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L’économie des fake news

Nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser les réseaux sociaux ou les sites de visionnages pour nous informer. Les résultats de l’étude annuelle menée par Hootsuite et We Are Social sur les tendances du digital le confirme : 52% des utilisateurs de YouTube déclarent utiliser la plateforme pour se former et s'informer et environ 40% du temps passé sur Facebook consiste à dérouler son fil d'actualité. L'ampleur de cette pratique est devenue un enjeu économique majeur ces dernières années et favorise la diffusion de fake news.
Balises vous explique pourquoi les fausses nouvelles constituent une manne financière et comment la lutte contre cette désinformation s'organise.

L’information sur les réseaux sociaux : un enjeu financier

Les réseaux sociaux ne se considèrent pas comme des médias, mais comme des « infomédiaires ». En se définissant comme de simples vecteurs d’information, ils relèguent la notion de source au second plan.
Ces plateformes sociales sont majoritairement financées par les publications sponsorisées — c’est le cas à hauteur de 80% pour Facebook —  et par "l'économie du clic". Plus un contenu est relayé et partagé, plus il génère du trafic et donc des recettes. Les données personnelles des internautes sont donc exploitées par des algorithmes qui opèrent un tri et une hiérarchisation des contenus afin de proposer à chaque internaute ce qu’il est susceptible d’apprécier le plus et de partager largement.

Ce processus de filtrage par affinités est particulièrement efficace pour la diffusion des fake news. En effet, dans une fake news, le lecteur trouve avant tout un élément confirmant ses croyances ou ses opinions. Il partage ce type d’information avec ses contacts d’autant plus facilement qu’elle provoque une réaction émotionnelle immédiate. À son tour, sa communauté est susceptible de partager le contenu, participant ainsi à la « rentabilité » de l’information.

De nombreux sites sensationnalistes proposent leurs services à des pages Facebook qui existent déjà et bénéficient d’un nombre d’abonnés important. Celles-ci diffusent dès lors des informations douteuses auprès d’une audience que peu de médias traditionnels peuvent atteindre. La propagation des fausses nouvelles génère alors du profit pour trois ensembles : la page Facebook qu’un site paie pour y intégrer ses contenus, le site sensationnaliste dont les contenus provoquent des “clics”, et enfin l’hébergeur, Facebook, qui fait payer la mise en avant de contenus sur les fils d’actualité au même titre que des encarts publicitaires.
 

Un écran d'ordinateur
Pixel2013 CC0 Creative Commons pour Pixabay

La lutte économique contre les fake news

Vivement critiqué, Facebook tente de réagir à la diffusion massive de fausses nouvelles en lançant son propre outil de fact-checking. Celui-ci s’articule autour de quatre axes : faciliter les signalements par les utilisateurs, travailler avec des organisations tierces compétentes dans la vérification des informations, indiquer au grand public les informations contestées et limiter les gains financiers pour les auteurs de fausses informations.
Facebook a notamment modifié son algorithme de filtrage, pour ne plus prendre en compte la seule popularité des contenus mais également leur source. De même Google a modifié son algorithme pour appliquer un label aux sites considérés comme fiables.
 
De son côté, la Commission européenne propose notamment de soutenir la création d'un réseau indépendant de vérificateurs de faits et une série de mesures visant à stimuler un journalisme de qualité et à promouvoir l'éducation aux médias.
Mais pour de nombreuses organisations, ces recommandations ne vont pas assez loin. Ainsi, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) « regrette que Bruxelles ne s'attaque pas au business model des plateformes, reposant sur les clics pour attirer les revenus publicitaires, l'une des causes principales pour la diffusion de contenus sensationnalistes, dont les fake news ».
 
La lutte contre les fake news passe incontestablement par le développement d’outils de vérification des faits comme Fakeblok ou Storyzy, et par un journalisme de qualité. Cependant, l’implication des investisseurs, en asséchant les recettes publicitaires des plateformes, paraît désormais incontournable.

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