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Vinyles : la musique à écouter, à regarder, à montrer

On le croyait condamné par le streaming, le voilà plébiscité par une nouvelle génération d’auditeur·rices. Recherché par les collectionneur·euses, les nostalgiques ou les puristes, exhibé sur les réseaux sociaux comme un trophée, le vinyle est désormais bien plus qu’un simple support d’écoute. Il sort des bacs et se partage, comme à la Bpi, où nous vous proposions, en juin 2026, de retrouver collectivement les titres de 102 vinyles à l’aide d’indices visuels.

Image par carolmalmeida03 de Pixabay

Une histoire gravée dans ses sillons

Le disque microsillon en vinyle, qui vient remplacer le disque en laque à la fin des années 1940, révolutionne la musique. Il propose une autre qualité sonore, mais surtout un format d’écoute plus long : jusqu’à 23 minutes par face, contre 5 minutes pour un 78 tours. L’objet devient plus léger et plus solide, donc moins précieux. Le 33 tours démocratise la musique.

Le changement n’est pas seulement technique. En offrant aux artistes un espace plus long, le vinyle favorise une autre façon de concevoir la musique. Les morceaux peuvent désormais dialoguer au sein d’un même ensemble. L’album devient une forme artistique et le disque, un objet culturel à part entière. Longtemps cantonné à la sphère de la musique classique, le format s’ouvre à d’autres genres musicaux. Il s’impose dans les musiques populaires, aux côtés du 45 tours, et accompagne l’essor de l’industrie du disque.

Une pochette qui incarne la musique

Mais le disque n’est pas le seul élément à changer de dimension. Sa pochette devient un espace d’expression. C’est le nouveau directeur artistique de Columbia Record, Alex Steinweiss (1917-2011), qui a l’idée, vers 1938, d’investir ce qui n’était qu’un simple emballage. La pochette devient la première rencontre visuelle avec un album, une manière d’en suggérer l’univers avant même que le disque ne soit posé sur la platine. « Je voulais que les gens entendent la musique en voyant l’œuvre d’art », déclarait Alex Steinweiss. D’autres graphistes ou artistes renommé·es ont pris sa suite et conçu des pochettes emblématiques : Andy Warhol et son illustration de banane pour The Velvet Underground + Nico, un tableau de Jean-Michel Basquiat pour The Strokes, Keith Haring s’associe à David Bowie. Le collectif de graphistes Hipgnosis fait de la pochette de The Dark Side of The Moon (1973), des Pink Floyd, l’une des images les plus reconnaissables de l’histoire du rock.


DISKCOVER – #Ep1. Alex Steinweiss, père de la pochette illustrée, sur YouTube

Les pochettes racontent ainsi une autre histoire de la musique : celle de ses esthétiques et de ses imaginaires. Cette dimension visuelle et matérielle de la musique s’efface peu à peu dans les formats qui succèdent au vinyle, à la cassette, au CD, puis aux fichiers numériques et aux plateformes de streaming. C’est peut-être ce qui explique, en partie, la persistance du vinyle et aujourd’hui, son renouveau.

La nouvelle jeunesse d’un vieux support

Après avoir été dépassé par des supports plus pratiques, le vinyle revient en force depuis une vingtaine d’années. Les chiffres de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), en 2025, le confirment au niveau mondial : « Les formats physiques ont renoué avec la croissance, avec des revenus en hausse de 8 %, portés par une demande soutenue des fans pour des expériences musicales tangibles et une augmentation de 13,7 % des ventes de vinyle, soit leur 19e année consécutive de croissance. » En France, « le marché du vinyle confirme sa trajectoire ascendante avec une progression de 9,4 % et conserve une avance en valeur par rapport au CD, en léger recul (-1,5 %). Ce dernier demeure toutefois le premier support en volume d’achats. », souligne le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep). Plus surprenant, cette renaissance ne repose pas uniquement sur les générations qui ont connu l’âge d’or du disque. Les jeunes générations ont largement investi le format. Selon une infographie du Snep, en 2019, 42 % des acheteur·euses d’albums vinyles avaient moins de 30 ans. On retrouve leur influence dans les ventes. Dans le Top 50 vinyle de 2019, les albums de Clara Luciani, Roméo Elvis, Angèle ou Billie Eilish figuraient aux côtés de ceux de Miles Davis et de Bob Marley.

