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Appartient au dossier : Des typographies inclusives pour une écriture dégenrée

Typographies inclusives #1 : le DINdong de Clara Sambot

Tiphaine Kazi-Tani, membre de la collective Bye Bye Binary et professeur* en théorie(s) du design à l’ESADSE (École supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne) commente pour Balises quelques créations de typographies inclusives et non-binaires afin d’en comprendre les enjeux socio-politiques et graphiques. Le DINdong de Clara Sambot est une reprise de la DIN 1451 fette Breitschrift qui joue avec les normes.

terminaisons inclusives
Recherches d’un set de glyphes inclusifves et non-binaires pour DINdong de Clara Sambot, de la collective Bye Bye Binary. DINdong est une reprise crapuleuse de la DIN 1451 fette Breitschrift – d’après le dessin de Peter Wiegel. Elle est construite sur une réutilisation renversée des tracés normés de DIN, 2020.

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La fonte dessinée par Clara Sambot est fondée sur le DIN 1451, un caractère du début du 20e siècle, 1919 exactement, mis au point par l’Institut allemand de normalisation. Clara a interprété cette fonte à partir d’anciens tracés régulateurs du DIN, elle a recréé des modules qui lui ont permis par la suite de dessiner des glyphes qui ne sont pas à l’origine présents dans le dessin de la DIN. Dans la version initiale du DINdong, on voit dans les tracés qu’elle a reconstitués, des imperfections consécutives au scannage, des courbes un peu carrées… C’est assez humoristique parce que la DIN (Deusches Institut für Normung) comme son nom l’indique clairement pour les germanophones, est une typo qui est faite pour la normalisation. Il y a donc quelque chose d’assez ironique à le redessiner avec des fragilités et des maladresses et à lui implémenter des glyphes qui viennent tenter soit d’inclure, soit de débinariser quelque chose.

Clara a essayé de faire à chaque fois des caractères ligaturés pour pouvoir inclure le masculin et le féminin dans les terminaisons, pour proposer un signe unique. C’est ce qu’on peut voir ici avec le « ne »… Ce que je trouve assez intéressant, c’est qu’elle propose aussi des glyphes alternatifs qui ne sont pas des lettres mais des variantes assez riches, qui vont de la fusion à l’entrechoquement, à la superposition en passant par la déformation jusqu’à la création de signes à part entière qui ne sont plus des lettres, comme le montre ce spécimen plus complet de la fonte sur son compte Instagram.

Je pense notamment à ce travail assez chouette sur la terminaison « é » qu’on ne trouve pas dans le spécimen ci-dessus. La lettre s’étire jusqu’à ce que ça cesse d’être un « é » simple et commence à devenir autre chose. C’est un peu comme s’il était en fuite… Et puis il y a le moment où les caractères peuvent devenir autre chose que des lettres et abolir carrément la marque du genre. Elle fait des propositions assez intéressantes avec le point médian qui se transforme carrément en puce, voire en gommette, les astérisques qui deviennent extrêmement grasses, des nuages d’astérisques, des vaguelettes… C’est une proposition très riche qui permet de sortir vraiment du registre binaire, de sortir de ce que le point médian ne fait que souligner, à savoir qu’il y a des déclinaisons genrées et qu’elles doivent être nettement différenciées l’une de l’autre… Le point médian a beau essayer de pointer le fait que les deux flexions sont possibles au sein d’un même mot, il agit aussi comme séparateur dans ces flexions. Et là, dans le cas de la DINdong mais aussi dans pas mal d’autres fontes, non seulement il y a un travail sur les ligatures, la fusion des flexions de genre mais il y a aussi un travail sur leur représentation.

Tiphaine Kazi-Tani

Publié le 03/05/2021 - CC BY-NC-SA 4.0

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