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Appartient au dossier : Voyager autrement

Le tourisme à la recherche de la lenteur perdue

De nombreux touristes éprouvent le besoin de s’extraire des standards commerciaux de l’industrie du tourisme. Le tourisme lent (« Slow Tourism ») constitue une approche touristique alternative. Il recouvre de nombreux domaines : l’itinérance douce, la découverte gastronomique, les produits du terroir, les hébergements insolites, les activités de plein air… Les touristes qui s’inscrivent dans ce type de démarche, recherchent avant tout une proximité avec la nature et les habitants des territoires visités.
Pour accompagner la rencontre « Voyager autrement » organisée à la Bpi en juin 2021, Balises vous propose de revenir sur ce concept récent et la place qu’il occupe dans le paysage touristique français.

Le tourisme lent est une nouvelle tendance dans le tourisme contemporain. Isabel Babou, docteure en lettres et Philippe Callot, docteur en Science de gestion, en donnent la définition suivante : « un tourisme à rythme lent, garant d’un ressourcement de l’être, peu émetteur de CO², synonyme de patience, de sérénité, de découvertes approfondies, d’améliorations des connaissances et des acquis culturels ». Son apparition remonte aux années quatre-vingt dans la mouvance du « Slow Food » en Italie. Ce mouvement, créé en 1986 sous l’impulsion de jeunes intellectuels italiens d’extrême gauche, cherche à construire un autre rapport à l’alimentation.

Le tourisme lent revendique également l’influence du concept de « Slow City ». C’est une initiative née en 1999, lorsque les habitants et le maire de Greve in Chianti, en Toscane, refusent la construction d’un restaurant Mc Donald sur leur territoire. Le concept de « slow » a été appliqué au tourisme en 1987 dans l’ouvrage Holiday Makers: Understanding the Impact of Leisure and Travel de l’écologiste suisse Jost Krippendorf. Il analyse les différentes formes de tourisme et leurs impacts sur les populations locales. Ce n’est qu’en 2011 que le tourisme lent est conceptualisé. Les Lumsdon et Peter Mc Grath de l’institut de transport et de tourisme de l’université du Lancashire, proposent un modèle conceptuel du tourisme lent. Il est basé sur des composantes comme le mode de transport, la conscience environnementale, l’expérience de voyage et la lenteur.

Gîte rural en pierres
Gîte rural dans la montagne de Lure, Éric Olive [CC BY-NC-ND 2.0] via Wikimedia Commons

La France, un pays pionnier du tourisme lent

En France, les pouvoirs publics et les collectivités territoriales s’intéressent à cette nouvelle pratique du tourisme depuis les années quatre-vingt. Les régions ont élaboré leurs démarches en matière de tourisme responsable pour résoudre les problèmes de surfréquentation de lieux touristiques emblématiques et de désertification de certains territoires ruraux. Dès lors se mettent en place des initiatives où les particularismes locaux deviennent les éléments centraux de la politique touristique. En 2007, le Global Trend Report désigne la France comme destination de référence en matière de « Slow Travel ».

Avec le soutien de la Direction générale des entreprises (DGE) des démarches de tourisme lent sont valorisées, notamment dans les domaines de l’itinérance douce et des produits du terroir. Des réseaux émergent comme ceux des Grands sites de France et des Stations vertes qui décernent des labels à des communes, des stations touristiques et des sites classés. Le label « Sites remarquables du goût » contribue à faire connaître des sites de produits de terroir et leurs productions. Soixante et onze labels ont été attribués à ce jour. Le secteur de la randonnée s’engage également dans le tourisme lent avec les labels « Rando Accueil » et « Destination Rando » qui proposent des hébergements labellisés et adaptés pour les amateurs de pleine nature ainsi que des itinéraires favorisant la découverte des patrimoines et des habitants.

Dans les années deux mille, le Gers est l’un des premiers départements français à lancer des initiatives de tourisme lent notamment dans l’œnologie, les gîtes, les pratiques pédestres et fluviales. Sa marque déposée « Terra Gers » rend visible tous les savoir-faire du territoire. D’autres départements s’inscrivent dans cette démarche comme la Mayenne qui a créé les produits « Slowlydays » autour de cinq valeurs : la bienveillance, le partage, l’éthique, le local et l’écoresponsabilité. Le territoire propose des lieux touristiques insolites avec par exemple un moulin à papier encore en activité, la possibilité de dormir dans un « glamping » (un camping glamour) ou de visiter la vallée des grottes de Saulges, site préhistorique semblable à un canyon.

Des touristes en quête de lenteur et de bien-être

En 2017, le cabinet Kipik Conseil a sélectionné des entreprises pratiquant le tourisme lent de manière innovante en milieu rural et moyenne montagne. D’après l’étude menée, le tourisme lent attire une clientèle en quête de « temps retrouvé », de « retour aux sources » venant des villes et qui recherche des lieux touristiques de proximité (estimée en temps de trajet entre une à deux heure(s) et autour de cent cinquante à deux cents kilomètres).

L’archétype du touriste lent est la jeune femme de 35 ans, diplômée, citadine, avec des racines provinciales et qui aspire à autre chose pour elle, pour son couple et sa famille. L’étude met également en avant un profil de jeunes retraités désireux de reprendre « leur vie en main ». Ils ont pour motivations clés : le « temps retrouvé », le partage et la déconnexion, sans renoncer pour autant aux outils numériques. Leur séjour touristique peut également être spirituel et méditatif. Le développement personnel constitue un élément important du séjour pour eux, au même titre que l’aspect holistique.

Dans le tourisme lent, ce n’est plus seulement la quantité d’expériences vécues qui est recherchée mais la qualité, la profondeur et la richesse de ces expériences. La recherche du bien-être est l’aspect central retenu pour un voyage lent. Cette philosophie du tourisme peut être désormais considérée comme une réponse aux aspirations d’un tourisme « post-moderne ».

Publié le 21/06/2021 - CC BY-SA 4.0

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