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Appartient au dossier : Petite histoire technique de la musique vidéoludique

Petite histoire technique de la musique vidéoludique #1 : le jeu d’arcade The Tower of Druaga

Au début des années quatre-vingt, au Japon, le jeu d’arcade est en pleine explosion. Un titre sort du lot et influence la scène des jeux de rôle et d’aventure telle qu’on la connaît aujourd’hui : The Tower of Druaga. Fanny Rebillard, musicologue spécialiste des jeux vidéo et conseillère scientifique du festival Press Start 2022, nous explique comment Junko Ozawa en a composé la musique.

Flyer promotionnel du jeu "The Tower of Druaga" : à gauche les personnages, à droite un aperçu du jeu sur écran.
The Tower of Druaga, Namco, 1984.

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Le succès des jeux d’arcade

Au Japon, le jeu d’arcade est popularisé depuis la fin des années soixante-dix par quelques titres mondialement connus. Beaucoup se souviennent aujourd’hui de Space Invaders (Taito, 1978) ou du « Wakawaka » de Pac-Man (Namco, 1980). Le concept des salles d’arcades est alors simple : payer pour des parties courtes et endiablées, dans des lieux où des myriades de bornes se font concurrence via leurs décorations, lumières, effets spéciaux, mais aussi leurs sons, lorsqu’ils sont audibles au milieu du brouhaha ambiant.

On y trouve des jeux de tir, de sport et de combat comme Gaplus (Namco), Track & Field (Konami), ou encore Karate Champ (Technôs Japan). The Tower of Druaga, développé par Namco et sorti en 1984, offre quant à lui un scénario simple : le démon Druaga kidnappe une jeune femme, Ki. L’avatar du joueur, le prince Gilgamesh, se lance dans l’ascension des soixante étages de la tour de Druaga pour la sauver.

Un défi musical et informatique

Au-delà de ses mécaniques et de sa difficulté, The Tower of Druaga brille aussi par sa musique. Composées par Junko Ozawa, des mélodies accompagnent tous les niveaux du jeu, ce qui est déjà inhabituel : beaucoup de titres n’ont à l’époque qu’un court jingle d’introduction et de conclusion, l’accent étant mis sur les bruitages (c’est le cas de Gaplus, premier jeu de la compositrice).

Le travail de Junko Ozawa n’est, de plus, pas facile : pour écrire sa musique, elle doit programmer directement dans un sound driver, un petit logiciel dédié à l’écriture de la musique dans un langage d’assembleur (donc du code informatique), qu’elle a elle-même créé. Pour produire des sons intéressants, elle doit aussi dessiner des formes d’ondes qui vont définir le timbre, la façon dont ses notes vont sonner, avant de les programmer. Puis, une fois la musique prête, le tout doit être intégré dans la puce sonore qui sera soudée directement sur le circuit imprimé intégré à la borne.

Parmi les amateurs de salle d’arcade, la musique de The Tower of Druaga marque un tournant. Le compositeur Yûzô Koshiro raconte qu’adolescent, fasciné par la musique du titre, il l’a enregistrée sur cassette audio, avant de la reproduire fidèlement sur son propre ordinateur… Un bon entraînement à la programmation : quelques années plus tard, le jeune compositeur devient mondialement connu à travers des titres comme Streets of Rage ou les premiers Ys.

Publié le 05/09/2022 - CC BY-SA 4.0

Pour aller plus loin

« The Rise of VGM » | Red Bull Music, 2014

Cette vidéo retrace les origines et le développement de la musique de jeux vidéo au Japon (video game music, ou VGM). Elle revient notamment sur le travail de la compositrice Junko Ozawa et sur les musiques continues apparues avec les jeux d’arcade Namco.

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