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Appartient au dossier : Des typographies inclusives pour une écriture dégenrée

Typographies inclusives #2 : le Times New Roman Inclusif d’Eugénie Bidaut

Tiphaine Kazi-Tani, membre de la collective Bye Bye Binary et professeur* en théorie(s) du design à l’ESADSE (École supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne) commente pour Balises quelques créations de typographies inclusives et non-binaires afin d’en comprendre les enjeux socio-politiques et graphiques. Eugénie Bidaut a dessiné des glyphes pour dégenrer une police très connue : la Times New Roman.

Des nouvelles ligatures pour lier le féminin et le masculin
Times New Roman Inclusive, expérimentation par Eugénie Bidaut, étudiante à l’ANRT (Atelier National de Recherche Typographique) à Nancy, 2020.

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Eugénie Bidaut a expérimenté l’implémentation de caractères à l’intérieur d’une fonte existante, l’une des fontes les plus utilisées au monde : la Times New Roman. Il s’agit d’une recherche typographique empreinte de classicisme, qui pose la question de l’intégration pour des usages courants, de caractères qui seraient des marqueurs inclusifs dans une fonte utilisée tous les jours par les traitements de texte. On finit par ne plus voir les qualités typographiques de cette fonte tellement elle est courante. On ne la regarde pratiquement plus comme une police.

Je trouve intéressant de revisiter l’histoire classique de la typographie et étudier comment sont gérées les liaisons entre les lettres. On constate que les liaisons entre les lettres qu’Eugénie propose, notamment celle entre le « s » et le « t » dans « toustes présidentes », s’appuient sur des ligatures qui existent déjà dans les typos depuis le 16e siècle. Cela marche très bien avec certains caractères, en raison de la géométrie des lettres, comme les liaisons entre le « s » et le « t » par exemple. Les formes de liaison semblent naturelles. Cela l’est un peu tout petit peu moins pour les liaisons avec de « e » finaux. On peut souligner le travail sur la finesse de la ligature en elle-même. Ce travail sur la Times me paraît être une solution intéressante pour couper court à ce procès en illisibilité de l’écriture inclusive, tant Eugénie Bidaut joue avec un registre qui nous est familier. Ça fonctionne bien et cela donne très envie d’en voir plus, de voir comment fonctionnent les liaisons avec les réglages d’interligne notamment, de voir comment cela marche à l’échelle du texte entier. Est-ce que les ligatures s’articulent avec la ligne supérieure et comment elles fonctionnent avec les descendantes de la ligne précédente ? Pour le coup, cela permet d’envisager des questions macrotypographiques et ça signifie qu’on est déjà en train de passer un cap en termes de réflexion.

Tiphaine Kazi-Tani

Publié le 10/05/2021 - CC BY-SA 4.0

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