Mais comment une génération née avec le streaming peut-elle être séduite par un objet qui ne se contrôle pas d’un clic ? C’est un peu comme pour le livre. Il n’existe pas qu’une seule réponse. Certain·es recherchent dans le vinyle une expérience d’écoute différente de celle du numérique, d’autres évoquent la transmission d’une passion par un·e proche… L’achat ou la collection d’un vinyle peut être est aussi une manière de matérialiser son attachement à un artiste. Même si les éditions limitées, variantes de couleurs, pressages exclusifs, coffrets, etc., transforment parfois cette acquisition en geste de fan davantage qu’en achat d’un support musical. Aux États-Unis, par exemple, seulement la moitié des acheteur·euses de vinyle possèdent une platine pour les écouter. Le disque devient alors une pièce de collection, un souvenir, voire un objet décoratif.

Mais une étagère de disques ou des vinyles au mur en guise de tableaux racontent quelque chose de leur propriétaire : ses goûts, ses références, son âge, parfois ses engagements. Et le vinyle se prête particulièrement à la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux, avec son grand format et ses pochettes graphiques. Montrer la pochette de l’album, en sortir le disque et le poser sur la platine s’apparente à une cérémonie d’initié·e. En 2023, on recensait « 33 millions d’occurrences pour la mention #vinyl (sans « e », à l’anglo-saxonne) sur Instagram, quasi 6 milliards de vues sur la plateforme TikTok. ». Le vinyle n’est donc peut-être plus le moyen le plus pratique d’écouter de la musique, mais il est devenu, pour les jeunes générations, une façon de la posséder, de la regarder et de la partager, mais aussi de se raconter.

Testez votre culture musicale

Que vous collectionniez les vinyles ou que vous les écoutiez, vous n’avez pas pu échapper aux visuels des albums. Saurez-vous retrouver nos 102 titres d’albums dans cette affiche composée de fragments de pochettes issues des collections de la Bpi ? Survolez la zone avec votre souris pour lire les réponses et venez écouter les albums sur la platine en bibliothèque.

Publié le 17/08/2026 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Marché du vinyle et numérique. Conférence Disquaire Day SCPP du 26 avril 2026 | Monsieur Vinyle

À l’occasion de la troisième édition du Disquaire Day SCPP, cette conférence propose un éclairage passionnant sur la place du vinyle à l’ère du streaming. Loin d’opposer numérique et support physique, les échanges montrent au contraire leur complémentarité : les plateformes permettent la découverte, tandis que le disque prolonge l’expérience par l’objet, l’écoute et la collection. Entre évolution du marché, nouvelles pratiques d’achat et transmission entre générations, le vinyle confirme qu’il reste un format profondément vivant.

« Le retour du disque vinyle : entre nostalgie et renaissance culturelle », par Erwan Boutigny et Sophie Renault, 10 avril 2025 | The Conversation

Si le streaming domine le marché de la musique, le disque vinyle est devenu une alternative lucrative très « marketée », avec ses éditions limitées. Pourquoi ce support, que l’on pourrait croire dépassé, séduit-il autant ?

Vinyle. Son & platines, enceintes & amplis, DJ & collectors, culture disque

Matt Anniss et Patrick Fuller
Eyrolles, 2018

Un panorama de l’univers du disque vinyle décryptant ses différentes facettes : de ses aspects les plus techniques (amplis, platines et enceintes, pointes de lecture, pressage) aux plus culturels (histoire du disque, art de la pochette, meilleures ventes d’albums…) en passant par la pratique (monter une collection, trouver des raretés, s’initier au DJing…). © Électre 2018

À la Bpi, 780.62 ANN

Alex Steinweiss

Kevin Reagan
Taschen, 2015

Après en avoir inventé le concept, Steinweiss a réalisé des milliers d’illustrations originales pour les couvertures de disques de musique classique, de jazz, de pop, pour les sociétés Columbia, Decca, London, Everest. Il est aussi à l’origine de logos, labels, publicités et la création de sa propre police de caractères. © Électre 2015

À la Bpi, 765 STE

Art Sleeves. Album Covers by Artists

DB Burkeman
Rizzoli, 2021

Art Sleevesest une capsule temporelle de l’art visuel et de la culture musicale, révélée par les pochettes de disques les plus marquantes conçues par des artistes visuels et des graphistes au cours des quarante dernières années. (en anglais)

À la Bpi, 765 DBB

Vinyl Nation. A Documentary Dig into The Record Resurgence, Christopher Boone et Kevin Smokler, 2020

L'Art de ranger ses disques

Frédéric Beghin et Philippe Blanchet
Rivages Rouge, 2019

Les auteur·rices abordent les différentes façons de classer les vinyles, par ordre alphabétique, par genre ou par période, et fournissent des conseils de rangement, entre autres le choix des étagères. © Électre 2019

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