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Appartient au dossier : À l’aube de l’ère des robots

Robots agricoles : une solution dans la durée ?

Activité séculaire essentielle par sa fonction nourricière, l’agriculture apprend à faire face aux diverses contraintes d’ordre physiques, économiques ou climatiques. Au fil des années, les exploitations agricoles ont connu de profondes mutations liées aux nouvelles technologies, intégrant notamment la robotique. Considérés comme les piliers de la nouvelle révolution agricole, ces robots apportent des solutions concrètes à un secteur en crise, mais imposent également de nouvelles contraintes.

Vue aérienne de sept pulvérisateurs agricoles traversant un vaste champ de maïs vert par James Baltz, via unsplash

La robotisation agricole en plein essor

L’infographie « Usage des robots en agriculture » réalisée en mai 2023 par Agrotic, École de formation supérieure en agronomie et technologie, témoigne d’une réalité agricole où les usages de la robotique se multiplient. Ainsi, entre 2018 et 2023, le nombre de robots agricoles en activité a considérablement augmenté : 600 contre une centaine en 2018 pour les robots dédiés à la production végétale, 8 000 robots de plus en 5 ans pour la production animale.

Bruno Tisseyre, spécialiste des questions d’agriculture de précision et de robotisation à SupAgro Montpellier, y voit une bascule : « C’est la première fois depuis la révolution verte que nous avons une telle opportunité d’avancées. » Il ajoute : « on compte aujourd’hui 14 000 robots agricoles en France, dont plus des trois quarts mis en œuvre dans l’élevage, le reste servant le plus souvent à l’alimentation des animaux ».

Ces nouveaux engins représentent une véritable alternative à des tâches souvent pénibles ou chronophages, contribuant au respect de l’environnement et du confort animal. État des lieux.

 « La traite automatisée, c’est bon pour ma retraite ! » : des robots toujours plus performants 

Le robot de traite est « l’ancêtre-star » des machines complètement dédiées à cette activité, réputée comme contraignante. Installé dans environ 10 % des fermes depuis les années 1990, ce matériel assure une traite complètement autonome, du nettoyage à l’évacuation du lait, désinfection incluse. En outre, l’automatisation de cette tâche offre à l’animal un confort non négligeable, lui offrant une « traite à la carte », « le pis sous la table » si l’on peut dire.

Dans l’entretien filmé « En Isère, Jean-Yves « mise sur l’avenir » avec un robot de traite automatique pour ses vaches laitières », réalisé par France 3 Rhône-Alpes, un agriculteur isérois témoigne de sa « fascination » pour l’outil qu’il considère comme une « évolution très importante pour l’élevage laitier ». Et ce n’est pas le seul engin dédié à l’alimentation des bêtes et au nettoyage de leur environnement qui offre aux éleveur·euses un gain de temps considérable, leur permettant de s’investir sur diverses activités comme la formation continue ou l’observation des sols et du cheptel.

À la faveur de territoires mieux connectés, certaines exploitations adoptent des aides robotisées de plus en plus sophistiquées. C’est notamment le cas dans la région Grand Est, où plusieurs agriculteur·rices de la Haute-Marne profitent d’un programme de déploiement du numérique pour équiper leurs exploitations de robots capables de prouesses techniques sans précédent. Le robot désherbeur séduit pour son autonomie et sa technicité :

« Un robot désherbe des parcelles à partir d’une carte qui répertorie les rangs à désherber. Le GPS lui permet d’identifier les rangs et les plantes avec une précision de quelques centimètres. Ce robot désherbe cette parcelle de ses mauvaises herbes en 20 minutes seulement. À la main, ce travail aurait pris deux semaines. Le plus : la batterie a une autonomie d’environ 8 heures »

Témoignage au sein d’une plantation d’herbes aromatiques à Fays (Haute-Marne)

Équipés de caméras et d’outils de géolocalisation, des robots encore plus perfectionnés sont capables de biner ou désherber entre les rangs à l’aide d’outils rotatifs de précision. Ainsi, dans cette exploitation viticole du Val de Loire, un robot « enjambe » littéralement les plants de vigne sans les endommager assurant, en outre, un travail de pulvérisation précis.

