Cinéma
Jean-Pierre Thorn, militant cinéaste
Décédé le 5 juillet 2025, Jean-Pierre Thorn laisse derrière lui une filmographie-témoignage bien vivante des luttes sociales et des mouvements marginalisés de son temps. À l’occasion de la rétrospective « Jean-Pierre Thorn fraternellement », organisée du 16 septembre au 1er novembre 2026 par la Cinémathèque du documentaire par la Bpi, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse, l’Acid et LaScam, Balises consacre un dossier à ce cinéaste militant.
« À vrai dire, le récit que vous proposez de la France vu du point de son peuple réel est unique en son genre. Fraternellement, cher camarade », écrit Alain Badiou sur la quatrième de couverture de Je t’ai dans la peau de Jean-Pierre Thorn (2014). Les mots de l’écrivain et philosophe traduisent parfaitement la démarche du cinéaste qui s’est sans cesse employé à filmer au plus près les hommes et les femmes engagé·es dans les luttes sociales, les artistes marginalisé·es, les femmes invisibilisées, les exploité·es et les dénigré·es.
Son cinéma est militant, sans aucun doute. Lui-même ouvrier d’Alstom pendant huit ans (de 1971 à 1979), il a placé sa caméra au cœur de l’usine et des mouvements sociaux, au plus près des ouvrier·ères (Oser lutter, oser vaincre,1968 ; Le Dos au mur en 1980), et fait partie des réalisateur·rices de documentaires qui ont collecté des images de Mai 68.
Sa manière de filmer est incisive, mais aussi sensible. Poète, il assemble les plans comme il manie les vers (L’Âcre Parfum des immortelles, 2019). Sa « caméra coup de poing » saisit les paroles revendicatives, mais aussi les gestes et mouvements des danseur·euses de hip-hop (Génération hip-hop, 1995 ; Faire kiffer les anges, 1996), graffeur·euses ou rappeur·euses (Faire kiffer les anges ; 93 la belle rebelle, 2010). Dans ses films, le hip-hop invoque bel et bien une lutte pour la reconnaissance.
Toute son œuvre dresse un portrait de cette « France d’en bas » et reste un témoignage des combats et rêves de son temps. « La jubilation première de l’acte de filmer réside dans cette résistance prométhéenne : filmer, c’est ressusciter les morts », écrit-il dans son article « Pour un cinéma épique ». Nul doute que sa filmographie est un acte de résistance et d’ouverture sur l’autre.
Publié le 14/09/2026 - CC BY-SA 4.0
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