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Appartient au dossier : Petite histoire technique de la musique vidéoludique

Petite histoire technique de la musique vidéoludique #2 : Donkey Kong Country sur Super Nintendo

En 1994, le paysage du jeu vidéo est en pleine évolution : les consoles et cartouches ont fait leurs preuves, et l’hégémonie du support CD s’annonce. La SNES (Super Nintendo) continue néanmoins d’utiliser les cartouches, dont la taille limitée oblige les développeurs à se montrer créatifs. Fanny Rebillard, musicologue spécialiste des jeux vidéo et conseillère scientifique du festival Press Start 2022, nous explique comment David Wise a construit la fascinante bande originale de Donkey Kong Country.

Une console de jeu Nintendo super famicom
Evan-Amos, domaine public via Wikimedia Commons

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Rob Boudon from New York City, USA, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Les jeux pour consoles : ambitions et limitations

Le studio britannique Rare Ltd. développe un jeu inspiré du succès d’arcade de Nintendo, Donkey Kong (1981). Passant de kidnappeur de princesse à héros, le singe Donkey Kong se lance à la poursuite d’un crocodile voleur de bananes, King K. Rool, dans un jeu en 3-D précalculée impressionnant pour l’époque. La musique doit être à la hauteur de l’image, et le compositeur principal du titre, David Wise, sort des terrains battus. Eveline Novakovic et Robin Beanland écrivent aussi quelques morceaux.

La tâche n’est pas aisée : les consoles de salon, de par leur petite taille, ne peuvent contenir autant d’éléments que les bornes d’arcade, ce qui limite grandement leurs capacités. Il en va de même pour les cartouches interchangeables, qui portent une grande partie des données des jeux. Il y a néanmoins une grande évolution entre la NES, la première console à succès de Nintendo, et la nouvelle SNES. David Wise peut utiliser simultanément huit canaux monophoniques (qui jouent une note à la fois) et, surtout, se servir de samples, des courts extraits sonores permettant de donner un timbre plus réaliste à la musique.

Un travail d’orfèvre minutieux

Les limitations de mémoire sont telles, que des samples ordinaires ne pourraient pas tenir dans la cartouche. Pour arriver à ses fins, David Wise s’inspire d’une technologie popularisée par Korg pour son synthétiseur Korg Wavestation : la wave sequencing synthesis. Elle consiste en la combinaison d’extraits très courts (moins d’une seconde) pour créer des sons en apparence plus longs. Il n’a alors pas de clavier MIDI ou équivalent : saisir les données des morceaux est long et laborieux, car il code tout en hexadécimales. Son morceau le plus ambitieux, Aquatic Ambiance, lui prend cinq semaines de travail intensif, pour un résultat enivrant. David Wise a exploré le jeu en amont pour s’imprégner du rythme des environnements et les retranscrire en musique. Le morceau final colle parfaitement à l’ambiance du niveau sous-marin, avec ses nappes synthétiques lentes et son saxophone reconstitué.

La bande originale de Donkey Kong Country a rendu le titre unique en utilisant des sons inattendus. Le recours aux samples pour créer des timbres originaux, l’influence de Vangelis, Gary Numan, ou encore Iron Maiden dans certains morceaux, en ont fait un pan mémorable de la ludothèque des années quatre-vingt-dix, aux sons et rythmiques reconnaissables entre mille, à l’instar d’autres titres comme Secret of Mana (Hiroki Kikuta).

Publié le 12/09/2022 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

« Composer David Wise Dissects Donkey Kong Country's Best Music » | Game Informer, 2019

Un entretien en anglais avec le compositeur David Wise, pour découvrir ou redécouvrir quelques musiques emblématiques de Donkey Kong Country.

« Wave Sequencing Synthesis: What Is It and How To Do It » | BlueCliff Synthesis, 2020

Un tutoriel vidéo en anglais qui décortique la wave sequencing synthesis mise au point par Korg, un fabricant d’instruments de musique électroniques.

Vos réactions
  • cyborgjeff : 13/09/2022 09:11

    Merci Fanny pour cet hommage à cette bande son incroyable de Dave Wise. Je me souviens qu’à l’époque la sensation était impressionnante ! La SNES avait déjà des sonorités qui sortaient de l’ordinaire face entre autre à la Megadrive et sa musicalité FM. En revanche l’Amiga qui utilisait des samples pour ses les musiques de ces jeux avaient un style particulier. Avec la B.O. de DCK, Dave Wise parvient à exploiter ce système sur 8 pistes, comme tu le dis en s’inspirant de la technique Korg Wavestation est cela offre à ce jeu une ambiance musicale inégalée !

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