, les contes de Grimm illustrés… Je regardais beaucoup les dessins.

Quels artistes vous ont donné envie de faire de la bande dessinée ?

Je lis très peu de bande dessinée. Le médium dans sa forme classique ne m’a jamais attirée. Le côté couleurs, cadre, voix off, bulles – je caricature un peu – c’était trop pour moi, je n’y arrivais pas, il y avait trop d’infos… C’est plutôt le dessin de presse qui m’a inspirée. J’aimais bien Brétécher parce que ça ressemblait à du dessin de presse. Et Cabu ou Sempé, bien sûr. J’étais également fascinée par le trait en noir et blanc de George Grosz, un artiste expressionniste allemand.

Il y a eu aussi Paul Klee, Cézanne pour la construction. Ça me fascinait, cette espèce de solidité. David Hockney, Chagall… Mais moins maintenant, alors que Paul Klee, c’est resté. Leurs toiles racontent quelque chose. Mon obsession, c’était le trait, une forme d’épure. J’aime aussi les artistes, qui tracent leur sillon toute leur vie, de manière presque religieuse, comme Soulages par exemple, avec son travail sur la lumière.

Très jeune, j’avais cette fascination du trait et j’aimais beaucoup écrire, donc réaliser de la bande dessinée était logique. Mais, pendant très longtemps, je n’ai pas lié les deux. 

Votre première BD était une adaptation d’un auteur de littérature. Est-ce une source d’inspiration importante pour vous ?

Plus maintenant. Je n’arrive plus à lire de romans, je ne sais pas d’où ça vient. Et quand j’écris, je ne peux pas lire une fiction en même temps, comme si ça venait polluer l’imaginaire. Longtemps, je n’ai pas osé écrire alors j’ai commencé avec une adaptation par confort. Quatre ans ont passé entre mon premier et mon deuxième livre, j’ai cherché longtemps quelqu’un à adapter mais je ne trouvais pas… Donc j’ai fini par me dire, la peur au ventre, « tu vas devoir y aller toute seule ». Depuis, j’y ai pris goût et j’aurais du mal maintenant à ne pas écrire mes propres histoires, à moins d’une rencontre, quelque chose de très fort.

Écoutez-vous de la musique en travaillant ?

Normalement, j’écris dans les cafés et je dessine chez moi. Mais là, comme par hasard depuis quelques mois, je peux dessiner mais j’ai beaucoup de mal à écrire… En dessinant, j’écoute de la musique classique, des choses très calmes, du Bach par exemple. Ou la radio, parfois. Mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps parce que j’ai du mal à fixer mon attention sur deux choses à la fois. Ça peut m’accompagner mais ça peut aussi me perturber.

Que lisez-vous en ce moment ? Avez-vous un livre à nous conseiller ?

En ce moment, je ne lis pas parce que je travaille sur un scénario, mais il y a un auteur que j’aime beaucoup, qui s’appelle Charles Juliet. J’avais beaucoup aimé son journal, et j’ai lu, il n’y a pas très longtemps, un livre d’entretiens de Charles Juliet avec Fabienne Verdier. J’ai aussi lu Les Derniers jours, de Raymond Queneau. J’aime beaucoup Queneau. Et des essais, Marie-Madeleine Davy par exemple, une historienne spécialiste du Moyen Âge, assez mystique. J’aime bien lire les mystiques, même si je suis agnostique, ça m’intéresse, ça m’attire… L’un des déclencheurs pour mon livre Les idées fixes, ça a été ce genre de lecture.

Publié le 26/04/2021 - CC BY-NC-SA 4.0

Reiser ! Exposition, Paris, Centre Georges Pompidou, 18 novembre 2003 - 19 janvier 2004


Bibliothèque publique d'information / Centre Georges Pompidou, 2003

À la Bpi, niveau 3, 767 REIS

Brétécher. Morceaux choisis

Bibliothèque publique d'information
Dargaud, 2015

À la Bpi, niveau 3, 768 BRET

Œuvres complètes

Raymond Queneau
Gallimard, 1989

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ QUEN 1

Entretien avec Fabienne Verdier

Fabienne Verdier
Albin Michel, 2007

À la Bpi, niveau 3, 70″20″ VERD 2

La Connaissance de soi

Marie-Madeleine Davy
P.U.F., 1976

À la Bpi, niveau 2, 115 DAV

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