« Agriculture : un robot autonome et 100% électrique pour désherber les vignes » Reportage vidéo France 3 Val-de-Loire, juillet 2024

Répondre à des enjeux de santé et d’écologie

Par exemple, sur le même modèle, des agroéquipements consacrés au travail des sols ou « robots des champs » assurent des tâches simples mais répétitives souvent considérées comme pénibles.

Ainsi, dans les cultures maraîchères, l’humain et la machine coexistent. Les cobots ou « robots collaboratifs » assistent l’humain pour des travaux de désherbage ou de semis : le véhicule est guidé automatiquement entre les rangs tandis que l’opérateur·rice, allongé·e dessus, plante ou désherbe à la main.

C’est ce que montre cette expérimentation menée à La Réunion en 2019 par l’Armeflhor, Institut technique agricole de l’Océan Indien au sein d’une exploitation d’ananas.

Assistance à la plantation d’ananas, Terres d’ici – Antenne Réunion, diffusé le 17 novembre 2019

Précis, le drone ou robot aérien respecte les sols et la biodiversité, tout en réduisant la consommation énergétique

« L’utilisation du drone permet de réduire la consommation de carburant. (…) Mais surtout, utiliser un drone pour le semis permet d’éviter de détériorer la culture en place et de bouleverser l’équilibre du sol. »

« Robots agricoles connectés en très haut débit : témoignages d’exploitants conquis !» France num.gouv, le portail de la transformation numérique des entreprises, Mis à jour le 26 février 2025

D’autres engins dits « pulvérisateurs » font l’objet d’expérimentations gouvernementales. Au cours de ce test impulsé sur trois ans par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation en 2019, des aéronefs répandent de produits phytosanitaires, contribuant ainsi à la réduire l’utilisation d’intrants chimiques.

« Grâce à leur système de cartographie et leur agilité, les drones peuvent survoler une parcelle en quelques minutes et appliquer les traitements avec précision, au plus près de la plante, sans que l’agriculteur soit en contact avec le produit. »

Lancement d’une expérimentation pour épandre des traitements biologiques par drone, Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Octobre 2019

C’est dans ce souci écologique que travaille l’unité Technologies et systèmes d’information pour les agrosystèmes (TSCF). Réunissant agronomes, mécaniciens, roboticiens et informaticiens, cette équipe de recherche basée dans l’Allier expérimente de nouvelles technologies dans le but de conjuguer productivité et respect de l’environnement. S’y développent ainsi un vivarium d’agroéquipements performants, équipés de capteurs innovants et communicants dédiés à la surveillance de l’environnement. Des drones collecteurs de données se font par exemple le relais d’informations primordiales, telles que les maladies ou le stress hydrique, sur des territoires où la connectivité est minoritaire.

Vous l’aurez compris, les robots agricoles ont vraiment tout pour séduire : rapides, techniques, performants, ils contribuent aussi à rendre le métier plus attractif, en particulier auprès des nouvelles générations avides de nouvelles technologies. Toutefois, bien qu’ils aient bien souvent fait leurs preuves, l’utilisation des robots agricoles fait débat, se heurtant à plusieurs limites.

Les coûts économiques et techniques

Dans son article « Agriculture : la robotique, ce n’est pas automatique », Yann Kerveno analyse la situation. Malgré les programmes de subventions dont elles peuvent bénéficier, les petites exploitations agricoles peinent en effet encore à trouver les fonds nécessaires pour s’équiper. Si l’auteur met en relief une réalité d’entraide entre exploitant·es (achat en commun par exemple), il ne peut faire l’impasse sur cette contrainte économique : « Si les robots font parfois leurs preuves, il reste effectivement quelques freins à lever avant de les voir courir la campagne. Pour l’instant, ces matériels restent très chers, un engin peut valoir le prix de quatre tracteurs »

