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Appartient au dossier : Quand le réel se rebelle

Les Petits, de Christine Angot
« Il n'y a pas d'irresponsabilité juridique de l'auteur »

Christine Angot, fer de lance de l’autofiction en France, raconte dans Les Petits la vie d’Élise Bidoit, qui l’avait déjà assignée en justice pour un précédent livre avant de retirer sa plainte contre une indemnisation. La justice condamne l’autrice, malgré sa stratégie de défense qui met en cause la plaignante anonyme, laquelle avait choisit d’exposer son préjudice aux yeux du grand public.

Le livre

Les Petits de Christine Angot est publié en 2011 aux éditions Flammarion. Elle y raconte l’histoire d’un couple, Billy et Hélène, leur rencontre, les quatre enfants qu’ils ont ensemble et leur divorce. La narratrice, nouvelle compagne de Billy après sa séparation d’avec Hélène, raconte la toute-puissance de cette mère qui prive le père de ses enfants.

Si la narratrice des Petits est facilement identifiable à l’autrice, le personnage d’Hélène est directement inspiré d’Élise Bidoit. Celle-ci a partagé la vie de Charly Clovis, Billy dans le livre, et a eu avec lui quatre enfants. Christine Angot s’immisce dans l’intimité du couple, jusqu’à reproduire par exemple une enquête sociale, à laquelle elle a accès par l’intermédiaire de Charly Clovis, devenu son compagnon.

Rendez-vous Christine Angot, 2019, via Wikimedia Commons

Le procès

Élise Bidoit porte plainte pour atteinte à la vie privée et, le 27 mai 2013, Christine Angot et son éditeur sont condamnés à lui verser 40 000 euros de dommages et intérêts. Les juges justifient leur décision par le fait qu’« il n’y a pas d’irresponsabilité juridique de l’auteur, spécialement quand on pille systématiquement la vie privée de quelqu’un, y compris quand il s’agit d’une personne anonyme ».

L’anonyme piégé par la médiatisation : que nous apprend ce cas ?

L’avocat de Christine Angot, Maître Kiejman, avait plaidé lors du procès la distanciation romanesque, d’autant que les noms avaient été changés et que seule une poignée d’amis et de voisins auraient pu la reconnaître. En portant plainte et en rendant l’affaire publique à travers une interview au magazine Le Nouvel Observateur, Élise Bidoit aurait causé elle-même le préjudice qu’elle reprochait à l’autrice, car « si le roman s’est vendu à 20 000 exemplaires, Le Nouvel Observateur, lui, est lu par 400.000 personnes » (Le Nouvel Observateur du 29 mars 2013).

Cette affaire montre bien la situation complexe de l’anonyme qui, piégé dans un roman, se voit confronté au choix de conserver son anonymat ou d’en sortir en portant plainte, ainsi que l’analyse Anna Arzoumanov, spécialiste des procès de création littéraire, dans Effractions : le podcast #7.

Publié le 22/02/2021 - CC BY-NC-SA 4.0

Pour aller plus loin

Les Petits. Roman

Christine Angot
Flammarion, 2010

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ANGO 4 PE

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