Article

Appartient au dossier : Voyage dans le cyberespace

Prêts pour le métavers ?

Le 28 octobre 2021, Mark Zuckerberg, cofondateur et directeur général de Facebook, annonce le changement de nom de l’entreprise en Meta, abréviation de « metaverse », pour entrer dans le futur de l’Internet. Depuis, le métavers est au cœur de tous les projets et stratégies numériques. Le terme est repris dans les médias, associé à ceux des technologies de la blockchain. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quand ce monde virtuel sera-t-il accessible ?

un monde virtuel
Photo by Mo, sur Unsplash

Le métavers ou « metaverse » en anglais, est un monde virtuel composé d’univers virtuels persistants interopérables dans lesquels des humains interagissent entre eux et/ou avec l’environnement en temps réel, sous forme d’avatars. Les acteurs actuels ou futurs du métavers en ont leur propre définition. Annoncé comme l’avenir des réseaux sociaux, de l’Internet ou comme une brique du Web 3.0, reposant sur la réalité virtuelle et la réalité augmentée qualifiées de révolutionnaires depuis plusieurs décennies, le concept de métavers est un peu flou pour de nombreux Français et peine à les convaincre

Est-ce nouveau ?

Le métavers est préfiguré dans des œuvres littéraires et cinématographiques d’anticipation depuis les années quatre-vingt et les amateurs de jeux vidéo en ligne massivement multijoueur (MMO) évoluent dans des mondes virtuels depuis les années quatre-vingt-dix. En 1993, la société américaine Steve Jackson Games crée The Metaverse, un système de réalité virtuelle basé sur le texte permettant l’interaction entre joueurs.

Le concept de métavers possède une dimension sociale et commerciale plus large que le jeu. Il s’agit d’évoluer dans un espace virtuel pour y effectuer les mêmes actions que dans le monde réel par l’intermédiaire d’un avatar : jouer bien sûr mais aussi parler, travailler, consommer. Cet espace est parfois qualifié de « simulateur de société ». Le premier univers virtuel en 3D à être parcouru par des avatars et construit par les participants est Active Worlds (développé par la société américaine ActiveWorlds Inc. et sorti en 1995). Les métavers sans quête apparaissent dans la foulée : Deuxième monde (lancé en 1997 par la société française Canal Plus), le réseau Habbo à destination des adolescents de plus de treize ans (ouvert sous le nom de Habbo Hotel en 2000 par la société finlandaise Sulake Corporation), et Second Life (lancé en 2003 par la société américaine Linden Lab). 

Pourquoi un tel engouement en 2021 ?

Les métavers se sont développés avec les nouvelles technologies. La technologie blockchain est apte à garantir la sécurité des échanges numériques. Le coût du matériel de réalité virtuelle ou augmentée devient plus abordable, le débit des connexions à l’Internet, en filaire ou en 5G, plus puissant, fluidifie l’expérience virtuelle.

Le marché est également prêt car la société a évolué vers des usages numériques dont la croissance doit beaucoup à la pandémie de Covid-19. En effet, les pratiques sociales, une partie du travail, la consommation ont pu être maintenus pendant les confinements grâce au numérique. Le passage aux outils et pratiques numériques, comme l’innovation, ont crû fortement sur une courte période. Le franc succès remporté par des événements qui sortent du registre vidéoludique, comme le concert du rappeur Travis Scott sur Fornite qui a attiré 12,3 millions de spectateurs le 23 avril 2020, atteste de l’appétence d’un large public pour des événements en ligne. De plus, 8 % des Français ont investi dans les cryptomonnaies en 2021 et 30 % envisagent d’en acquérir, malgré les risques, d’après une étude Ipsos.