Par ailleurs Yann Kerveno met le doigt sur une seconde limite d’ordre technique, pointant, à la lueur de plusieurs témoignages, le manque de fiabilité de robots tributaires de contraintes climatiques ou numériques. « Avec l’humidité, le froid et la pluie, l’engin [robot de désherbage] n’est plus aussi à l’aise. « Il a fallu qu’on apprenne à attendre que le sol soit suffisamment ressuyé pour qu’il puisse entrer dans les parcelles. Nous avons jonglé avec les “fenêtres” météo. (…) Alors on l’a forcé à fonctionner dans de mauvaises conditions »… et ce qui devait arriver arriva, l’engin « a mal travaillé ». Sans compter les bugs informatiques qui viennent parfois bousculer un peu plus le calendrier. »

L’article « Les robots agricoles annoncent‑ils vraiment une nouvelle révolution ? » paru sur le site The Conversation, le 5 août 2026, émet également des réserves sur l’utilisation des robots comme « levier de transition agroécologique ». « Sur le terrain, la prudence s’impose. La plupart des robots actuels restent conçus pour des environnements relativement simples : rangs réguliers, cultures homogènes, parcelles bien structurées. Or l’agroécologie repose précisément sur la diversité : rotations longues, associations de cultures, agroforesterie, haies, couverts végétaux, paysages plus hétérogènes. Dans ces conditions, un robot performant en monoculture bien alignée peut rapidement montrer ses limites dans des systèmes plus complexes. »

À ces limites s’ajoutent des contraintes d’ordre juridique. Les constructeurs de robots autonomes agricoles sont en effet confrontés à une réglementation stricte issue d’une directive, appelée « directive machine ». La directive européenne « Sécurité des machines agricoles et forestières », dont la dernière version est entrée en vigueur en 2009, concerne toutes les machines et propose un cadre strict, axé surtout sur la sécurité des biens et des personnes. L’utilisation de robots mobiles autonomes implique des normes spécifiques de sécurité exigeant davantage de contrôle et le respect de règles spécifiques, liées à leurs droits de circulation sur la voie publique, comme le fait remarquer cet article de la Chambre d’agriculture des Hauts de France en mars 2026 : « Un robot autonome ne peut effectuer des tâches que sur un domaine privé (tel que la ferme ou la parcelle). Il ne peut pas circuler seul entre parcelles ou sur la voie publique (sauf cas spécifiques de permis d’expérimenter) car les robots ne correspondent pas pour l’instant aux critères du Code de la route. »

« Justement, cela les sépare de leurs animaux » : le coût humain

La troisième des limites, et pas des moindres, concerne l’organisation de travail. En effet, adopter un robot c’est aussi apprendre à s’adapter, intégrer de nouvelles compétences, modifier ses habitus et son calendrier. Cela peut constituer un véritable bouleversement chez des exploitant.es bien souvent considérablement attaché·es à leurs méthodes ou à leur cheptel. Précédemment cité, le chercheur Bruno Tisseyre distingue trois niveaux d’acceptation et de rapport au robot dans les exploitations : « Le premier groupe va le plébisciter parce qu’il permet de dégager du temps pour des tâches ressenties comme plus intéressantes ou gratifiantes, l’observation du troupeau par exemple… Le deuxième groupe est un peu plus mesuré et regrette que le robot mette de la distance entre l’éleveur et les animaux mais il sait s’accommoder de cet engin. Enfin, le troisième groupe, très minoritaire mais il existe, réunit des éleveurs qui, après avoir mis en place un robot, ont fini par faire machine arrière au motif, justement, que cela les sépare de leurs animaux. »

La séparation tout comme la résilience font partie des motifs illustrés avec pudeur et sensibilité par Hubert Charuel dans son documentaire Les Vaches n’auront plus de nom (Prix du public Les yeux doc en 2021). Le film raconte la fin d’un temps, celui de l’exploitation laitière de ses parents, qui, au crépuscule de leur vie professionnelle, cèdent leur troupeau à une ferme moderne équipée d’un robot de traite nouvelle génération. Vécu par sa mère comme « la chronique d’une mort annoncée », le transfert des bêtes implique la fin de l’attachement, des soins individuels au profit de l’anonymat sous couvert de productivité. « Là-bas, on s’en fiche des noms ». Devenues des numéros, les vaches Falbala ou Éponyme, « cajolées » par la machine, apprennent à se passer d’attention particulière. Le rapport aux animaux s’en trouve alors bouleversé.

