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Appartient au dossier : Des typographies inclusives pour une écriture dégenrée

Typographies inclusives #4 : le Josafronde de Morgane Le Ferec et Marouchka Payen

Tiphaine Kazi-Tani, membre de la collective Bye Bye Binary et professeur* en théorie(s) du design à l’ESADSE (École supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne) commente pour Balises quelques créations de typographies inclusives et non-binaires afin d’en comprendre les enjeux socio-politiques et graphiques. Morgane Le Ferec et Marouchka Payen ont créé une fonte genderfluid avec la Josafronde.

texte genderfluid qui permet de lire le féminin ou le masculin
Recherches pour les glyphes genderfluid de la Josafronde, fonte metapost créée par Morgane Le Ferec et Marouchka Payen, 2020.

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Ce spécimen est un peu réducteur car dans la Josafronde, le travail de création de logogramme est important pour « avaler » dans un seul signe les marqueurs de genre. Si on regarde le signe, qui dans le premier mot, est à la fois un « a », un « o », et un « n », on constate qu’on dépasse le travail sur la non-binarité ou l’agenrage du langage puisque le but du jeu est d’arriver à faire cohabiter en un seul signe des flexions féminines et des flexions masculines. Le dessin de certains caractères, de certains logogrammes, fait finalement naître une forme dans laquelle ces flexions sont indiscernables. Un genre supplémentaire qui ne passe que dans le dessin finit par apparaître.

Le but n’est pas de créer des glissements genrés mais, sur certains caractères, c’est ce qui finit par se passer, de fait. La projection psychologique qu’on peut faire dans ces caractères peut être aussi très variable selon les déclinaisons de certaines flexions. Est-ce qu’on lit plutôt « ma charmante amante » ? ou lit-on « mon charmant amant » ? ou peut-être autre chose ? Cela a beaucoup à voir avec les déclinaisons du dessin qui fabrique de la fluidité à l’intérieur même du langage. On le constate aussi dans les déclinaisons « te » terminales de l’adjectif et du nom qui sont différentes. Les glyphes ont été déclinés, ce qui permet de préserver cette fluidité au sein même de la langue par la représentation graphique du langage

Tiphaine Kazi-Tani

Publié le 24/05/2021 - CC BY-SA 4.0

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