Cette base de consommateurs potentiels, intéressés, formés et équipés, est convoitée par les entreprises du numérique, GAFAM en tête, qui se lancent dans divers projets de métavers. Le marché du métavers pourrait doubler entre 2021 et 2022 et représenter 5 000 milliards de dollars d’ici 2030. Les métavers fleurissent et chacun propose son univers virtuel comme modèle de l’avenir de l’Internet. Le réseau social Facebook, dont l’audience baisse, y voit un formidable outil de relance et annonce la création de son métavers en octobre 2021 : Horizon Worlds.

Les métavers d’aujourd’hui n’offrent qu’un aperçu du métavers de demain

« Le métavers subit aujourd’hui un peu le même sort que l’intelligence artificielle : à force de présenter le métavers comme le nouvel eldorado, on l’accessoirise tout simplement de technologies déjà à notre disposition, pour pouvoir le vendre tout de suite. » C’est ce qu’explique en 2021 Kati Bremme, Innovation Manager à France Télévisions, dans un numéro de Méta-média sur le métavers. Le métavers d’aujourd’hui peut ainsi paraître un peu dérisoire et surtout mercantile. L’usage des cryptomonnaies et l’achat de NFT ou de terrain virtuel garanti par la blockchain semblent un énième avatar de la spéculation. L’association Entourage s’est d’ailleurs servi de l’annonce de l’achat d’une parcelle virtuelle voisine de celle du rappeur Snoop Dogg par un fan pour sensibiliser l’opinion à la cause des sans-abris en mettant en scène le premier SDF du métavers.


Pour le moment, sans interconnexion des métavers existants et sans normes, ce qui est acheté dans un monde n’est pas transférable dans un autre. Un achat d’actif virtuel dans Decentraland (2020) n’a pas de valeur dans Sandbox (2012) : les tokens utilisés sont différents, les monnaies sont parfois locales et non convertibles, comme le Sand qui est la monnaie de Sandbox. Les avatars ne peuvent pas non plus se déplacer d’un monde à l’autre. Mais en théorie, l’interconnexion des mondes est possible ; reste à s’accorder sur les standards pour permettre à tous de construire et de détenir des morceaux du métavers.

Une première étape vers l’interopérabilité a été franchie en juin 2022 avec la création du Metaverse Standards Forum, un groupement industriel composé d’une quarantaine d’entreprises de renom et hébergé par le groupe Khronos, un consortium open source. Toutefois, des entreprises influentes manquent à l’appel et l’avenir du métavers dépend des choix effectués, sous l’influence des acteurs du numérique et probablement au service de leurs ambitions.

Publié le 01/08/2022 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

Le métavers présenté par Mark Zuckerberg au Connect 2021 | Chaîne Youtube de Meta, 28 octobre 2021

Mark Zuckerberg annonce au Connect 2021 le changement de nom de Facebook en Meta pour acter le passage au futur de l’Internet : le métavers. Cette vidéo illustre la vision du créateur de Facebook sur ce cyberespace dont les premières briques sont posées avec les version béta de la plateforme Horizon, et les espaces virtuels Home, World et Workroom.

Le métavers présenté par Microsoft au Ignite 2021 | Chaîne Youtube de Microsoft, 3 novembre 2021

Microsoft présente sa version du métavers. Son entrée dans celui-ci est matérialisée par Mesh for Microsoft Teams et s’adresse aux professionnels.

« Le métavers se contente de répliquer le monde tel qu’on le connaît » | Usbek & Rica, 30 juin 2022

Primavera De Filippi, juriste et chercheuse au CERSA, militante de l’Internet et spécialiste de la blockchain, répond aux questions de Victor Mottin sur sa définition du métavers et son lien avec les technologies blockchain.

Métavers et Métamedias. Un troisième chapitre d’Internet | Méta-media n°20, automne-hiver 2021

En 198 pages d’articles et d’interviews, ce cahier de tendance médias de France Télévision explore les différentes facettes du métavers, ses promesses, son interaction avec le réel, ses publics… et propose une bibliographie en fin d’ouvrage.

Rédiger un commentaire

Les champs signalés avec une étoile (*) sont obligatoires

Réagissez sur le sujet