Les Vaches n’auront plus de nom de Hubert Charuel, Douk-douk Productions, 2019 – photogramme

Cela soulève aussi des dimensions éthiques et morales liées à l’utilisation de robots dans l’agriculture. Chaque exploitant·e, en adoptant un robot, met l’accent sur ses indéniables qualités alternatives, notamment en ce qui concerne la main-d’œuvre. Or, si cette dernière se raréfie en raison de la forte pénibilité des tâches et les troubles musculosquelettiques qui en découlent, peut-elle être complètement remplacée par des machines ? Dans son rapport publié en 2022 « Incidences socioéconomiques et possibilités associées à l’automatisation de l’agriculture », l’Organisation nationale des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture tente de trouver des solutions à cette problématique liée à l’automatisation des tâches agricoles : des politiques, une législation et des investissements adéquats sont nécessaires pour éviter, atténuer ou corriger les effets sociaux négatifs de l’automatisation, en particulier sur les personnes les plus vulnérables. Selon cette organisation, le processus d’automatisation de l’agriculture, en améliorant la productivité, peut créer de nouveaux emplois dans l’agro-alimentaire.

Les robots agricoles, de plus en plus performants, ont d’indéniables compétences et avantages. Mais ces avantages apportent aussi leurs contraintes, économiques d’abord, techniques et juridiques, mais surtout humaines : ils changent le rapport aux animaux, à la nature et au travail.

Publié le 21/09/2026 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Usages des robots en agriculture – 2023 Agrotic, École de formation supérieure en agronomie et technologie

Cette étude fais suite à la première infographie sur les usages des robots publié en 2018. Son objectif est de mettre à jour les données et de mettre en évidence les évolutions entre 2018 et 2023. Elle permet également de faire un point sur le marché de la robotique.

Robots agricoles : où en est-on ? par le Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Publié le 8 juin 2022

Limitation de la consommation d’intrants chimiques, réduction de l’impact sur les sols, allègement de la charge de travail pour l’exploitant, amélioration du bien-être animal dans les élevages… Identifiée comme l’un des piliers de la troisième révolution agricole, la robotique est porteuse de grandes promesses pour aider le secteur à relever les défis qui l’attendent. Et si les freins à son développement sont encore nombreux (fiabilité, sécurité), les robots sont déjà une réalité sur le terrain.

« Agriculture. La robotique, ce n’est pas automatique » de Yann Kerveno, 2024. In Sesame, 15(1), 40-45

Si les robots ont depuis longtemps conquis l’industrie, les voilà qui débarquent dans les champs. Ils servent à l’agriculture de précision, à l’automatisation des tâches pénibles, à la résolution des problèmes de main-d’œuvre, que ce soit pour des questions de coût ou pour des raisons de disponibilité. Ce n’est pas encore un raz de marée mais la tendance est suffisamment prégnante pour attiser un mouvement contraire qui fait du « low-tech » un outil de liberté. Qui du marteau (automatique) ou de l’enclume l’emportera ?

« Les robots agricoles annoncent-ils vraiment une nouvelle révolution ? » publié par The Conversation le 5 août 2026

Dans une parcelle de salades, un robot de désherbage autonome avance entre les rangs. Grâce à ses capteurs embarqués, il identifie les mauvaises herbes au plus près des cultures et les élimine, plante par plante. Là où les agriculteurs recourent traditionnellement aux herbicides ou à un désherbage manuel coûteux en main-d’œuvre, la machine intervient avec rapidité et précision. Cette technologie annonce-t-elle une nouvelle étape vers une agriculture plus agroécologique ? Voici quelques éléments de réponse.

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